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Aimez-vous lire ?



Mes lectures présentes, passées, à venir, mes enthousiasmes et mes critiques de livres, à partager sans modération.



Updated: 2017-05-06T21:00:33.520+02:00

 



L'Education sentimentale, de Gustave Flaubert

2015-05-17T22:29:14.817+02:00

Je n'ai pas lu grand chose de Flaubert... peut-être parce que (sacrilège !) la Bovary m'ennuie un peu. Et je ne sais pas bien pourquoi j'ai eu envie d'écouter L'Education sentimentale, dont je ne savais quasiment rien avant de le commencer. Peut-être pour changer de Balzac dont, grâce à Litterature Audio, je connaîtrai bientôt toute la Comédie Humaine... exploit dont j'aurais été bien incapable si j'avais du dévorer toutes les pages avec mes yeux, faute de temps. Mais avec un livre dans les oreilles, on peut faire mille autre choses qui ne capturent pas toute l'attention, fussent-elles aussi triviales qu'étendre du linge ou éplucher des légumes :-)Mais revenons à Flaubert. Balzac, si certains personnages de L'Education sentimentale s'en moquent comme d'une vieille lune dépassée, a assurément inspiré Flaubert. Il est difficile même parfois de démêler ce qui appartient à l'un ou l'autre des deux auteurs, et par moments, j'ai eu la sensation que L'Education sentimentale pouvait s'apparenter à un condensé de plusieurs opus de Balzac. On y retrouve des lieux, des mœurs et des descriptions qui sembleront bien familiers aux lecteurs assidus de Balzac, parfois même des péripéties qui apparaissent bien éculées, telle la scène du duel qui semble incontournable dans la littérature du XIXème siècle. Mais Flaubert apparaît plus tourmenté, et ce qu'il écrit ressemble plus à la recherche d'une conviction qu'à une manière de l'affirmer. C'est une oscillation entre l'aspiration au sublime, la lassitude et la désillusion.Tout au long du roman, il est ainsi impossible de trancher vraiment sur le caractère de Frédéric Moreau. Héros ou anti-héros ? Médiocre velléitaire qui effleure les choses sans jamais vraiment s'engager, ni dans l'art, ni dans la politique, ni dans les affaires, par manque de vocation affirmée comme de courage au travail. Régulièrement lassé de tout ce qui lui avait semblé un instant porteur d'enthousiasme, il laisse tout tomber, amis, affaires, femmes, soulagé à chaque fois de se trouver débarrassé, fût-ce par des ruptures indignes ou brutales, de ceux qu'il avait cru un instant pouvoir le sauver de l'ennui, de la solitude, de l'inutilité. Et toute sa vie, il semble qu'il conservera sa position d'oisif observateur de ce qui l'entoure, sans être pour lui-même animé par l'ambition qui éclate dans tous les personnages qu'il côtoie.La "grande affaire" de Frédéric, c'est l'amour, celle de son premier, et finalement unique amour, pour Madame Arnoux. La dame, évidemment mariée, et aussi vertueuse que belle, ne lui cède cependant pas. Et on a parfois du mal à dire si Frédéric est réellement délicat... ou seulement pusillanime. Lui même ne le sait pas très bien. Parfois, il se moque de lui-même, se reproche de n'avoir pas su oser au bon moment pour s'engouffrer dans les failles qui s'entr'ouvrent fugitivement dans l'attitude de celle qu'il désire par dessus tout. Pourtant, qu'elle soit en danger de souffrir ou de déchoir, même dans les moments où il veut décider de l'oublier tout à fait, de la faire sortir de sa vie, il se précipite pour la sauver, de manière chevaleresque, ne cherchant même pas à lui faire savoir ce qu'il a fait pour elle, à en tirer un quelconque profit pour obtenir ses faveurs.Au final, il n'aura réussi ni à s'étourdir, ni à construire quoi que ce soit de tangible dans sa vie. La seule chose qui compte, ce sont les souvenirs des quelques moments qu'il a partagés avec cette femme, et les rêves qu'il échafaude de ce qu'aurait pu être sa vie avec elle s'il l'avait seulement connue avant qu'elle soit mariée. Pureté et vérité de l'amour ou belle naïveté ? Les expériences qu'il finit par connaître, avec la courtisane Rosanette (qui est aussi pendant longtemps la maîtresse de Monsieur Arnoux), avec Madame Dambreuse, dame riche et posée dans le monde qu'il est à deux doigts d'épouser lorsqu'elle devient subitement veuve alors qu'il la courtise assidûment depuis de nombreux mois, ou encore avec Louise, jeune f[...]



Kafka sur le rivage, de Haruki Murakami

2014-08-10T01:53:46.889+02:00

Quand vous refermez certains livres, vous vous sentez orphelin. Face à un grand vide, mais incapable de choisir un nouveau livre pour combler le trou... C'est la marque des bons livres, qui vous ont vraiment "embarqué". Ils méritent donc bien qu'on médite et qu'on rêve encore dessus pendant quelques jours après les avoir terminés.

Vous l'aurez compris, Kafka sur le rivage est de ceux là.

Quand on commence le livre, on ne sais pas très bien ni où on est, ni surtout où on va. Dossier d'enquêtes spéciales à la X Files. Adolescent poursuivi par une malédiction sortie d'une tragédie grecque. Univers digne d'Alice aux pays des merveilles, où l'on peut parler avec les chats et même avec les pierres, pourvu qu'on soit un peu simple d'esprit, où le peuple des eaux tombe du ciel comme un orage déclenché par un dieu de la mythologie...

Kafka est le pseudonyme que s'est choisi un adolescent de 15 ans pour maquiller son identité lorsqu'il décide de fuguer de la maison paternelle. Pour fuir la malédiction, ou peut-être au contraire pour la rencontrer et accomplir ainsi son destin afin de s'en libérer plus vite. Rien n'est tout à fait limpide, ni dans son esprit à lui, ni dans la narration de l'auteur, qui ne livre pas les clefs des énigmes, pas même celle du meurtre du père : on n'est pas dans un vulgaire polar, que diable !

L'univers de Murakami est foisonnant, à la fois rempli de références - y compris sans doute à des éléments de culture japonaise que je n'ai pas saisis - et plein d'imagination, sans cependant recourir à aucun "effet spécial". Pour créer un univers tout à fait personnel, il utilise les éléments du quotidien, que nous connaissons tous, et qu'il décrit avec une précision quasi chirurgicale, dans une écriture sèche, sans fioritures inutiles, sans envolées lyriques, avec concision, mais  en prenant son temps. Les gens et les choses ne font juste plus ce que nous avons l'habitude de les voir faire... et nous voilà dans un monde nouveau, qui nous enchante et nous captive, obligeant le lecteur à concentrer son attention pour tenter de décrypter toutes les énigmes qui se présentent tout autant au lecteur qu'au héros de l'histoire.

Je n'avais encore rien lu de Murakami, dont j'avais plusieurs fois entendu parler comme de l'un des auteurs japonais contemporains les plus éminents. Un article du Financial Times lu dans l'avion des vacances sur son dernier ouvrage, pas encore sorti en France, m'a donné envie de connaître cet auteur... et je ne suis pas déçue ! Je vais sans doute m'attaquer prochainement à 1Q84. D'autant que, comme Kafka sur le rivage, il est proposé en livre audio par Audiolib. Et je suis devenue tout à fait "accro" aux livres audio !




Oh... de Philippe Djian

2014-07-22T17:31:07.348+02:00

J'ai toujours bien aimé les bouquins de Djian, qui se bonifie avec le temps. J'avais entendu parler de "Oh..." lors de sa sortie, notamment au travers d'interviews de l'auteur. Aussi, quand je l'ai trouvé sur les tables "poches", je n'ai pas hésité.

Si le premier soir où je l'ai commencé j'ai pu résister et mettre un marque page dans le livre pour dormir, le second soir, j'étais cuite, prise par l'histoire, et je l'ai terminé d'une traite. Exactement ce qu'on attend de ce type de livre, parfait pour les vacances. 

Dans cet opus, Djian fait parler une femme qui approche la cinquantaine, à la fois narratrice et protagoniste principale, et la voix est assez convaincante. Pendant les quelques semaines que dure le roman, Michèle est confrontée à une série d'événements qui frisent l'invraisemblable, mais que l'habileté de l'auteur rend crédibles. Pour commencer, dans les premières lignes du livre, elle se réveille d'un viol qui l'a laissée sans connaissance et lui a méchamment griffé la figure, perpétré dans sa propre maison, sans qu'elle ait pu identifier l'agresseur. Elle finira par l'identifier, découvrant au passage des traits de son propre caractère qu'elle n'aurait pas soupçonnés. Dans le même temps, ses deux parents disparaissent, son fils s'engage dans un mariage compliqué avec une fille enceinte d'un autre homme, son ex-mari entame une idylle avec une jeunesse, et elle craint de perdre son unique amie. Sacrée tempête, semée de rebondissements, de traits d'humour, et d'une introspection de la narratrice qui rappelle "Hygiène de l'assassin", le meilleur roman d'Amélie Nothomb selon moi.

Bref, une lecture qui se dévore sans effort, sans pour autant tomber dans les lieux communs, et qui ouvre une réflexion que l'on peut poursuivre sur les démons intérieurs...




A la Recherche du temps perdu, de Marcel Proust

2014-07-14T15:15:25.536+02:00

J'avais tenté de lire "A la Recherche du temps perdu" il y a presque trente ans. Je m'étais arrêtée au milieu de "Sodome et Gomorrhe", vaguement indisposée par cette exposition et ce questionnement sur l'homosexualité.C'est grâce aux donneurs de voix de Littérature audio, Monique Vincens et Pomme que je remercie, que j'ai pu finalement aller au bout du roman, que j'ai recommencé au début, pour avoir une lecture continue et complète de l'ouvrage.Mon rapport avec Proust est assez étrange, et unique en son genre : il me captive et m'irrite tout à la fois. Je ne suis pas entièrement sous le charme comme dans Balzac, ou entièrement captivée comme par Zola, deux autres auteurs qui à leur manière sondent l'âme humaine. Mais sa lecture est une addiction. Une fois qu'on est plongé dedans et qu'on a "accroché", on y pense tout le temps, on attend le moment de retrouver les longues phrases de l'auteur.Souvent, je déteste le narrateur de La Recherche, son égocentrisme, sa jalousie, sa sensibilité exacerbée qui frise parfois la sensiblerie, bref son côté "enfant gâté". Je ne me retiens de le gifler mentalement en me souvenant que Proust lui même, de santé très fragile, on peut même dire "rescapé de la naissance", a été dans la vraie vie en effet un enfant gâté, protégé. Et on sait qu'une santé altérée altère aussi les sensations, les perceptions, le raisonnement, la personne malade n'ayant pas toujours l'énergie nécessaire pour mettre sa pensée en actes, ce qui forcément est frustrant et rend certaines pensées encore plus obsédantes...Le génie de Proust n'apparaît pas instantanément, et je pense qu'on peut excuser André Gide d'avoir d'abord refusé de publier "Du côté de chez Swann" à la NRF. De mon point de vue, on ne prend conscience du génie de l’œuvre qu'à la fin du cycle... et encore reste-t-il dérangeant, obligeant le lecteur à admettre que, ce qui le "défrise", c'est de devoir reconnaître que certains traits de caractère, certains comportements qu'il trouve particulièrement déplaisants, il les partage ou les a partagés avec le narrateur.On conçoit également le caractère novateur et probablement scandaleux de l’œuvre, qui devait révulser les bien-pensants à l'époque de la publication, et qui continue de nous titiller près d'un siècle plus tard. Car sous ses longues phrase sophistiquées, sa manière unique et subtile de rendre compte des sensations, qu'elles soient générées par l'art, un beau paysage, ou plus trivialement les bruits de la rue, sous son air de dandy comme il faut, sous sa casquette désormais de "plus grand écrivain français du XXème siècle", Proust dévoile, sinon avec indécence au moins avec une impudeur inusitée, tout ce qui est habituellement caché, voilé dans les rapports sociaux et dans la littérature avec un grand L : la sexualité, et les mobiles parfois peu glorieux qui font agir les êtres humains.Sur la sexualité, toutes les facettes en sont explorées, les plaisirs solitaires, finement mais clairement évoqués dans le premier volume, comme les relations homo et hétérosexuelles. On y perçoit, jusqu'à presque la ressentir soi-même, toute la volupté évoquée par Proust. Il y détaille aussi, et peut-être pour la première fois dans la littérature française avec cette franchise directe, les relations entre sexe et sentiments, ainsi que les comportements auxquels nous poussent nos désirs sexuels et nos sentiments, qui peuvent être concordants ou contradictoires. La jalousie du narrateur est insupportable, mais Proust sait malgré tout s'en moquer, et son caractère obsessionnel chez le narrateur n'est sans doute qu'un prétexte pour permettre à l'auteur d'en étudier tous les aspects, eux aussi mis en relation avec les sentiments et la sexualité.Quant à la psychologie et à l'introspection, il en est sans conteste un grand maître, décortiquant l'âme humaine jusqu'à l'exaspération, revenant en boucle sur les perc[...]



L'amour peut-il être plus sublime que dans Balzac ?

2014-04-23T22:24:44.120+02:00

Dans les romans de Balzac, je suis souvent frappée à la fois par la subtilité des sentiments et des codes qui en régissent l'expression, et par l'engagement total de certains personnages dans la passion amoureuse.
Deux ouvrages récemment écoutés via Littérature audio mettent en scène ces amoureux sublimes, capables de sacrifier littéralement leur vie pour l'être aimé, sans rien réclamer en échange, l'honneur ou les circonstances pouvant d'ailleurs les empêcher de dévoiler leurs sentiments.

Dans Béatrix, lu par Pauline Pucciano, c'est Mademoiselle des Touches, que tout Guérande prend pour une femme légère, qui s'éprend de Calyste du Guénic, et qui l'aimera à la fois plus follement et bien plus noblement que toutes les autres femmes du roman, n'hésitant pas à se sacrifier pour lui. Pendant ce temps, le jeune homme se laisse ensorceler par Béatrix de Rochegude, perfide séductrice qui n'aime qu'elle-même. Perdu par les femmes, il sera aussi sauvé par elles, via une machination rocambolesque où s'associeront pour l'occasion le grand monde et le "demi-monde". Si ce sont les personnages du second camp qui mettront le complot en oeuvre, l'un et l'autre se montrent aussi peu regardants sur la morale et le "comme il faut" lorsqu'il s'agit de défendre leurs intérêts. Après nous avoir fait battre le coeur à l'unisson de ses personnages, Balzac nous fait sourire ironiquement en nous dévoilant les moyens mis en oeuvre pour ramener Calyste à son épouse.

Dans La Fausse maîtresse, lu par René Depasse, c'est le comte Thaddée Paz qui tombe éperdument amoureux de la femme de son meilleur ami. Il l'aime assez pour vouloir se dévouer totalement à son bonheur et à son bien-être matériel : c'est lui qui s'occupe des affaires de son ami, comme s'il était son régisseur. Conserver cette position lui interdit donc absolument de dévoiler ses sentiments comme de séduire la belle. Une torture quasi masochiste qui semble pourtant lui procurer quelques joies. Pour mieux se déguiser, il ira jusqu'à s'inventer une liaison avec une acrobate de cirque. Jusqu'à ce que...

Deux romans qui laissent rêveur et interrogatif : est-on encore capable d'autant d'amour et de dévouement ? D'ailleurs, l'a-t-on jamais été, hors sous la plume des faiseurs de romans ?



La malédiction des Trencavel, de Bernard Mahoux

2014-01-20T14:15:41.966+01:00

Depuis l'adolescence, je suis particulièrement friande de romans historiques se déroulant au Moyen-Age, et de littérature de l'époque. J'ai ainsi dévoré les romans de la Table Ronde, Tristan et Yseult, mais aussi les ouvrages de Jeanne Bourin et Zoé Oldenbourg, en vogue à l'époque.

Quand j'ai découvert les romans de Bernard Mahoux, dans la petite librairie d'un château cathare visité au printemps dernier, je n'ai évidemment pas résisté, et j'ai acheté d'un bloc les 4 volumes de la première époque, qui correspond à la vie de Roger Trencavel et de son épouse Adelaïs, fille du comte de Toulouse, mariée par son père à son pire ennemi pour tenter d'apaiser le conflit... et de mettre la main sur la puissante vicomté de Trencavel, qui rassemble entre autre Carcassonne, Albi, Béziers, la Montagne Noire, et s'étend jusqu'au littoral méditerranéen. Ce territoire fut à la fois le berceau du catharisme et le siège des plus violents affrontements entre l’Église romaine et les adeptes de cette nouvelle religion.

Bernard Mahoux s'appuie sur une solide connaissance historique, installant son roman dans les zones d'ombre de la grande histoire, sans en dénaturer les événements connus. Il y donne chair, vie et sentiments aux personnages qui en furent les acteurs, dans une cascade d'intrigues qui maintiennent le lecteur en haleine tout au long des gros volumes. Le personnage d'Adelaïs, qui raconte à la première personne les épisodes auxquels elle est directement mêlée, est particulièrement attachant et séduisant, par son indépendance d'esprit et son caractère entier. Homme ou femme, il ne fallait pas être une mauviette pour survivre à cette époque, et elle n'a pas moins de courage que ses valeureux chevaliers.
L'auteur restitue aussi une description intéressante de la vie quotidienne de l'époque, de ses activités artisanales, agricoles et minières, et une belle évocation de la culture du pays d'Oc, avec ses troubadours et la fine amor. Nous découvrons une civilisation à la fois raffinée et barbare, qui mêle allègrement le pragmatisme le plus cru aux superstitions les plus ahurissantes.

Une manière plus que plaisante de prendre connaissance d'un moment clef de l'histoire de ma région d'adoption, de mieux comprendre les enjeux, tout autant politiques et économiques que religieux évidemment, du combat contre les Cathares, et de mieux connaître une civilisation qui m'a toujours fascinée.

Inutile de dire qu'avant même de refermer les dernières pages du 4ème volume, je suis allée acheter les 3 suivants, qui nous narrent l'histoire du fils de Roger Trencavel, Raimon-Roger, qui entre autres sera confronté à Simon de Montfort lors de la croisière contre les Albigeois.



Madeleine Férat, d'Emile Zola

2013-08-13T18:00:28.858+02:00

Zola par ManetDans nombre de ses livres, Zola fait une large place à la sensualité, laissant transparaître que, peut-être, la sienne pouvait le tourmenter. Dans de nombreuses pages, il décrit minutieusement tantôt les délices, tantôt les tortures et les dévoiements qu'elle apporte avec elle.On peut dire que Madeleine Férat est largement centré sur ce sujet. Madeleine, fille d'un artisan enrichi,  se retrouve orpheline au tout début de sa vie d'adulte, après avoir été éduquée comme une petite bourgeoise écervelée dans un pensionnat de jeune fille. Quand on connaît les idées de Zola sur l'éducation, on n'est pas surpris qu'elle se retrouve, sans vraiment s'en rendre compte, entraînée dans une vie de petite maîtresse avec Jacques, étudiant en médecine et joyeux viveur, qui la plante là lorsqu'il reçoit son affectation de chirurgien en Cochinchine.Madeleine se retrouve seule, et quitte rapidement le groupe de joyeux drilles avec qui elle partageait jusque là son temps, et dont au fond la vulgarité la blesse. Quelques semaines plus tard, elle rencontre Guillaume, fils d'un aristocrate normand, aussi perdu qu'elle à Paris. Le jeune homme, enfant adultérin élevé par une vieille fille protestante, rigide au point d'en être hystérique de religion, ancien souffre-douleur de ses camarades de collège, cherche une affection qui pourrait soutenir sa vie.Après une année d'amours cachées dans la campagne du Vexin, où le jeune homme est retourné vivre après le suicide de son père, Guillaume parvient à convaincre Madeleine de l'épouser. En dépit des réticences et des pressentiments de la jeune femme, leur mariage est très heureux  pendant quatre ans, durant lesquelles ils ont une petite fille, Lucie, qui comble leur bonheur tranquille.C'est alors que Jacques revient, lui que tout le monde croyait mort dans le naufrage de son bateau. Entre temps, Madeleine a découvert que Jacques était le seul ami d'enfance de son mari, mais Guillaume ne sait encore rien du passé de son épouse, à laquelle il a fermé la bouche chaque fois qu'elle a tenté de le lui révéler.C'est le début d'une descente aux enfers pour Madeleine et Guillaume, elle hantée par le souvenir de son ancien amant, jusque là enfoui dans les replis de sa mémoire, lui dévoré d'une cruelle jalousie en découvrant que son unique ami a été le premier amant de sa femme. Le tout sous l’œil et les propos impitoyables de Geneviève, la vieille servante protestante toujours au logis,  qui se pose en porte-parole d'un Dieu vengeur, inaccessible au pardon.A tel point qu'au dernier chapitre, la mort apparaît comme une issue presque suave...On trouve déjà dans ce roman de nombreux thèmes chers à Zola, qui s'insurgeait contre l'obscurantisme de la religion, vénérant les joies calmes de la nature et des amours heureuses, croyant aux bienfaits de l'éducation et d'une vie réglée. Mais si son humanisme fut souvent visionnaire, on reste un peu abasourdi par les causes qu'il avance ici pour expliquer les comportements de Madeleine, qui apparaît dans ce roman comme entièrement assujettie à l'homme qui éveilla ses sens, au point d'en marquer toute sa vie et de faire non seulement son malheur, mais aussi celui de son époux, qui apparaît pourtant, au milieu des faiblesses nées de son enfance, comme un homme à la fois exceptionnellement tolérant et particulièrement loyal en amour par rapport à ses contemporains.Un roman étrange, qui met en évidence les contradictions de l'auteur, ses réflexions inquiètes, ses tâtonnements dans la recherche d'une compréhension de l'âme humaine, et les premières traces de la théorie de l'hérédité, sur laquelle il fondera les Rougon-Maquart, qu'il n'a pas encore commencé : Madeleine Férat est l'un de ses premiers romans, sorti juste après son premier succès, Thérèse Raquin, et l'auteur n'a que 28[...]



La Vallée des masques, de Tarun J.Tejpal

2012-09-15T20:26:12.848+02:00

Je viens de fermer le livre, et je suis encore toute bouleversée par ma lecture... J'écris rarement immédiatement après avoir lu un livre, je me laisse toujours un peu de temps pour prendre du recul, et je le regrette parfois, parce que les impressions les plus vives ont commencé de s'atténuer... A chaud, c'est difficile de savoir par où commencer, mais je me jette à l'eau, pour être sûre de n'être influencée par aucune autre opinion sur ce livre, que j'ai acheté sur la seule foi du nom de son auteur. Je devrais même dire que je me suis précipitée, lorsque j'ai vu "Tejpal" dans les listes de la rentrée littéraire. Le temps de dire "ouf", il était sur ma tablette, et je plongeais dedans...Le temps d'une nuit, la dernière de sa vie, Karna, ou bien faut-il l'appeler X470, son patronyme de Wafadar, ces guerriers du groupe d'hommes auquel il appartenait, raconte sa vie. Celle d'un adepte, qui suivra toutes les étapes, ou presque, de l'initiation à la pureté prônée par le gourou Aum, qui voulait dans cette haute vallée de l'Himalaya créer un monde parfait. Mais qui dit pureté dit aussi purification... et la simple énonciation de ce mot ouvre la porte à des évocations que nul homme du XXIème siècle ne peut ignorer. La dernière étape à franchir pour devenir Grand Timonier, une appellation elle aussi très évocatrice, c'est justement de procéder à une purification, celle du Nid des Handicapés. Refuge isolé aux confins du territoire, le Nid cache "toute la honte de la communauté", et l'un des Grands Timoniers, le porte parole du Père Bienveillant, a décidé qu'il fallait procéder à son élimination. Mais notre narrateur y découvrira un pan de son histoire personnelle qu'il était loin de soupçonner, et il fuira la communauté pour rejoindre "l'outre-monde", celui des hommes ordinaires et des passions viles selon Aum (dont toutes les critiques ne sont pas dénuées de sens), mais Karna y découvrira celui des sentiments et de la musique...L'auteur le dit dans une courte vidéo, enregistrée lors de son passage à Paris en juin dernier et presque aussi poignante que son livre, l'histoire peut être lue comme une fable.Mais, comme il le dit aussi, la trame en est complexe, et appelle mille réflexions sur la condition humaine et sur la société, sur la recherche d'un système parfait, sur l'embrigadement et la manipulation, sur les inévitables dérives que l'on peut constater dans les sectes comme dans les régimes totalitaires... et même dans ceux qui prétendent ne pas l'être... A l'heure où toutes les utopies sont mortes, démasquées sinon détruites, il est intéressant de se souvenir, avant d'imaginer un nouveau système "forcément" meilleur, de tout ce qui a lamentablement foiré dans les précédents, et que Tejpal met en lumière, directement ou indirectement. J'aime particulièrement les dernières phrases du livre :"Puisse-t-il faire germer en eux le seul état - s'il en existe un - qui dépasse en grandeur la musique ou l'amour. Le doute.Puisse-t-il toujours alterner avec la foi comme la nuit et le jour."Je pense que tout lecteur sera soupçonneux dès le début de l'histoire quant à  l'idéologie et aux règles de la communauté des "purs". Les actes que le narrateur est amené à commettre, mais surtout la manière dont la morale en vigueur en lave sa conscience, révulsent à maintes reprises. La manière dont les détenteurs du pouvoir imaginent imposer leur mode de vie au reste du monde fait rire jaune. Et s'il subsiste un quelconque doute sur le bien-fondé du fonctionnement de la communauté, la manière dont sont traitées les femmes ne peut que le détruire. J'ai grimacé, révoltée contre le contenu du livre et presque contre son auteur, peinant à concevoir qu'il ait pu salir sa plume à écrire certaines scènes... Mais c'est une femme qui ouvre les yeux du[...]



Emma, de Jane Austen

2012-08-02T16:47:45.790+02:00

J'adore les romans de Jane Austen : elle décortique avec humour et minutie le caractère de ses personnages, noue des intrigues psychologiques particulièrement efficaces... et qui se terminent généralement par des "happy ends", sans mièvrerie cependant. Elle nous livre au passage une intéressante peinture sociale de son époque, ici dans une petite bourgade de province où les classes sociales répugnent à se mélanger...Emma est une toute jeune femme qui vit seule avec son père veuf depuis que sa soeur aînée est partie à Londres pour y suivre son mari.Sans souci matériel, habitant une belle maison, et pour ainsi dire constituant à elle seule le "gratin" de la société locale, elle ne va pas tarder cependant à connaître l'isolement et un peu d'ennui lorsque Mlle Taylor, devenue plus une amie qu'une institutrice ou une gouvernante, quitte la maison pour se marier. Avec qui se lier au sein d'une société provinciale si restreinte et très clivée ? Comment élargir son horizon pour égayer sa vie, alors que son seul compagnon désormais est son père, certes très aimant et affectueux, mais aussi très fragile, nerveux, pointilleux, et plus intéressé par les conseils de son médecin sur les différentes facettes d'une bonne hygiène de vie que par toute forme de vie intellectuelle ? A quoi occuper ce caractère impétueux et cette belle énergie de la jeunesse ?La "chasse au mari" pourrait constituer un excellent passe-temps et une ouverture sur de nouvelles perpectives, mais Emma affiche sa détermination à ne pas se marier : pourquoi faire, alors qu'elle peut rester indépendante, n'ayant aucun souci matériel grâce à l'honorable fortune de son père ? Lequel père d'ailleurs aura tout fait pour inculquer un pareil état d'esprit à sa fille : pour lui, le mariage est "un malheur", et il ne cesse de parler de sa fille aînée comme de "la pauvre Isabelle". En réalité, sous ses dehors pleurards et pleins de sollicitude pour son entourage, Monsieur Woodhouse est un bel égoïste, qui souhaite conserver ses proches autour de lui, et se faire dorloter par toutes ces femmes dont il craint surtout qu'elles ne s'échappent peu à peu pour aller vivre leur propre vie. La patience d'Emma à son égard, et l'énergie qu'elle met à entretenir le bien-être de son père sont d'ailleurs tout à fait remarquables, et presque étonnants vu la fougue de son caractère, qui pourrait souhaiter justement s'émanciper d'un tel père.Emma va cependant s'intéresser de près au mariage... mais à celui des autres. A celui d'Harriett Smith par exemple, une jeune orpheline du pensionnat de jeunes filles, qu'Emma va prendre sous son aile pour parachever son éducation, et tenter de l'élever vers le milieu social que semble sans aucun doute mériter la beauté de la jeune fille, du moins selon les critères d'Emma.Ce sera le début d'une série de péripéties à rebondissements, où s'entremêlent les vrais sentiments, les préjugés, et pour certains la recherche d'une position sociale au travers du mariage. Emma se fourvoie d'abord dans ses prédictions et ses jugements, se retrouve au coeur de quiproquos qu'elle a favorisés sans s'en rendre compte en formant pour les autres ses plans sur la comète, puis, au fil du roman, prend du recul et de la maturité.Tombera-t-elle amoureuse ? Qui épousera qui ? Quels effets produiront l'introduction de nouveaux personnages dans la petite société provinciale ?Pour le savoir, il faut lire le roman, savoureux, ou mieux encore, se le laisser lire par Ritou qui a déjà fait tout le travail pour vous et qui vous l'offre sur Litterature audio : plus qu'à le mettre dans le MP3 pour l'écouter sur la plage ou en balade. De la bonne littérature, sans prise de tête pour autant, et donc parfait pour des vacances à la fois distrayantes et instructives :-) [...]



L'attente de l'aube, de William Boyd

2012-06-17T15:53:09.409+02:00

Parfois, même les incidents désagréables peuvent contenir un moment de grâce... Voir son avion retardé de plus d'une heure, quand c'est déjà le dernier de la soirée, et que vous avez pris, le matin même, l'un des tous premiers vols du jour n'est pas ce qu'il y a de plus agréable... Je n'avais rien à lire, et, à cette heure tardive et après une journée déjà bien remplie, nulle envie de rallumer l'ordinateur pour travailler en attendant l'embarquement. Alors je suis allée flâner dans la librairie de l'aéroport, où j'ai fini par jeter mon dévolu sur le dernier roman de William Boyd, dont je n'avais jamais rien lu, pour trois motifs assez minces il faut bien le dire : le titre est poétique, L'attente de l'aube, l'éditeur, le Seuil, est plutôt à mes yeux un gage de qualité, et enfin, l'affichette collée sur la vitrine mentionnait la flatteuse appréciation de la critique Olivia de Lamberterie "Un pur plaisir de lecture". Un pur plaisir de lecture : c'était juste ce dont j'avais besoin pour oublier les petits avatars de la journée, et ne pas perdre complètement ma soirée, consignée sur les fauteuils d'une salle d'embarquement.L'histoire de Lysander Rief montre comment des contingences assez triviales peuvent, en temps de guerre, faire entièrement basculer la vie d'un homme.En 1913, ce jeune acteur du théâtre anglais arrive à Vienne, pour consulter un médecin disciple de Freud et tenter de surmonter un problème très intime qui risque de l'empêcher de consommer son mariage avec la belle Blanche Blondel, elle aussi actrice, et en l'occurrence sa fiancée. Mais la chair est faible, les rencontres que l'on peut faire dans la salle d'attente d'un psychanalyste incongrues, et son escapade avec la jolie mais très fantasque Hettie, si elle lui permet de vérifier qu'il est guéri, va l'entraîner dans une aventure qu'il était loin de prévoir, et à vrai dire assez invraisemblable : a priori, on a du mal à imaginer en quoi le métier d'acteur peut préparer un homme à faire la guerre...Mais les militaires le perçoivent très bien, et surtout sont maîtres dans l'art d'identifier les formidables leviers que leur offrent la situation désagréable dans laquelle se retrouve Lysander. Prisonnier à Vienne, en attendant un procès de mœurs qui de toute évidence lui vaudra une condamnation, l'individu devient beaucoup plus facile à convaincre de s'engager dans l'action militaire si on lui offre la liberté en échange...Lysander va ainsi devenir une sorte d'agent secret, dont l'enquête va déboucher sur d'étranges recoupements avec sa vie personnelle, à telle enseigne qu'il s'interrogera sur une possible machination qui aurait pu conduire à ce qu'on le choisisse lui, précisément, pour mener la mission risquée à laquelle il répugne, mais qu'il n'a pas le choix de refuser, et où ses talents d'acteur, en effet lui seront plusieurs fois utiles...Le personnage est attachant, notamment par les liens affectifs qu'il entretient avec sa famille, et un mélange de faiblesses dévoilées, de sang-froid et de courage démontrés. L'écriture est plaisante, fluide, souvent sensuelle, montrant comment, même dans la guerre, les hommes restent des hommes... mais sont définitivement changés après y avoir participé.Pour qui s'intéresse à la psychanalyse, la manière dont le Dr Bensimon pratique sa thérapie est assez édifiante, et peut, selon le caractère de chacun, inciter à y chercher un recours, ou au contraire à la fuir à toutes jambes. Intéressant.Au final, je partage l'appréciation d'Olivia de Lamberterie : un pur plaisir de lecture, pas si futile pour autant, et la découverte d'un auteur que je n'avais jamais lu, mais que je vais peut être essayer de connaître un peu mieux.Le livre semble avoir été assez bien accueilli par la critique,[...]



Petite immersion dans l'oeuvre de Jules Verne

2012-05-17T16:25:00.201+02:00

Parfois, après la lecture ou l'écoute d'un seul livre, j'ai envie de continuer avec le même auteur pendant un petit moment... C'est toujours intéressant de lire plusieurs ouvrage du même auteur, de se familiariser avec son univers.Avec Jules Verne, on voyage. Et j'ai accompagné mes dernières lectures de fréquentes consultations de mon atlas ou d'une Google map pour me faire une idée plus  précise du chemin parcouru par les héros, qui m'ont plongée dans des contrées dont je ne savais parfois presque rien, sans sortir de mon fauteuil moëlleux.J'ai commencé mon périple avec Les enfants du Capitaine Grant, qui m'a permis de réviser ma géographie de l'hémisphère austral. Elle en avait bien besoin !Lord Glenarvan, alors qu'il sort étrenner son yacht tout neuf au large de Glasgow, récupère, dans l'estomac d'un requin pêché par son équipage, une bouteille de champagne renfermant, en trois langues, le message de détresse du Capitaine Grant, dont le Britannia a fait naufrage le long du 37ème parallèle. Déchiffrant l'énigme tant bien que mal, et la marine anglaise refusant d'envoyer un navire porter secours à son ressortissant, Lord Glenarvan décide d'accomplir la mission par lui-même, embarquant sur le Duncan, outre l'équipage régulier du yacht, sa jeune épouse, les deux enfants du Capitaine Grant, et Paganel, un géographe français monté sur le bateau par étourderie, et qui fera montre d'une mémoire et d'une érudition étourdissantes.Le message déchiffré leur laissant entendre que le Britannia a fait naufrage sur les côtes de la Patagonie, c'est d'abord vers la pointe de l'Amérique du Sud que se dirige le bateau, déposant à terre une partie de ses occupants, qui traversent le continent à pied. Parvenus sur la côte Est après moult péripéties, ils doivent se rendre à l'évidence : ils ont mal interprété le message. Au final, ils longeront le 37ème parallèle sur toute la circonférence de la terre, les aventures parfois très périlleuses de ces sauveteurs étant émaillées des descriptions géographiques et historiques de Paganel, qui permettent de se faire une idée assez précise des lieux traversés. Elles m'ont permis de prendre conscience que l'Australie et la Nouvelle Zélande avaient été colonisées au milieu du XIXème siècle, donc assez récemment, dans des conditions historiques que je ne connaissais pas.Les personnages sont attachants, leurs aventures rocambolesques, leur courage évidemment édifiant, et la leçon de géographie ma foi tout à fait instructive.Bravo et merci à la lectrice de Litterature audio.com, Orangeno, pour son exploit au long cours : plus de 23 heures de lecture.Enchantée de ce voyage au long cours, j'ai poursuivi par L’Étoile du Sud, qui se passe en Afrique du Sud, dans les terrains diamantifères qui ont suscité une fièvre équivalente à la ruée vers l'or sur le continent africain.Une fois n'est pas coutume, les exploits du jeune Cyprien, géologue en mission sur la terre africaine, sont motivés par l'amour d'une jeune fille, Alice Watkins, qu'il n'a aucune chance d'épouser, n'ayant ni titre ni fortune lui permettant d'y prétendre. Après une tentative infructueuse de se livrer lui même à l'exploitation minière d'un petit carré de concession, il passe à la mise en œuvre de ses connaissances théoriques, et parvient à fabriquer un magnifique diamant artificiel, qui lui vaut la haine des mineurs de la région, mais dont il espère qu'il lui permettra de conquérir la main de sa belle. Mais voilà : le diamant disparaît, et Cyprien devra le disputer à trois aventuriers prêts à tout pour se débarrasser de leurs rivaux, conquérir la belle - promise par son père à celui qui retrouvera le diamant-, et, surtout peut-être, mettre la main sur [...]



Le Drap de soie du temps, d'Anna Galore

2012-05-15T13:49:59.327+02:00

Santorin Oia Classic par Michael Heiss via Flickr CC BY-NC-SA Au milieu d'un flux quasi ininterrompu de littérature du XIXème siècle, abondante (je n'ai plus le temps de noter ici toutes mes lectures tant je dévore... par les oreilles grâce à ce site), souvent qualitative, et à laquelle je reviens toujours au sein de l'offre de Litterature audio.com, il est ma foi très agréable d'entendre de temps en temps de la littérature contemporaine. Anna Galore nous emmène à Santorin, lieu mythique s'il en est, puisque Platon y situe son Atlantide. Trois jeunes gens, deux garçons et une fille, y débarquent pour une semaine de vacances, qu'ils envisagent de dédier à la détente, aux visites et à quelques plongées sous-marine, dont les garçons sont amateurs. Mais la première plongée leur fait mettre la main sur des médailles anciennes, qui semblent fort intriguer un archéologue, et qui vont susciter des réactions en chaîne, inattendues et rocambolesques.L'auteur y mêle le récit de l'antique éruption qui détruisit la cité idéale, tandis que le narrateur y superpose ses états-d'âme personnels sur l'amour et le sexe, qu'il va fugacement partager avec Claire, mais qui lui laissera un souvenir impérissable.Un récit bien construit, une intrigue rythmée, des digressions harmonieusement insérées, bref une lecture agréable que je vous conseille vivement.Si vous êtes comme moi amateur de livres audio, n'hésitez pas, téléchargez la version enregistrée par Pascal Frêne pour Litterature audio.com, dont j'ai apprécié la lecture... et la belle voix.De plus en plus fan de "libre" (je viens de passer à Linux / Ubuntu à l'occasion de mon changement de PC perso), je ne peux que saluer la générosité d'Anna Galore, qui vous propose quasiment tous ses ouvrages en téléchargement, écrit ou audio, depuis son site web. Le Drap de soie du temps appartient à une trilogie, Reflets inachevés, et je ne vais pas tarder à prendre connaissance des deux autres ouvrages.Bref, une jolie découverte, pour laquelle je remercie tant l'auteur que le lecteur, et bien sûr l'équipe de Litterature audio.com, dont je continue de fréquenter assidûment le site.[...]



Les Borgia, d'Alexandre Dumas

2012-01-15T19:35:15.421+01:00

La série de Canal+, dont je me suis fait offrir les DVD pour Noël, m'a donné envie d'en savoir plus sur les Borgia. Et je me suis donc naturellement tournée vers notre écrivain historique national, Alexandre Dumas, qui a consacré un petit ouvrage à cette crapuleuse famille. Le scénariste de la série a de toute évidence lu Dumas, mais aussi d'autres sources. Il est en effet difficile de démêler le vrai de la légende, cette famille ayant fait couler autant d'encre que de sang, ce qui n'est pas peu dire.Dumas s'attache essentiellement au portrait de César Borgia, fils du pape Alexandre IV et frère de Lucrèce, dont il dépeint le caractère à la manière des auteurs antiques, tout en s’intéressant plus particulièrement aux batailles menées par ce guerrier à la fois farouche, cruel et rusé. Lucrèce n'apparaît que comme un personnage secondaire, dépeinte comme la maîtresse de ses frères et de son père, ce que les historiens ne savent pas vérifier, mais surtout sans doute comme un instrument dans les mains de son père et de son frère César, ses mariages successifs servant à garantir les alliances de pouvoir qu'ils veulent contracter.Globalement, évidemment, le tableau est édifiant : la famille Borgia semble avoir concentré tous les vices humains dans un seul sang. Goût démesuré du pouvoir, avidité pour la richesse, luxure, cruauté, assassinats et poison, mais surtout déloyauté, la parole donnée pouvant à tout moment être reprise si elle ne sert plus les intérêts de l'heure, ou si elle permet de tendre un piège habile, la famille Borgia incarne l'exact contraire de ce que la religion catholique prétend prêcher. La fresque historique de Dumas permet en tous cas d'affirmer qu'il n'est pas d'âge d'or, pas plus en ces prémices de la Renaissance qu'en des temps plus antiques, où les empereurs romains justement ont fait montre des mêmes abus, de la même démesure et des mêmes folies... que César Borgia (en hommage à son prénom ?) remet au goût du jour en cette fin de XVème siècle.On frissonne, et on en trouverait presque rieuse et sympathique notre époque contemporaine !Les lecteurs trouvent en général cet opus de Dumas quelque peu ennuyeux, lui reprochant de s'enliser dans les interminables batailles et changement d'alliances de César Borgia et de son père pour assurer leur puissance. C'est vrai qu'on a parfois du mal à s'y retrouver, et qu'on est assez loin des sagas familiales remplies d'anecdotes qui ont aujourd'hui la faveur du public. Mais cette lecture n'en est pas moins instructive, à compléter par quelques investigations sur le net, via Wikipedia par exemple, pour en apprendre plus sur les Borgia, leur vie, leurs (basses) œuvres, et plus généralement sur l'histoire de cette époque.Pour la petite histoire, il semble que l'élection des papes de nos jours, qui suit le même rituel formel qu'à l'époque, fasse toujours l'objet d'intenses tractations politiques. Mon homme, un Italien, connaît personnellement le neveu d'un cardinal, qui lui en a fait la confidence. Hum, les hommes restent les hommes, quels que soient les temps...[...]



La délicatesse, de David Foenkinos

2012-01-03T23:19:09.369+01:00

Le roman a fait un tabac (10 prix littéraires, 700 000 ex), maintenant il fait un film (dont je n'ai vu que les affiches, mais Audrey Tautou est inratable), il fallait bien que je finisse par le lire, un peu par hasard, ou plutôt par marketing : il était (forcément) en tête de gondole à la Fnac, et j'en avais (forcément) entendu dire du bien...A la première lecture, Foenkinos, c'est Gavalda au masculin : des rencontres improbables qui débouchent sur des histoires d'amour pleine de poésie du quotidien, après des péripéties parfois un peu loufoques. Histoire d'en ajouter une louche côté loufoquerie, Foenkinos ponctue son roman de petits intermèdes informatifs, genre recette de cuisine, ou scores des clubs de ligue 1 de football le soir de l'événement qu'il raconte. C'est parfois totalement sans intérêt, mais ça fait parfois sourire, et semble ancrer la fiction dans une réalité plus concrète, plus réelle, comme si l'auteur voulait nous dire que oui, ce que je raconte, c'est la vraie vie de tous les jours, celle qui pourrait être la vôtre si vous preniez seulement la peine de la regarder du bon côté, d'ouvrir un peu votre esprit, de voir la magie simple des choses. La lecture est plaisante et rafraîchissante, et je peux comprendre que cela plaise pour se distraire de l'actualité plombée que nous servent chaque jour les médias... quand ce n'est pas la chronique de votre vraie vie qui ressemble de plus en plus à un cauchemar, que vos collègues se suicident en série, que vous soyez dans la prochaine "charrette" de licenciements, ou que votre conjoint vous annonce son intention de demander le divorce. Dans l'univers de Foenkinos, l'improbable décès du conjoint avec lequel Nathalie s'entendait de manière tout aussi improbable sera finalement surmonté... avec le plus improbable des hommes. Et le roman se dénoue sur une partie de cache-cache dans le jardin de sa grand-mère...Si je n'ai rien contre l'idée de "réenchanter le quotidien", selon une expression qui a fait florès, et même si l'écriture est plaisante, fluide, cinématographique, j'avoue néanmoins rester un peu sur ma faim en refermant ce type de roman... Que reste-t-il pour nourrir la réflexion après une telle lecture, sinon quelques idées certes plaisantes, mais qui frisent le lieu commun et que j'ai déjà pu explorer par moi-même ? La psychologie des personnages reste somme toute assez survolée, et la philosophie superficielle.Il est vrai qu'avec la cure de romans du 19ème que je continue de m'administrer grâce aux livres audio, il est assez difficile de rivaliser : Balzac, Zola, Dostoïevski ou Sand explorent l'âme humaine, la société de leur temps et les questions existentielles (même si le mot n'existait pas encore) avec une acuité que je peine à retrouver dans la littérature contemporaine. Est-ce parce que la littérature ne donne à voir qu'une partie de l'époque, et que j'ai trop étudié celle dans laquelle je vis pour en apprendre quelque chose dans la littérature d'aujourd'hui, alors que lire sur les siècles passés m'apprend des tas de choses que j'en ignorais ? Plus sûrement, il est vrai que je lis les plus grands auteurs du 19ème, ceux qui ont résisté à l'épreuve du temps, alors que pour ceux d'aujourd'hui, je pioche un peu au petit bonheur la chance... Je me demande tout de même s'il est possible de dépasser en qualité ce qui a été fait à cette époque en matière de romans. J'y trouve en tous cas à la fois du dépaysement, les prémices du monde contemporain, et une universalité dans les questions que soulèvent les héros de ces romans et ce qu'ils vivent, que je parviens rarement à retrouver dans les romans actuels...Forcément[...]



Le chien de Dieu, de Patrick Bard

2012-01-02T01:43:11.678+01:00

Il paraît que certains lecteurs se baladent dans Rome avec le livre à la main pour visiter les lieux cités dans ce thriller ;-) Pour ma part, je n'aurai pas besoin de faire l'exercice : je commence à bien connaître la capitale italienne, et je visualise parfaitement les différents lieux dans lesquels évolue Antonin Fages, prêtre français égaré par les hasards de l'histoire dans la bibliothèque du Vatican, à la fin du 18ème siècle.

Hasard ? Participant avec trois autres ecclésiastiques à la subtilisation clandestine de quelques ouvrages et documents que les bibliothécaires veulent soustraire au pillage napoléonien, notre homme se retrouve en possession d'un curieux carnet manuscrit, en langue occitane. La langue natale d'Antonin justement. La curiosité est trop forte, et il profite d'un "incident" pour garder avec lui l'étonnant carnet, le temps de le déchiffrer, au lieu de le déposer dans le repaire secret choisi par les moines pour mettre les livres à l'abri.

Hasard ? Le carnet pourrait bien éclairer le mystère de la "bête du Gévaudan", dont Antonin a vu les ravages de près : Gévaudan et Margeride, notre actuelle Lozère, c'est sa terre natale, et la "bête", il a eu l'occasion de l'affronter, avant de migrer vers Rome, au moment où la terreur de Robespierre mettait les prêtres à rude épreuve dans les campagnes françaises.

Mais le manuscrit semble intéresser beaucoup de monde, beau ou pas, mais en tout cas déterminé à récupérer le carnet par tous les moyens, fussent-ils criminels. Antonin est donc obligé d'échapper à ses terribles poursuivants, tout en essayant de terminer sa lecture, d'élucider peut-être enfin le mystère de la bête meurtrière... mais aussi des intérêts que cet ouvrage pourraient servir ou desservir, et qui expliquent la rage que mettent ses poursuivants à lui filer le train.

Naviguant entre Rome et la Lozère, l'intrigue se faufile, comme le dit l'auteur, dans les interstices de l'Histoire, pour nous livrer un très bon moment de lecture, riche en péripéties, et suffisamment documenté pour que la fiction soit plausible... ce qui est loin d'être le cas de tous les romans à suspens. Alors, même si je suis forcément de parti-pris lorsque l'auteur est l'un de mes amis, j'ai été suffisamment entraînée par le livre pour le lire d'une seule traite, et ne peux que vous le recommander.

Côté blogueurs, je n'ai trouvé que deux critiques, une positive, l'autre mitigée. Mais sur Polars Pourpres, il est noté 8/10.



L'appât, de José Carlos Somoza

2011-12-30T18:21:01.067+01:00

Quand je vois un nouveau Somoza sur une table de librairie, je résiste rarement. Et en général, je ne le regrette pas : je trouve que la puissance d'écriture de cet auteur ne faiblit pas avec les années, bien au contraire.
Dans ce nouvel opus, c'est le théâtre de Shakespeare qui sert de toile de fond à l'exploration d'une nouvelle facette, fictionnelle, de la psychologie humaine. Chacun de nous serait en effet gouverné par son "psynome", qui, tel le génome, conditionnerait entièrement et mathématiquement ce qui nous procure du plaisir. L'illustre auteur anglais en aurait eu vent, même si à son époque il ne s'agissait que d'intuitions et non de savant profils mis en équation par des ordinateurs quantiques, et chacune de ses pièces décrirait ainsi un ou plusieurs "psynomes", ou philias. La police secrète se sert donc de son théâtre pour entraîner des "appâts" à la maîtrise de toutes les figures permettant de captiver les différents psynomes, faisant ainsi de ces agents très spéciaux des armes redoutables, notamment pour capturer les psychopathes en les neutralisant par une overdose de plaisir.

Diana Blanco est l'un d'entre eux. Décidée à arrêter sa carrière pour vivre "comme tout le monde" une histoire d'amour avec Miguel Laredo, elle va cependant se lancer à la poursuite du "Spectateur", ignoble tueur en série qui déchaîne la presse espagnole : sa propre sœur est en effet selon toute vraisemblance tombée entre les griffes du monstre.

Comme d'habitude chez Somoza, on est entraîné dans un suspens sophistiqué, qui plonge dans nos ressorts psychologiques, nous glace souvent d'horreur, et dans des retournements de situation qui nous surprennent jusqu'aux dernières lignes. Rien n'est jamais "convenu" ou attendu chez lui, et c'est ce qui en fait pour moi le meilleur des auteurs de thrillers. Et même si le psynome n'est qu'une fiction (très bien élaborée), je crois que je ne lirai plus jamais Shakespeare de la même façon...

Je trouve la critique de Livresque Sentinelle un peu sévère, je suis plus en accord avec celle de chroniques littéraires de la rentrée, qui propose en outre un entretien avec l'auteur.

Et je m'aperçois que je ne vous ai rien dit de ma lecture, relativement récente, de La théorie des cordes, qui m'a aussi fait frémir. Un de ces jours peut-être...



Une nuit à Pompéi, d'Alain Jaubert

2011-12-29T18:19:40.905+01:00

Journée d'entre deux fêtes, vacances, aucune obligation, solitude à la maison, voulue pour un vrai repos que je ne laisserai troubler par personne, l'occasion donc de se laisser guider par la seule envie du moment, et de renouer avec un plaisir que la vie agitée me laisse rarement : lire, et ne rien faire d'autre. Bouger seulement pour grignoter un reste de fruits exotiques des agapes de Noël, les tranches d'un délicieux panetone italien, et siroter une coupe de champagne avant qu'il ne soit éventé dans le fond du frigo. Et plonger dans Une nuit à Pompéi, trouvé dans la librairie du Musée Maillol visité la semaine dernière à l'occasion de l'exposition Pompéi, un art de vivre. Toujours captivée par la cité antique que j'ai déjà visitée deux fois, je continue d'explorer la littérature qui l'évoque, historique ou romanesque.Alain Jaubert parle bien de la région de Naples, en tous cas pour qui la connaît. Et de ses aventures érotiques dans la baie dominée par l'imposant et inquiétant Vésuve, que je peux voir de la fenêtre de la cuisine chez Maria les jours où il  n'est pas noyé dans les nuages, et qui surplombe le Forum de la cité antique à jamais endormie, mais vivante pour toujours pour les archéologues et les rêveurs.Bien sûr, raconter une épopée érotique dans les vielles ruines n'est pas vraiment nouveau, Gautier l'a fait en son temps, et l'exercice pourrait même sembler assez convenu, tant il est tentant de s'approprier ainsi de tels lieux, de leur redonner vie à sa manière... d'autant que Pompéi regorge de témoignages d'une vie sexuelle apparemment assez libérée. Jaubert nous livre ses frasques (ou ses fantasmes ?) avec suffisamment de délicatesse et de poésie, d'érudition pas trop pédante, pour que le divertissement soit agréable, pimenté d'historiettes que la 4ème de couverture nous présente comme "digne des Mille et une nuits", mais que je rapprocherais plus volontiers du Decameron de Boccace. Quelques heures de rêveries qui permettent une fois de plus de se remémorer les belles ruines, de revoir mentalement les plus belles constructions du site, d'errer encore et encore dans les rues pavées où j'espère que j'aurai encore l'occasion d'aller user mes semelles... et dont je sais, quoiqu'il arrive, que je ne les oublierai jamais. Si les journalistes et les libraires ont plutôt aimé (Télérama, où Christine Ferniot nous lit le début du roman à l'occasion de sa sortie en Poche, Le NouvelObs, Librairie Pantoute, Femme Actuelle), les bloggueurs sont plus circonspects (Carnets de Sel, Lycée Poincaré).Il est vrai que, selon la formule bien connue, la pornographie est l'érotisme des autres... et qu'on n'est donc pas obligé d'entrer dans la fantasmagorie personnelle de l'auteur.[...]



Au Bonheur des Dames, d'Emile Zola

2011-11-01T14:25:28.872+01:00

J'avais lu Au Bonheur des Dames à l'âge du collège, et j'en gardais un très bon souvenir. Une fois encore, soit dit en passant, assez loin de l'ambiance noire qu'on prête souvent à tort à l’œuvre de Zola : une fois de plus, ce roman le montre plein de sensualité et de romantisme, à côté de son génie bien connu pour capter les évolutions économiques et sociales de son temps. Ce roman nous conte la naissance des grands magasins qui, sous le second Empire, bouleversèrent le commerce. Le modèle est celui du Bon Marché, tandis qu’Octave Mouret et Denise partagent des traits communs avec les Boucicaut. On est stupéfait de découvrir que, dès la fin du XIXème siècle, toutes les recettes du grand commerce étaient mises au point : rotation rapide du capital pour lui faire rendre le maximum de rentabilité, vente en masse avec de faibles marges, soldes et démarques pour se débarrasser des invendus et éviter l'immobilisation inutile de capital, marketing de l'offre, avec la création d'événements permettant d'attirer les clientes, services divers à la clientèle, et bien sûr, premier trait de génie, rassemblement sous un seul toit de nombreuses spécialités auparavant dispersées dans de petits commerces spécialisés.Zola, qui a visité en détail Le Bon Marché, comme en témoigne le très chouette documentaire que vous pouvez encore voir sur Arte +7 (Au Bonheur des dames, l'invention du grand magasin) restitue ces inventions avec précision et pédagogie : comme chaque fois qu'il se mêle d'économie, on prend une belle leçon, sans douleur. Les mécanismes sont démontés dans le détail, qu'il s'agisse du montage capitalistique de l'opération ou des ressorts du désir féminin sur lequel joue cette offre foisonnante et bon marché pour créer une frénésie d'achat... dont on voit les ravages jusqu'à nos jours !Si vous êtes "marketeur", vous vous régalerez de ce décorticage en règle de méthodes dont beaucoup sont encore employées aujourd'hui, presque à l'identique. Si vous aimez la mode, vous serez ravis de découvrir toutes les tendances de l'époque, naissance de la confection ou description des dessous féminins. Si vous aimez les couleurs et les belles matières, vous aurez envie de vous rouler dans les extraordinaires étalages d'étoffes, minutieusement et savamment décrits par Zola qui en a étudié tous les termes. Si vous aimez les intrigues de bureau, vous serez ravis par les commérages et les drames qui se nouent entre les employés du magasin. Vous découvrirez aussi comment meurent ceux qui ne comprennent pas tout de suite le mouvement à l’œuvre, et qui veulent s'y opposer : aucun des petits commerces du quartier ne survivra au monstre de la vente, que Zola décrit comme une machine ronflante, qui visiblement le fascine. Si enfin vous aimez les belles histoires d'amour, vous serez servis par le suspens installé par Zola, qui dévoile dans les toutes dernières lignes seulement si la jeune Denise succombe ou pas à l'amour dévorant d'un homme qui pourtant semblait voué à bien d'autres aventures amoureuses qu'une passion pour cette jeune fille simple.Bref, un roman magistral et gourmand, à déguster sans modération, pur produit du génie de Zola dont personnellement je ne me lasse pas. Merci à Nicole Delage pour sa belle lecture, offerte sur Litterature audio.com.[...]



(Et pour quelques ) Balzac de plus...

2011-10-07T23:31:27.573+02:00

 J'aurais juré qu'il avait existé des "Balzac" ... J'ai du confondre avec Pascal, mais l'idée n'était pas si saugrenue, puisque sur un site de numismatique, on peut se procurer la maquette d'impression d'un billet de 100 Francs, dont j'ai volé l'image qui orne ce... billet (tant qu'à être dans les jeux de mots foireux...)Tour cela pour m'excuser (??) de ne pas écrire ici plus souvent. Non que je ne lise plus, bien au contraire, enfin j'écoute toujours autant, beaucoup plus vite que je ne peux tracer mes lectures audio...Et je reviens toujours à Balzac, fin connaisseur de l'âme humaine, qui constitue pour moi une sorte de repère, lorsque je m'interroge sur ce qui est contemporain ou universel dans la vie des hommes... Je découvre, ou redécouvre, et c'est toujours du plaisir...  Pour le partager un peu, voici donc les derniers que j'ai écoutés et que je recommande, sans grand détail, car je manque de temps en ce moment (travail travail !).Le Colonel Chabert est un réel drame : l'ancien soldat de Napoléon, héros que tout le monde croyait mort, revient à Paris sous la Restauration, espérant récupérer sa femme et sa fortune. Mais la dame est remariée, avec deux enfants. Outre la rouerie de l'épouse, et  les impitoyables rouages de la Justice pour qui n'a pas les moyens de la payer, ce court roman met en scène une situation en réalité inextricable, qui m'a fait penser à l'histoire de Martin Guerre, que Dumas raconte (très bien) à partir des archives du tribunal de Toulouse.La Fille aux yeux d'or m'avait captivée lorsque je l'avais lu dans un volume de La Pléiade prêté par mon père. Je me suis aperçue en l'écoutant que je n'en avais pas tout saisi à l'époque... ce qui confirme bien d'ailleurs ce que disaient mes parents, qui nous ont toujours laissé libre accès à la bibliothèque : les livres ne sont jamais nocifs, on ne comprend que ce qu'on est en âge de comprendre. Et c'est vrai que la subtilité de Balzac m'apparaît de plus en plus nettement au fil des années... Dans Une fille d’Ève, on retrouve Félix de Vandenesse, l'ancien amant de Madame de Mortsauf. C'est devenu un homme mûr, qui saura avec intelligence et finesse sortir son épouse d'une aventure avec un journaliste qui pourrait mal tourner pour elle...Outre le caractère de la dame, on y voit tous les enchevêtrements de la presse et de la politique, et la cruauté des complots qui se jouent dans les salons sous l'apparence de la badinerie.Enfin, un très beau texte, Une passion dans le désert, dont j'ai entendu parler il y peu à la radio, et que j'ai eu le plaisir de trouver enregistré par René Depasse, qui décidément comble toujours mes souhaits en matière de découvertes littéraires.Merci à tous les donneurs de voix de Litterature audio de nous faciliter l'accès à ces textes splendides et passionnants ![...]



Les Papiers de Jeffrey Aspern, de Henry James

2011-08-08T20:08:26.975+02:00

J'aime beaucoup l'écriture d'Henry James, comme celle d'Edith Wharton, qui si je ne m'abuse était de ses amies. Lorsque René Depasse a mis en ligne Les Papiers de Jeffrey Aspern sur Litterature audio.com, je l'ai téléchargé sans attendre. L'histoire se passe à Venise, ce qui ne gâte rien : vous aurez peut-être remarqué que je m'intéresse autant à la littérature italienne qu'à celle qui parle de l'Italie.

Le narrateur, américain, cherche à mettre la main sur la correspondance supposée, et supposément scandaleuse, entre Jeffrey Aspern, illustre poète disparu sur lequel il fait des recherches, et Miss Juliana Bordereau, quasiment centenaire au moment du roman, et qui vit retirée dans un vieux palais vénitien sous la garde de sa nièce, Miss Tina.

Une première approche par courrier ayant été sèchement éconduite, il imagine de devenir le locataire des demoiselles, afin d'approcher des précieux documents. Contre toute attente, sa demande d'hébergement est acceptée, mais l'accès aux fameuses lettres n'est pas gagné pour autant : les premiers temps, il n'a même aucun contact avec ses propriétaires. Au fil du temps, il parvient cependant à nouer une relation avec Miss Tina, puis à approcher la vieille demoiselle.

Les personnages de ce court roman ont pour le moins des caractères originaux. Le narrateur masque sa totale absence de scrupule sous une galanterie surannée à l'égard de Miss Tina. Celle-ci se montre à la fois plus clairvoyante et plus sentimentale qu'on aurait pu le croire, tandis que Juliana ressemble à une vieille dame indigne, prête à tout pour défendre, à juste titre, sa vie privée, mais aussi pour assurer la situation financière de sa nièce après sa disparition.

L'auteur entretien un suspens psychologique parfaitement maîtrisé, jusqu'à la fin du livre, et le cadre vénitien ajoute sa touche magique.
Henry James analyse avec une finesse acérée les comportements de ses personnages, mettant en évidence, comme dans Portrait de Femme, les relations complexes entre les êtres, décortiquant avec subtilité la manière dont chacun compose avec sa personnalité et les usages du monde pour, peut-être, parvenir à ses fins...

Merci à René Depasse de nous avoir offert cette belle lecture.



La Faute de l'abbé Mouret, d'Emile Zola

2011-08-07T16:44:30.315+02:00

On a souvent une image sombre des romans de Zola. D'ailleurs, quand on dit "c'est du Zola", c'est pour exprimer le sentiment de misère noire que nous inspire une histoire ou une situation. Cependant, les épisodes de la saga des Rougon-Macquart qui se déroulent à Plassans, bourgade imaginaire de l'arrière pays Marseillais, offrent un caractère assez différent. Zola s'y révèle lyrique lorsqu'il décrit la nature et le sentiment amoureux, éblouissants sous la lumière du midi, et plus indulgent peut-être pour ses personnages, qui ne sont pas pour autant libérés des tourments humains...L'abbé Mouret, neveu du Docteur Pascal, et rejeton de la branche illégitime des Rougon-Maquart, est depuis peu le prêtre d'un petit village proche de Plassans, les Artaud, peuplé semble-t-il des membres de la même famille qui, multipliant les unions consanguines, a donné son nom au hameau. Le jeune abbé se plaît mieux dans son église et dans son adoration de la Vierge Marie que dans la nature environnante ou dans les échanges avec les habitants, qui manifestent il est vrai assez peu de piété, et encore moins d’assiduité à l'église, même pour les mariages et les enterrements. Doux et timide, mais ferme apparemment dans sa foi, tout pétri d'innocence comme le grand enfant qu'il n'a pas cessé d'être, il semble touché par la grâce. A la lecture des premiers chapitres du livre, qui nous font pénétrer dans l'intimité de la vie d'un prêtre, de la messe quotidienne et de ses gestes rituels aux états d'âme qui animent sa prière, on s'interroge sur les événements qui pourraient bien venir troubler cette morne tranquillité.Mais le Docteur Pascal vient un jour chercher son neveu, pour le conduire au Paradou, où le vieux Jeanbernat a eu un coup de sang, dont le médecin craint qu'il n'ait raison du vieil homme. Le jeune prêtre accepte de l'accompagner, dans l'hypothèse que le vieux mécréant, l'esprit fort du village, veuille se réconcilier avec Dieu sa dernière heure venue. Mais le vieux est sur ses pieds, moins prêt que jamais à accueillir la parole divine, sans acrimonie cependant vis à vis du prêtre, auquel il offre un coup à boire. Au moment où les deux hommes prennent congé, Albine, la jeune nièce de Jeanbernat, fait son apparition, belle comme la statue de la Vierge qui règne sur la chambre du prêtre, et à laquelle il confie chaque soir ses prières. Et la vie du jeune prêtre bascule...Les quelques semaines que passera Serge, tombé en commotion le lendemain même de sa rencontre avec Albine, dans les jardins du Paradou où son oncle a imaginé de l'isoler du monde et de l'église pour qu'il puisse guérir, sont sous la plume de Zola une véritable transposition du jardin d'Eden et du péché originel. Amour, innocence et volupté, délicatesses infinies, troubles délicieux et communion avec la nature, que Zola décrit au passage avec, tout à la fois, une précision de naturaliste, une grande sensualité, et un lyrisme proche de l'animisme.La félicité, on s'en doute, ne durera pas, et l'abbé sera ramené à son église par le frère Archangias, qui fait l'école aux garnements du village, et se voudrait le bras vengeur de Dieu pour faire entrer dans la piété ou dans la tombe tous les habitants du village. Dans les luttes intérieures du prêtre contrit mais encore traversé par le désir de l'amour humain, dans ses échanges avec les différents protagonistes du roman, Zola, sans avoir l'air d'y toucher, de manière très factuelle mais très [...]



Les derniers jours de Pompéi, d'Edward Bulwer-Lytton

2011-06-19T22:20:53.577+02:00

C'est grâce à Litterature Audio que j'ai découvert cet ouvrage, fort populaire à la génération des mes parents, mais nettement moins connu à la mienne. Vivant avec un Italien né à 20 km de Pompéi, que j'ai donc bien sûr visitée avec intérêt, passion, émerveillement et émotion, je continue d'être à l'affût de la littérature qui se rapporte à ce site archéologique, sans doute le plus captivant de ceux que j'ai eu la chance de visiter, avec Herculanum. La fin tragique de ces cités bien sûr les rend particulièrement émouvantes, et le fait qu'elles aient été ensevelies brutalement, pour n'être découvertes que 17 siècles plus tard, les a conservées pour ainsi dire intactes, et donc très riches d'informations pour les archéologues, tout comme pour le simple visiteur.

L'ouvrage est tellement copieux que René Depasse le propose par épisodes. Il en est actuellement au livre 4, que j'ai écouté dès qu'il est sorti... et je n'ai pas pu m'empêcher d'aller lire par moi-même le livre 5 dans la foulée : l'ouvrage est disponible gratuitement sur Ebooks libres et gratuits. Et même si vous décider de tout écouter, ça vaut la peine d'aller consulter les deux préfaces et les notes de l'auteur : il s'est visiblement bien renseigné, et s'est rendu sur les lieux pour rédiger son roman.

Alors certes, son livre date de 1834, et on a fait bien d'autres découvertes depuis à Pompéi, mais il nous apprend tout de même pas mal de choses sur ce que pouvait être la vie quotidienne dans cette cité de Campanie. Les personnages auxquels il prête vie pour quelques heures sont "reconstruits" si l'on peut dire, à partir de squelettes trouvés sur le site, et ont donc des caractéristiques physiques "réalistes". Le tout est emballé dans une trame romanesque tout à fait haletante, autour d'une histoire d'amour entre un jeune Grec et une belle Napolitaine, convoitée par un riche Égyptien, redoutablement intelligent et manipulateur. Il nous brosse par touches successives différents milieux sociaux, jeunes gens riches et oisifs, édiles locaux, esclaves des riches maisons, commerçants et bien sûr gladiateurs. C'est aussi l'époque des premiers chrétiens, qui étaient mal vus de la majorité de la population, qui honoraient encore les "anciens dieux", quitte à être la dupe de leurs prêtres.

L'ensemble est assaisonné d'une pointe d'humour anglais, notamment dans les titres des chapitres, et dans quelques commentaires de l'auteur, qui compare la vie des cités antiques avec celles des Anglais de son siècle. Bref, de quoi se régaler en s'instruisant, à mon avis parfait pour se mettre dans les oreilles pendant les prochaines vacances : d'ici là, René Depasse aura sans doute terminé sa "lecture marathon". Très grand merci à lui pour cette belle découverte.



L'homme au masque de fer, d'Arthur Bernède

2011-06-09T21:55:12.896+02:00

Après Henri IV, passons au règne de son fils, Louis XIII puis de son petit fils, Louis XIV, avec une interprétation romanesque du fameux mystère du masque de fer.

Je ne connaissais pas Arthur Bernède, auteur du début du XXème siècle, pourtant auteur du célèbre "Belphégor". Ma foi, après Dumas, on n'est guère dépaysé : c'est la même ambiance de Mousquetaires et  d'intrigues de cour, avec batailles héroïques et longues chevauchées, loyauté et trahisons, histoire d'amour, et succession de péripéties qui entretiennent l'attention du lecteur...

Bernède adopte, parmi les nombreuses théories sur l'identité du masque de fer, l'hypothèse qu'il s'agit d'un fils adultérin d'Anne d'Autriche et de Mazarin, aîné de Louis IV, risquant donc à ce titre de porter atteinte à la légitimité du roi.

Un bon moment d'écoute, grâce à la belle voix de Carole Bassani-Adibzadeh pour Litterature audio.com.



La reine Margot, d'Alexandre Dumas

2011-06-07T22:29:18.474+02:00

Avec Dumas, c'est toujours la même chose : les faits historiques sont arrangés, travestis, ou réorganisés pour mieux servir le roman. Mais c'est absolument passionnant. 

La Reine Margot est à mon goût un de ses meilleurs titres. Outre le rythme de l'action, toujours haletant chez Dumas, et son art de la coupe des chapitres qui donne toujours envie de tourner la page suivante, la qualité des dialogues, pleins de doubles sens et de subtilités savoureuses, et l'ironie des descriptions en font un moment délectable. Catherine de Médicis est odieuse à souhait, et Charles IX aussi effrayant dans ses emportements que dans ses moments de calme lucidité. Alors, c'est certain, Dumas s'appuie davantage sur la rumeur et les ragots pour planter le caractère de Marguerite, déplace La Môle et Coconas dans la chronologie, et enjolive l'entente politique entre Margot et son époux Henri de Navarre, mais à la lecture, on s'en fiche. C'est bien ficelé, et globalement assez crédible pour n'altérer en rien le plaisir de lecture. Après, il suffit d'aller compléter sa culture sur Wikipedia, pour remettre personnages et événements à leur place, et rafraichir utilement nos souvenirs d'école primaire.

Bravo et merci à Gustave qui nous offre sa voix sur Litterature Audio.com, menant sa lecture tambour battant comme Dumas menait sa plume.



La Tulipe noire, d'Alexandre Dumas

2011-05-22T15:24:11.514+02:00

Envie d'un moment de détente pour le week-end ?
La Tulipe noire raconte l'histoire rocambolesque d'un tulipier hollandais du 17ème siècle, lancé dans la quête du Graal des tulipiers, entendez la création d'une tulipe entièrement noire et sans tâche, qui va se retrouver mêlé bien malgré lui au tumulte politique, qui l'entraîne au fond d'une geôle. Parviendra-t-il a faire éclore sa tulipe noire, et à la présenter au concours de Haarlem ?

Petit rappel historique en début d'ouvrage, comme Dumas sait les faire, pour nous remettre en contexte : Guillaume III d'Orange vient de gagner une bataille contre les forces françaises de Louis XIV, qui prétendaient annexer une partie des Pays Bas au royaume de France. Le peuple hollandais se venge en massacrant les "complices" locaux des Français.

Cette époque est aussi celle de la folie des tulipes, que les économistes connaissent bien car la flambée des cours des oignons de tulipes en Hollande au 17ème siècle est considérée comme le premier cas de spéculation et de "bulle" financière. Dumas n'en parle pas en ces termes, rassurez vous, et nul besoin de connaître les mécanismes boursiers pour suivre le déroulement de l'histoire.

Il s'agit ici plutôt de la passion horticole et de la création de nouvelles espèces de fleurs, de la jalousie et de la cupidité d'un voisin, et d'une histoire d'amour entre un prisonnier et la fille de son geôlier, motif littéraire bien connu mais toujours fort plaisant. Le tout avec l'humour que sait instiller Dumas pour se moquer des travers de ses contemporains, et les multiples rebondissements qu'il développe à plaisir pour tenir son lecteur en haleine.

Une lecture charmante offerte par Gustave, avec une diction parfaite et une délicieuse pointe d'accent que je dirais germanique, que vous pouvez aussi glisser dans les iPod de vos adolescents en la téléchargeant sur Litterature audio.com.