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Albertine retrouvée



Albertine retrouvée - LiveJournal.com



Last Build Date: Sat, 16 Nov 2013 16:59:16 GMT

 



Autre temps, autres mœurs

Sat, 16 Nov 2013 16:59:16 GMT

Hélène et moi sommes au garage dans ma banlieue d’enfance. C’est le temps de poser les pneus d’hiver, il y a de l’agitation autour. Nous sommes installées à une table de plastique. Hélène lit pendant que je colore dans un cahier «Ma petite pouliche». Un mécanicien offre un calendrier à un vieux monsieur. «Qu’est-ce que vous préférez, monsieur Lalonde? Là, y a un calendrier de chouchis…» L’homme semble peu convaincu. «Oh boy! Avant, c’était toutes des calendriers de femmes tout nues. As-tu connu monsieur Croteau? Je suis à son garage, pis y me donne un calendrier. Puis là arrive sa femme. A me demande : ‘Pis votre femme, elle?’ A m’amène dans son bureau. Et là, c’était toutes des calendriers d’hommes tout nus.»




Autoportrait

Thu, 07 Nov 2013 23:41:05 GMT

(image)



À toute vitesse!

Thu, 26 Sep 2013 22:26:43 GMT

Dans le feu de l'action, il m'a demandé, plein d'espoir, s'il pouvait me venir sur les seins. « Je n'attends que ça! » Et c'est exactement de cette manière, avec mes seins couverts de sperme et mon orgasme quelques minutes après, que s'est terminée ma folle aventure de vendredi soir, aventure qui avait commencé avec ma mère. Je l'appelle rarement ainsi, celle-là, mais puisqu'il était question de gros sexe sale dans la même phrase, j'ai jugé que ça serait drôle. Mme Bouquet, femme dans laquelle j'ai séjourné neuf mois, m'a téléphoné l'autre jour. Elle voulait absolument m'acheter un cadeau. Nous nous étions disputées quelques jours plus tôt parce qu'elle m'avait fait un sermon sur l'importance de l'homme, du père de famille pour remettre à l'ordre les enfants dissipés. Elle me racontait que la fille de son amie était devenue une délinquante et que c'était parce que son père ne l'avait pas remise à sa place à temps. Sa mère l'avait fait, bien sûr, mais ça ne compte pas. Ça prend un homme avec une grosse voix méchante, du poil et un pénis pour qu'un enfant soit assez secoué pour se remettre dans le droit chemin. Jean-Martin Aussant, politicien qu'on oubliera bien vite et musicien qu'on oubliera encore plus vite, pense d'ailleurs comme ma génitrice. Il l'a écrit dans son texte suivant sa lettre de démission : « Je n'ai pas eu le temps de répondre personnellement à tous les messages reçus, mais je les ai tous lus. Parmi ceux-ci, quelques rares messages un peu moins sympathiques, forcément. Les plus virulents d’entre eux, presque de nature haineuse, me portaient à croire que leurs auteurs avaient certainement dû manquer… de présence paternelle dans leur jeunesse. » Dans un de mes grands moments d'élégance et de délicatesse, j'ai répondu à Mme Bouquet qu'elle était une criss de conne de répéter de pareilles bêtises. J'ai ajouté que, de toute manière, il n'existe même pas de « droit chemin », qu'elle devrait seulement regarder Tu as crié LET ME GO, pleurer et ouvrir les yeux pour comprendre que notre monde nous place constamment dans des situations insoutenables. Ma mère, en soulignant que mon comportement à son égard était exécrable, m'a avoué qu'elle trouvait que j'avais peut-être soulevé un point intéressant. Elle voulait donc m'offrir un cadeau, pour marquer notre réconciliation, mais aussi parce qu'elle sentait qu'elle était parfois injuste avec moi. « C'est quoi, tu veux m'acheter ? », ai-je renchéri. Elle a conclu notre conversation par un « Franchement, Albertine » bien senti.Je blaguais, je sais bien qu'elle ne désirait pas m'acheter. Elle m'a raconté l'autre jour que dans les moments de précarité financière de mes parents, alors que j'étais toute petite, je la poussais à dépenser pour elle. Il parait que je lui ai déjà tenu un grand discours sur le fait qu'elle faisait déjà assez de sacrifice et que je l'avais traînée au centre d'achat s'acheter un nouveau manteau d'hiver pour elle. Elle sortait en plein janvier avec deux chandails de laine et un manteau d'automne. Elle s'est rappelé cette histoire récemment et, tout d'un coup, Mme Bouquet s'est mise à céléb[...]



Soirée vin et pot

Thu, 19 Sep 2013 10:27:01 GMT

Grande révélation : je n'achète jamais de drogue et pourtant j'en prends. Mon anarchiste, grand consommateur, remplit ma petite boîte rose dans laquelle je mets mon stock lorsqu'il passe chez moi. Parfois, sans que je ne m'en sois rendue compte, la boîte est redevenue pleine. Avec ma seule consommation, ça ne descend pas vite vite. Je bois plus que je me drogue, il faut dire. J'avoue d'ailleurs que j'avais presque réussi à me guérir d'un alcoolisme naissant de plus en plus sérieux. J'avais presque réussi, oui. Je dois toutefois me résoudre à écrire que j'ai échoué. Je suis alcoolique à nouveau. La charte des valeurs québécoises est venue m'achever! La charte est sortie et BANG, drette-là, je me suis remise à boire. C'est ta faute, Bern Drainville! J'haïs le Québec, ce n'est pas nouveau, mais là, c'est pire que pire. Je lève mon verre à votre pays-qui-n'en-est-même-pas-un de crétins. Verse, verse le vin! verse encore et toujours! Je suis gaie! Je suis gaie!Tout ça pour dire que je ne sais pas trop comment on achète de la drogue. Je connais toutefois la manoeuvre de mon anarchiste. Il appelle le gars, il arrive à la porte et ils se parlent en boys. « Yo, comme d'hab. » « Merci, Mister ». Mon anarchiste n'étant pas en ville hier, il fallait donc que je me débrouille toute seule pour une fois si je voulais me faire une soirée vin et pot. J'ai cherché le numéro. J'ai répété mille fois mon texte à haute voix dans mon appartement : « Salut, c'est Albertine sur la rue A. Tu sais, tu viens souvent voir mon ami D. Peux-tu passer me voir ce soir à la même adresse ? » J'ai essayé de trouver le ton le plus décontracté possible. Ce n'est pas évident, ça ne me réussit pas trop. Parfois j'avais un ton trop excité, parfois mon ton était trop amusé, comme si je racontais une bonne blague. Il m'a fallu essayer d'adopter une attitude plus neutre. Ça n'allait pas encore, soit j'avais l'air d'une bourgeoise d'Outremont, soit d'une professionnelle sur le bord de la crise de nerf qui essaie d'adopter un ton calme, soit des deux en même temps. J'ai cherché en moi une voix plus masculine, ma voix de dyke. Ça a marché, wow! Faque j'ai réglé ça Butch-style : « Yo, c'est Al, rue A. Chu à la mêm' adresse que D. Peux-tu passer, man? » Je ne peux pas croire que j'ai ajouté un « man » à la fin. Eh oui, je l'ai fait. Je l'écris ici avec la plus grande honte. Je me disais qu'à cause du « man », il n'allait pas venir me livrer. Je fus détrompée, il m'a répondu : « Je t'envoie quelqu'un ». Wah, cool!Je me suis servie un verre de vin. Un Côtes-du-Rhône. Rien de trop beau! J'ai profité du spécial à la SAQ cette fin de semaine. Après deux heures d'attente, j'arrivais au fond de ma bouteille lorsque j'ai entendu des pas dans mon escalier. J'ai ouvert la porte et c'était une fille. Mon dieu, je ne pensais pas qu'il y avait des livreuses. Ça m'a tellement surprise que je ne savais plus quoi dire. Elle n'avait pas l'air heureuse de tomber sur une novice. Elle m'a demandé d'un ton bête si c'était moi qui avait appelé le gars. J'ai dit oui et j'ai demandé un trois et demi. Elle me l'a donné et a pris mon argent.[...]



Le valeureux chevalier du prix unique

Sat, 24 Aug 2013 16:13:00 GMT

Avant-hier, j’ai confié à madame Bouquet que j’étais peut-être agoraphobe. Puisqu’habituellement ma génitrice est incapable de m’entendre lorsque je lui révèle une faiblesse, je m’amuse souvent à me présenter sous le jour le plus défavorable possible afin de tester les limites de son déni. Elle est tellement sûre que sa progéniture ne peut être autre chose qu’une dure de dure qu’elle refoule toujours mes pires aveux. Ce jour-là, comble de malchance, elle m’a entendue et s’est écriée : « Bientôt tu ne seras plus capable de sortir de chez toi! Agis vite, fille! » Je lui ai répondu qu’il n’y avait pas péril en la demeure, l’agoraphobie n’allait pas me tuer. De toute manière, ces affaires-là n’arrivent qu’aux meilleures : Elfriede Jelinek a gagné le prix Nobel de littérature. L’argument était béton, mais madame Bouquet n’a rien à cirer des désordres d’une Autrichienne dont elle n’a jamais entendu parlé. Elle m’a fait jurer que j’allais sortir de chez moi cette semaine. Elle a fait planer l’idée qu’elle était prête à tout, même à engager un détective privé, s’il le fallait, pour s’assurer que je quitterais bien mon domicile. Eh merde. Ça m’apprendra! Il vaut mieux choisir ses confidents si on veut avoir la paix. J’ai écrit quelques courriels à des amis. Puisqu’ils étaient tous occupés et qu’il me fallait un rendez-vous au plus criss, j’ai décidé de contacter un écrivain, ancien amant, qui avait rempli tout l’été ma boîte vocale pour me raconter à quel point je lui manquais. Fin juillet, tannée d’entendre mon téléphone sonner, j’avais répondu pour lui annoncer que notre brève mais trop longue histoire était terminée et qu’il pouvait se consoler dans les bras de sa femme. Il m’avait trouvée cruelle. Ben, tant pis, moi je le trouvais fatigant. Tout ça pour dire qu’à cause de cette affaire d’agoraphobie, je me suis décidée à le rappeler. Puisque je suis peut-être cruelle, mais pas malhonnête, je lui ai expliqué que j’avais besoin de son aide pour sortir de chez moi. Il a accepté de me voir. On s’est donné rendez-vous dans un café d’Hochelague. Il arrive avec son laptop sous le bras. Il est trop excité de me montrer la couverture de son nouvel opus. Avant même de me saluer, il ouvre son ordinateur et zoome fièrement sur la photo de son dernier livre. « Wow! », lui dis-je pour être gentille. Toutes les belles maquettes du monde ne peuvent rien contre une blogueuse DIY comme moi. Le jour où il gossera son livre lui-même à partir de rien, peut-être commencerai-je à être un peu impressionnée. Après deux-trois allongés, il me traîne dans un bar à deux coins de rue de là. Nous ne pouvons pas aller chez lui, sa femme y est avec sa marmaille, nous ne pouvons pas aller chez moi non plus, il me faut vaincre mon agoraphobie naissante. Nous sommes sur le point d’entamer notre deuxième whisky lorsqu’il me confie qu’il travaille sur quelque chose de gros. « J’écris une lettre aux journaux. » Ne le connaissant pas comme un écrivain engagé, je suis sciée. C’est bien la dernière personne de mon entourage que je peux imag[...]



L'artiste en crise

Tue, 13 Aug 2013 20:05:58 GMT

« Hélène, j'arrête d'écrire! Je ferme mon blogue! »J'ai lancé ces phrases comme si de rien n'était dans un café d'Outremont où nous déjeunions ce matin. Nous avions prévu de manger ensemble avant d'aller voir le tournage du vidéoclip d'une amie sur un toit. La salope a à peine réagi. Elle pensait peut-être que je voulais la niaiser. Elle m'a répondu en me demandant ce que je pensais faire d'autre pour m'occuper. Je lui ai proposé d'être sa femme au foyer. Elle a ri de moi avant de refuser mon offre. Je lui ai proposé de devenir braqueuse de banque. Albertine la Mitraille, ai-je ajouté rêveusement. Elle a souri. Visiblement, elle trouvait ce plan plus réaliste que le précédent. J'ai fini par lui avouer que j'allais sans doute continuer d'écrire, mais que ça serait différent. Je lui ai dit que je cherchais un nouveau projet, que j'avais besoin d'explorer de nouvelles formes.« Je pourrais écrire de la poésie! Trois quatre lignes à peine et je serais déjà en buisness. Bébé fa-fa!»Elle a regardé l'heure et m'a dit que nous n'avions pas le temps d'analyser en long et en large ma crise de vieille blogueuse cumulant onze ans de métier. Il fallait y aller. En route, je lui ai promis qu'elle serait la première à entendre ma poésie. Elle m'a remerciée de lui faire un si grand honneur et elle m'a dit que je ne serais même pas capable d'écrire un poème en résistant à tourner le genre en ridicule. Oh franchement! Tu verras bien, oiseau de malheur!C'était fou sur le toit! Il y avait plein de belles personnes, de jeunes artistes prêts à tout pour faire rayonner sur le monde leur créativité : photographes, camera(wo)men, réalisateur, chanteuses, chanteurs, musiciennes. J'avais l'impression d'épier un travail à des lieux du mien, me sentant complètement étrangère à leur agitation. Contre toute attente, je me trouvais presque en paix au milieu de cette faune. La frénésie sur le plateau me faisait oublier ma crise artistique.L'autre jour en relisant le Refus global pour écrire « Nigga please », je suis tombée sur cette phrase de l'édition critique : « L'oeuvre de Paul-Marie Lapointe fut longtemps entourée de silence, au point qu'on a pu parler également d'occultation ». Ça a été un choc! Je me suis dit que ce serait assurément moi dans une cinquantaine d'années. En 2063, on écrira : « L'oeuvre d'Albertine Bouquet fut longtemps entourée de silence, au point qu'on a pu parler également d'occultation ». Pas drôle d'être trop forte pour son époque!!! Eh! le talent, la vision, pas donné à tout le monde!Et puis, mon amie, la cowgirl qui enregistrait sa chanson, m'a complètement sortie de ma rêverie d'artiste sciemment ignorée. Elle m'a présentée à ses camarades comme une écrivaine. Puisque j'étais ce matin-là la seule représentante de cette noble vocation, les gens autour semblaient intéressés à connaître la teneur de mon travail. À l'instant même où je songeais à tout abandonner, il me fallut présenter en quelques mots timides onze ans d'une écriture bloguesque à laquelle momentanément je ne croyais plus. Je me su[...]



Nigga please

Mon, 12 Aug 2013 01:20:40 GMT

Par les temps qui courent, on célèbre le soixante-cinquième anniversaire de la publication d'un texte qui s'est attaqué à nos servitudes -passées, comme on le sait- et qui aurait permis l'avénement de ce Québec si beau et si extraordinairement émancipé que l'on connaît de nos jours. La Presse a eu l'idée d'inviter Marc Séguin, artiste subversif, à écrire un texte à ce sujet. Quand je suis tombée sur la page, j'étais assez heureuse. Marc Séguin est cute, viril, pis toute. Je ne suis pas femme à bouder son plaisir. Et voilà qu'en à peine quelques mots mon beau roux arrive à me turner off.« On lit Refus global aujourd’hui avec un sourire. Et certaines interrogations : comment ce texte a-t-il pu faire scandale ? [...] On lit et on ne peut s’empêcher de trouver Refus global 'bon enfant '. »Nigga please.Criss, comment on fait pour sourire en lisant le Refus global quand on se fait marteler petit peuple? Comment on fait pour trouver « bon enfant » un texte qui nous rappelle que nous avons été tenu [s] à l'écart de l'évolution universelle de la pensée pleine de risques et de dangers? Comment peut-on s'amuser de ces consciences qui s'éclairent au contact vivifiant des poètes maudits: ces hommes qui, sans être des monstres, osent exprimer haut et net ce que les plus malheureux d'entre nous étouffent tout bas dans la honte de soi et de la terreur d'être engloutis vivants?Peut-être, j'imagine, y arrive-t-on quand on n'a pas encore aujourd'hui l'impression d'être tenu à l'écart de l'évolution universelle, du simple fait d'être ici, peut-être si on ne connaît pas cette terreur d'être engloutis vivants, si on n'est pas convaincu qu'il est plus interdit que jamais de marteler petit peuple...Oh bien sûr, Marc Séguin souligne le courage que ça prenait à Paul-Émile Borduas à l'époque d'écrire ça, il précise ce qu'il en a coûté à Borduas de publier ce texte, juste avant de se demander à quoi s'en prendrait un Refus global aujourd'hui, tenant pour acquis que ce serait forcément différent.Pendant ce temps, je relis Refus global de mon côté: Il aurait fallu être d'airain pour rester indifférents à la douleur des partis pris de gaieté feinte, des réflexes psychologiques des plus cruelles extravagances : maillot de cellophane du poignant désespoir présent (comment ne pas crier à la lecture de la nouvelle de cette horrible collection d'abat-jour faits de tatouages prélevés sur de malheureux captifs à la demande d'une femme élégante; ne pas gémir à l'énoncé interminable des supplices des camps de concentration; ne pas avoir froid aux os à la description des cachots espagnols, des représailles injustifiables, des vengeances à froid). Comment ne pas frémir devant la cruelle lucidité de la science.Suis-je la seule aujourd'hui à crier et à frémir de la sorte? Est-ce réellement là le fait d'une autre époque?Marc Séguin déclare aussi que le Refus global aujourd'hui décrierait le marché de l'art. Mais le Refus global en faisant autant sinon plus en chiant sur le moindre acheteur.Des gens aimables sourient au peu de succès monétaire de nos exposit[...]



Fifty Shades of RedHole

Thu, 21 Feb 2013 02:13:12 GMT

Prête à affronter tous les périls au nom de la connaissance, je viens de terminer Fifty Shades of Grey On parle souvent de ce livre sans dire l'essentiel. Je me dois donc de rétablir les faits : le sujet principal du roman n'est pas le sexe (la première scène érotique est à la page cent), ni même le BDSM (ils discutent plus du contrat qu'ils ne passent réellement à l'acte)! Le sujet principal du roman, c'est plutôt l'argent. La narratrice, Anastasia Steele, est une jeune femme issue de la classe moyenne, qui se sent complètement écrasée par l'assurance des gens des classes supérieures. Après, par exemple, que Christian Grey, Monsieur Cinquante nuances pas très subtiles, lui ait offert des livres rares, elle ne désigne plus ces objets qu'en mentionnant leur prix : «Un instant il me repousse, l'instant d'après il m'envoie des livres à quatorze mille dollars et me traque comme un harceleur». Dans un autre passage du roman, il est écrit : «J'ai envie de m'enfuir. Il est riche». Plus loin, notre héroïne est morte de honte d'avoir vomi devant un PDG. Et ce même PDG l'attachera avec sa cravate, symbole ultime de son appartenance à l'élite économique. Au fond, Fifty Shades of Grey raconte l'histoire d'une idiote et d'un épais qui, sous le couvert de pratiques sado-maso, se crossent sur le capital. Ah Monsieur Grey, non, non, ne m'achète pas une voiture de luxe. Oh, oh, Monsieur Grey, tu possèdes un... si immense jet privé en plus de ton hélicoptère! Que tu es puissant, Monsieur Grey! Je suis toute mouillée.Je parlais de tout ça et bien plus à mon Hélène hier. Elle m'a posé la question essentielle : « Mais ça t'a excitée ? » J'ai dû arrêter quelques minutes pour y penser. « Hum, je crois pas, pas vraiment ». Elle m'a regardée d'un air sceptique. « Je veux bien, Al, je comprends que c'est un livre débile, mais quand même il devait y avoir des pénis, des boules, des fluides... » Il y avait UN pénis!!! Un seulement! Un pénis, celui de Monsieur Grey. Déjà ça part mal... Des seins, ouais, mais à peine... Puisque le livre s'adresse à la femme hétérosexuelle, on ne parle que du corps de Monsieur Grey. Et encore, on n'en dit pas grand chose. On dit surtout qu'il est BEAU, oh si BEAU! Le seul passage sexuel que j'ai bien aimé c'était un éloge, très propre toutefois, de la sodomie. Ce bout-là m'a intéressée, même si le côté « guide pour plaire à son homme » me donnait presque le goût d'y renoncer... En fait, Fifty Shades of Grey est un livre didactique pour que la lectrice découvre des pratiques «illicites» tels que le BDSM. Que la littérature érotique serve de véhicule de la connaissance libidinale, soit! C'est très bien! Cela dit, je pense qu'il y a de meilleures professeures que EL James. Dans un passage, la narratrice suce la queue de Monsieur Grey pour la première fois, Monsieur Grey qui fait 100 000$/heure (détail qu'on précise dans Fifty Shades Darker que je lis présentement). Elle n'avait jamais fait de fellation avant ce jour. Monsieur Grey est son premier partenaire. (Je n'écris pas qu'elle était vierge, parce que l'idée de la « virginité &[...]



In your face

Sun, 10 Feb 2013 02:18:32 GMT

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L'autre jour, je traînais dans un café en ville avec des connaissances. À la télé, nous avons vu des images des femmes de Femen. Un gars du groupe, que je connais très peu, s'est mis à se moquer : « Ben oui, ça se crisse à poil pour dénoncer la culture du viol! Pas fort! Qu'est-ce qu'elles ne feraient pas pour un peu d'attention médiatique? ». Tout le monde riait. Tout le monde, sauf moi évidemment. Un fille s'est tournée en ma direction : « Albertine, je te gage que tu trouves ça ben correct Femen? Ce serait ton genre, il me semble ». La partie était perdue d'avance, mais puisque je suis bonne joueuse, j'ai décidé de ne rien taire de ma passion. Je me suis exclamée : « Les femmes de Femen, bien sûr, que je les aime! En fait, JE LES ADORE! ». Il y a eu un silence. Je n'avais pas trop envie de débattre, alors j'ai dit que je devais partir et en quittant j'ai jugé à propos d'ajouter : « Je me mettrais à poil avec elles n'importe quand ! »   

Il paraitrait donc, si on se fie aux bonnes gens, que les femmes de Femen seraient cruellement en manque d'attention, qu'elles seraient tellement prêtes à tout pour être entendues qu'elles n'hésiteraient pas à reproduire les images du patriarcat. Ah bon. Il faudrait à tout prix que les femmes évitent de se réifier comme des idiotes devant les caméras. Évidemment, nous savons toujours mieux que les femmes elles-mêmes ce qu'elles devraient faire avec leurs corps et à partir de quel moment elles se mettraient à reproduire bêtement « les images du patriarcat ». Nous ne pensons jamais au fait qu'en disant cela nous nous donnons le droit de décider à quel moment une manifestante de Femen passe de sujet à objet. Derrière notre petit écran, bien au chaud et en sécurité dans notre salon, nous décidons de ce qui serait dégradant pour elles. À mon avis, c'est précisément le droit à l'ingérence dans la vie des femmes, que nous nous octroyons pour des motifs prétendument nobles, que Femen veut nous jeter en plein visage. Avec leurs seins nus, elles envoient promener toutes les personnes soi-disant bienveillantes qui diront que le féminisme a mieux à offrir. Elles font aussi un immense finger à tous les « hommes féministes » qui enseigneront, comme un bon papa ou un grand frère, aux petites filles qu'elles doivent faire bien attention de ne pas mélanger le « girl power » bête de l'industrie culturelle et le « woman empowerment » propret du féminisme bourgeois. Ils savent si bien, peut-être même mieux que nous, comment nous devrions agir pour défendre nos droits. Oh comme ils sont gentils...       




Outre mesure

Tue, 29 Jan 2013 16:57:47 GMT

Un des grands mensonges de notre époque est de nous faire croire qu'on peut à la fois être excessifs et économes, vivre une existence sous le signe de l'exaltation, mais se ménager constamment. Les gens ne savent même pas reconnaître l'excès lorsqu'ils rencontrent une vraie excessive comme moi, tant ils espèrent être autre chose que ce qu'ils sont, c'est-à-dire raisonnables, ne dépensant que pour des choses utiles ou octroyant un statut social, comme un beau char, une belle cabane.

Je jasais hier avec un ami.

Moi : Ah merde, l'argent me brûle des mains! C'est ridicule, là je suis crissement fauchée. Et regarde tous les livres que je viens d'acheter! (Je ployais sous le poids de mes sacs, remplis à ras-bord.)
Lui : Je te comprends tellement, Al! Moi aussi, je n'arrive pas à me contrôler quand j'entre dans une librairie.
Moi : Je peux pas croire. T'es tellement raisonnable.
Lui : Écoute, l'autre jour, je me suis acheté cinq livres sur un coup de tête!
Moi : Tu me niaises-tu?! Cinq livres?! Moi, j'en achète trente d'un coup.
Lui : ...
Moi : Oui, trente!
Lui : Ça m'est arrivé aussi une fois...
Moi : Non, non, tu ne comprends pas. Une fois, une fois, moi, c'est tout le temps!!! L'argent me brûle des mains, pour vrai! Aussitôt qu'il y a 50$ de disponible sur ma carte de crédit, je me demande quels livres je pourrais me commander sur Amazon! Les règlements contre l'endettement sont rédigées expressément contre des filles comme moi...

Mon ami m'a regardé d'un air mi-affectueux, mi-consterné et est parti.

Criss, qu'on ne m'enlève pas la seule chose que j'ai!  Peut-être que je me demande souvent comment payer mon épicerie tout en n'hésitant jamais à dépenser des centaines de dollars en livre, mais je connais les excès pour vrai!  




Sans attendre

Tue, 08 Jan 2013 14:50:23 GMT

Chaque fois qu'il me vient l'idée saugrenue d'exprimer une idée étonnante à autrui, je me retiens. Je sais que je vais devoir m'expliquer, exposer le chemin que j'ai parcouru pour arriver à cette conclusion. Je ne suis jamais certaine d'être capable d'y parvenir. Je m'en criss de convaincre qui que ce soit que mes intuitions sont justes, je sais qu'elles le sont. Si j'énonce une pensée, c'est parfois simplement que je veux émettre un avertissement. Comme si je criais la vérité avant qu'elle n'advienne, d'une certaine manière. Nos rapports sociaux sont organisés pour régler rapidement toutes les questions. On analyse la parole en quelques secondes. On trouve quelques arguments pour l'invalider. Et voilà, intervention suivante! Peut-être que dans six mois, un an ou dix ans, j'aurai raison. Je m'en fiche que ça prenne du temps. Anyway, il faut attendre avant de comprendre la parole d'autrui. Il faut se laisser imprégner un peu. Je suppose que la littérature, si elle sert à quelque chose, sert à ça, à donner du temps et de l'espace à la pensée pour qu'elle se déploie un minimum. 

L'autre jour, mon anarchiste préféré est arrivé chez moi en me parlant d'un texte de ma némésis qui chiait sur un de ses amis. Il m'a demandé si je l'avais lu. Oh non, je ne l'ai pas lu, je ne suis pas religieusement les petits écrits de ma némésis!!! Ça pourrait me rendre folle. Il s'est exclamé d'un ton enjoué : «Elle a écrit quelque chose que tu m'avais déjà dit. C'est fou!» Devant mon air horrifié, il a ajouté affectueusement : «Mais c'est normal, c'est ta némésis». Salope, la guerre est déclarée!

Évidemment, c'est un peu ridicule, mes histoires de «némésis», tsé la fille ne me connait sans doute même pas! Enfin, pas encore! Parce que si elle est mon ennemie jurée, comme je le pense, ça veut dire que je suis la sienne aussi. Elle me rencontrera bien sur son chemin un jour ou l'autre. Si je pense à ma némésis en ce moment, c'est qu'en relisant mon premier paragraphe, je me faisais penser à elle un peu. Comme elle, je ne suis pas née pour un petit pain. Cela dit, ma némésis ne se retient jamais de parler. Ce n'est pas une sauvage comme moi. C'est une fille qui veut convaincre à tout prix et surtout dans l'immédiat. Elle a soif de reconnaissance immédiate, alors que moi, je m'en sacre. Voilà notre différence fondamentale! Et puis après des érudits imbéciles affirmeront que les blogueurs écrivent sur Internet pour obtenir de l'amour immédiat, fuck non! Moi, j'écris sur Internet pour les motifs inverses. Si on cherche de la reconnaissance instantanée, il faut miser sur le livre.




Contre les puissants

Thu, 03 Jan 2013 01:38:28 GMT

Pendant les fêtes, je me suis retrouvée en famille comme d'habitude. J'ai soigneusement évité les revues de fin d'année. Je trouve ça trop difficile de me forcer à rire pendant le Bye bye pour cacher à tous qui est réellement cette femme qu'ils pensent aimer. Nous avons joué beaucoup aux cartes en famille. Je ne suis pas la plus grande fan, mais bon, ça détend un peu et ça passe le temps. En jouant au Skip-bo, je me suis rappelée une histoire banale de mon enfance. Une histoire qui s'était passée autour d'un jeu de cartes.Ma cousine Emma Bouquet, de plusieurs années mon aînée et, d'une certaine manière, ma grande soeur, m'avait proposé ce jour-là de jouer à un nouveau jeu avec sa correspondante française qui était en visite au Québec pour quelques mois. Sa correspondante était physiquement super impressionnante, elle mesurait plus de six pieds. Six pieds trois, je pense. Elle aurait pu avoir l'air d'une russe si elle n'avait pas tant des traits de Française. Emma m'avait poussée vers Sandrine, sa correspondante. Je devrais jouer à un jeu qu'elle lui avait apporté en cadeau de la grande Europe, berceau du monde intellectuel. Je me suis installée avec la géante. Sandrine m'a expliqué brièvement les règles. Nous avons fait quelques parties. Je battais toujours Sandrine à plate couture. J'ai remarqué dans le visage d'Emma sa fierté, mais aussi sa malice. Plus tard, j'ai compris qu'Emma trouvait Sandrine totalement idiote. Une Française à ce point sotte! Incroyable! Emma qui aimait tant l'Europe tombait des nues! Oh j'ai oublié de préciser que j'avais huit ans, alors qu'Emma et Sandrine avaient 15 ans. Chaque fois que je battais Sandrine, Emma avait la confirmation que la Française était vraiment une conne. Une enfant, en l'occurrence moi, était capable de la déjouer systématiquement à un jeu qu'elle connaissait pourtant très bien. Moi, je ne trouvais pas que Sandrine était idiote du tout. Elle n'était manifestement pas douée pour les jeux de stratégie, alors que moi, j'ai un talent inné pour ce genre de jeu. Et puis, Sandrine était bien plus attachante et sensible que mon affreuse cousine qui se pensait tellement plus futée que tout le monde.Emma m'aimait bien. J'étais sa cousine surdouée, un génie au berceau comme elle. Nos liens de sang lui servait à croire à sa propre supériorité. Quand j'étais avec elle, elle ne me parlait pas comme elle le faisait avec les autres. Puisqu'elle me trouvait intelligente, elle me parlait comme on parle à une complice. Il y avait nous d'un côté, les cousines Bouquet, les deux surdouées, et de l'autre, il y avait le monde : les caves, les épais, les twits. Ceux qu'Emma allait écraser. Emma pourrait signer un jour : Emma Bouquet Ph.D. Elle me l'avait confié, ça faisait partie de son vaste plan de domination du monde. Elle m'avait dit que pour des filles comme nous, il fallait devenir Ph.D à tout prix. C'était le seul moyen. Elle m'avait dit aussi que la vie était dure pour les femmes intelligentes. Nous étions des alliées, il fallait se faire reconnaître par le monde. Par l'université en premie[...]



Je suis amoureuse!

Wed, 02 Jan 2013 20:02:55 GMT

J'ai une liseuse, pis c'est fucking hot! J'ai déjà lu quatre romans avec mon appareil. L'encre électronique, c'est ben le fun, ça ne fatigue pas les yeux du tout. Et j'ai une petite lampe de poche intégrée à mon étui pour les moments d'insomnie où je dors avec quelqu'un. Autour de moi et de ma machine, les critiques fusent. Ils veulent s'en prendre à mon idylle, jeter dans la boue ma liseuse. Ça ne passe pas dans mon milieu une écrivaine qui aime lire sur une lieuse. Je devrais être celle qui défend bec et ongles la tradition. «Mais un VRAI livre ça sent si bon», «Mais c'est tellement le fun de toucher du VRAI papier»... Ouais, j'sais pas. Je ne pense pas que c'est si important. Après tout, j'écris un blogue qui sent rien et qu'on ne peut pas toucher! Je ne remplacerais pas ma savoureuse maîtresse par une fille électronique. Je n'échangerai jamais le délicieux pénis de mon amant par une copie électronique. Mais les livres, c'est juste des objets, je m'en crisse pas mal de les remplacer par un livre électronique. Tant que je peux écrire en lisant, je suis heureuse. On peut, en effet, prendre des notes manuscrites sur ma lieuse. Alors tout est merveilleux! J'ai même un répertoire qui archivent toutes mes notes manuscrites. Un de mes amants, plus sensés que les autres, a essayé de me raisonner en me servant mes propres arguments : «Mais on ne peut même pas éjaculer sur un ebook!» Sur l'écran, ça serait pas super pour ma machine en effet, mais on peut éjaculer sur mon étui de cuir sans problème. À volonté, en plus! Et puis, c'est encore plus cool, c'est comme éjaculer sur ma bibliothèque en entier d'un seul coup. «Mais Albertine, tu ne peux pas déchirer une page d'un ebook». Oh ça, c'est vraiment plus triste...J'ai lu des romans médiocres ces jours-ci. J'en aurais bien déchiré des pages, mais ça ne méritait même pas de se fâcher. J'ai lu un truc cave d'une fille qui raconte qu'elle a été homosexuelle pendant trois mois. Holy shit! Quelle affaire! Trois mois à manger une plotte! Ça mérite un roman! Tout le monde déteste cette auteure-là. Je me disais que je verrais peut-être autre chose dans ses livres. Enfin, je savais bien que sa violence ne me traumatiserait pas. J'aime habituellement les gens que tout le monde déteste. Mais après avoir lu cinq de ses romans, je dois dire que je la trouve moi aussi insupportable, même si nous avons elle et moi les mêmes référents littéraires et même si je lui reconnais certaines qualités parfois. Ça m'a déçue! Mais bon, c'est la vie. Je lis deux autres de ses livres en vitesse, juste pour voir, parce que le dernier que j'ai lu était un peu moins poche. Et puis, affaire classée! Je suis une femme efficace. Allez, au suivant! Ma liseuse a une mémoire intégrée de 2 Go. Ça semble bien peu, mais un fichier epub ça ne prend presque pas d'espace. Je suis néanmoins allée m'acheter une carte mémoire de 32 Go. Je veux être bien certaine de ne jamais manquer de place. En quelques heures, j'avais déjà 450 livres tr[...]



Fantasmes parisiens Antony - I Fell in Love with a Dead Boy

Thu, 22 Nov 2012 19:45:21 GMT

L'autre jour, je me suis surprise à lire tout ce que je pouvais sur les opposants au mariage gay en France. Ça me levait le coeur de me plonger dans ces discours haineux. J'ai même regardé sur youtube une 'tite-chanson composée par des débiles. Mais le pire dans tout ça, c'est que comme d'habitude, je n'appartiens à aucun camp. Bien sûr, je suis d'avis que s'ils le désirent tant que ça, les fifs et les gouines peuvent avoir le droit de se marier et d'avoir des enfants. Dans cet esprit pro-choix, j'ai aussi le droit de mépriser leur désir de se marier pour entrer à l'intérieur des balises extrêmement étroites construites par les hétéros. En lisant les textes des anti-mariage gay, j'avais néanmoins, pour la première fois de ma vie, envie de sortir dans la rue pour défendre la cause. Si j'habitais à Paris, je serais tellement allée péter la gueule de deux ou trois opposants au mariage gay. Juste pour le plaisir. Je suis bien consciente que ma violence ne changera rien au cours des choses, mais au moins, j'aurais pu m'amuser en me disant que j'aurais troublé la paix de deux ou trois épais. Après mon grand coup d'éclat, mes victimes auraient désormais associé ma face hideuse de femme dangereuse aux sombres fifure et gouinure qui s'abattent sur le monde. Ça aurait fait changement des belles images des tapettes athlétiques qui dansent joyeusement dans une parade gai!!! En quittant mes victimes aux visages ensanglantés, j'aurais hurlé : « JE MANGE DES CHATTES pour te faire chier! » 





Dans le culFormer Ghosts - In Earth's Palm

Sun, 21 Oct 2012 01:20:26 GMT

Il y a quelques années je fréquentais une femme mariée. J'en ai parlé un peu ici. Elle avait un ostie de mari plate, un prof d'université. Je lui ai déjà dit ce que je pensais des profs d'université. Ça l'amusait. Elle me trouvait ben drôle. Plus elle riait, plus j'en rajoutais. «Ce sont des débiles mentaux, vaguement psychopathes! Extrêmement narcissiques, en plus. Prends tes jambes à ton cou, c'est dangereux ce monde-là!» Elle se moquait de moi, mais c'était parce qu'elle savait que tout ce que je disais était vrai. J'ai usé mon cul sur des bancs d'école trop longtemps, je sais crissement de quoi je parle. L'autre jour, elle m'a téléphoné pour m'annoncer qu'elle l'avait quitté. «Eh bien, ça t'en a pris du temps!» Elle voulait absolument me voir. Pour me faire désirer, je lui ai dit que je ne pouvais pas que j'étais très occupée. Elle a continué d'insister en affirmant qu'elle avait vraiment besoin de me voir. Je lui ai proposé de venir chez moi vendredi soir. J'ai décidé de lui préparer un souper. Un truc ben quétaine! Je suis allée acheter des huîtres et des crevettes au marché Maisonneuve. J'ai préparé un potage de courge servi avec des crevettes cajun et des pacanes grillées. J'ai apporté ensuite les huîtres avec des quartiers de citron et de lime. J'avais acheté un riesling alsacien sec pour accompagner le tout. Il paraît que les huîtres sont aphrodisiaques faque j'ai eu envie d'essayer. En plus, ça l'excitait pas mal de me voir les préparer. Je suis une pro du couteau à huîtres. Ça passait par là! Rigueur et efficacité! Voilà comment ça se déroule dans la cuisine d'Albertine! Et puis, pour le potage, je faisais ma fière de vivre. Je viens de m'acheter un pied mélangeur. J'étais bien excitée de l'utiliser. C'est comme un gros phallus! Et ça vibre en tabarnak cette affaire-là en déchiquetant les courges, les oignons et la pomme de terre. Je pense que si les huîtres sont aphrodisiaques c'est sans doute en raison de leur texture, mais aussi parce qu'elles sont légères. On se sent très bien dans notre corps après. Tsé, une poutine, c'est pas full champion avant le sexe! Mettons que des huîtres, c'est mieux. Toute mon histoire autour de la préparation du souper, ça me permettait de retarder le moment où elle voudrait s'en prendre à mon corps. Ça m'arrangeait qu'elle soit mariée à un attardé. Maintenant, qu'elle est libre, ça pourrait se compliquer. Et moi, les affaires de sentiment, ça m'écoeure. Je lui ai dit tout de go : «Pas d'émotions, ok? Ça me donne envie de vomir». Elle m'a répondu que c'était moi qui parlait de sentiments, alors qu'elle n'y avait pas pensé une seule seconde. Eh merde, elle se mettait à jouer au psy. Bon, bon. J'ai pensé qu'il fallait provoquer les événements pour que la soirée avance plus vite. Je me suis jetée sur elle. Elle n'attendait que ça, la salope. Elle[...]



Brûlons nos veaux d'or! Avec pas d'casque - Vas-y

Tue, 16 Oct 2012 01:32:37 GMT

Ok, je suis écoeurée là! Je vais l'écrire une fois pour toutes et après ce sera terminé! Dans mon esprit du moins! J'ai envie de me lancer dans un grand rant contre le monde. Ça va commencer comme ça: vous me faites chier, vous êtes caves. Voilà! Tout est dit! Ou presque! Enfin, je suis de mauvaise foi, je sais bien que je n'ai pas dit grand chose encore. Bon, je m'explique. Il y a quelques semaines j'ai rencontré une fille dans une soirée mondaine. J'étais vraiment fascinée par son énergie. Elle s'est présentée à moi d'emblée comme une drop out. Elle ne pouvait pas mieux tomber. Nous étions dans un lieu rempli de littéraires de l'université (allez savoir ce que je câlissais là!!!), de ces gens chiants et plates qui parlent de leurs demandes de bourse, de leurs séances de signatures au Salon du livre pis des affaires fucking pas importantes de même. Dans ces moments-là, je me jette au cou des drop out! En faisant sa connaissance, je me suis exclamée dans ma tête : «Fiou! Elle est là! Je suis sauvée». Elle m'a dit au début de notre conversation qu'elle écrivait un peu et elle a rapidement changé le sujet. J'étais très contente. De toute évidence, elle n'avait pas envie de me casser les pieds avec ses récits ou ses poèmes en cours. Ça me plait! Je déteste discuter de ces choses-là. Et moi, de mon côté, je n'ai rien dit. Je ne parle pas de mes petits récits non plus. Anyway, j'ai tellement peu d'égards pour mes textes que je les diffuse sur le net! Mon but est de faire suer la planète, de pourrir le monde avec mes petits écrits, pas de signer des livres dans un essstie de Salon du livre de marde et d'y rencontrer plein de DÉBILES qui pensent qu'on devrait se mettre à genoux devant eux parce qu'ils sont ÉCRIVAINS! Je m'égare. Désolée! Je reviens à mon histoire. Donc, j'ai rencontré une fille vraiment chouette. Elle me parlait de sa job aliénante qui la faisait chier, mais qui l'amusait en même temps. Elle n'avait pas la chance qu'ont les universitaires de pouvoir se pogner le beigne aux frais de l'État grâce à leurs sacro-saintes bourses. Elle vivait toutefois de grandes aventures à sa job. Elle avait même mis sa vie en danger à quelques reprises!! Excitée, j'écoutais attentivement son histoire. À la fin de son récit, je me suis écriée : «Tu devrais tellement écrire là-dessus!». Elle était heureuse de mon intérêt, mais vraiment, elle ne trouvait pas qu'il y avait de matière littéraire dans son emploi alimentaire. Je comprends ses réserves. Et je les respecte. De toute manière, ce n'est pas parce qu'elle ne voit pas l'intérêt maintenant, qu'elle ne décidera pas un jour d'écrire à ce sujet. Moi, je pense qu'elle devrait, mais c'est seulement mon point de vue. Les scribouilleurs de mon époque se seraient sans doute garochés sur son histoire comme la misère sur le pauvre monde pour l'écrire à sa place. Moi, j'ai dé[...]



MondainsRatatat - Beats

Sun, 23 Sep 2012 19:24:02 GMT

« Albertine, aide-toi donc un peu! »

Mon interlocuteur affirmait que j'avais tendance à trop exposer mes doutes en société. Il ne faut pas faire ça dans le monde de merde qui est le nôtre. Oh non! C'est un crime de dire qu'on ne sait pas ou qu'on n'est pas certain. Probablement bienveillant, il voulait m'expliquer que je me représentais mal en public. Ça ne lui venait pas à l'esprit deux secondes que je faisais peut-être exprès parfois. Tsé, il faut se mettre à ma place, ce n'est pas drôle d'être si intelligente! Les insécures pensent voir des attaques cachées dans toutes mes affirmations. Et moi, je ne sais pas comment leur expliquer que je ne voulais pas nécessairement les attaquer. L'autre jour, on a dit de moi dans une émission de radio que j'étais «confrontante». Voilà! Ça dit tout. Je n'avais jamais associé ce mot à ma personne, mais ça me va comme un gant. Tout ça pour dire que justement parfois, j'expose mes faiblesses dans les situations mondaines pour éviter des tensions inutiles. C'est un réflexe que j'ai développé pour me faufiler un peu partout. 

Je travaille aussi sur l'exposition de ma fragilité, j'ai l'impression que celle-ci dit des choses importantes sur moi et sur le monde. Ma force ne dit rien, elle. Ma force, elle est plate, mais elle me permet de réfléchir à ma douleur. Nous vivons dans une société obnubilée par les images. Celui ou celle qui n'a pas l'image du gagnant habillé sagement, mince et calme passe pour un cave, un paresseux ou un déchet humain. Il ne viendrait pas du tout à l'esprit des bonnes gens que les femmes comme moi comprennent peut-être cent fois mieux les images qu'eux. Après tout, il faut être foutrement fort pour sortir de ce cadre très strict. Il ne leur passe pas par la tête que je ne me représente pas mal en public. Au contraire, je me représente tout à fait parfaitement. Ce que j'ai envie de dire, c'est à quel point je les méprise ces bonnes gens. À quel point, je les méprise eux et leurs petites recommandations de deux de quotient. À quel point, leurs images parfaites sont aussi laides que leur monde est moche. 





Dialogue entre un pseudo-Eryximaque et Albertine-Socrate

Sun, 16 Sep 2012 19:41:47 GMT

Dans une soirée bien arrosée, un imprudent, qui parait bien m'aimer par ailleurs (il ne faut pas chercher trop loin l'explication, l'alcool aide à me rendre sympathique), est venu m'interroger sur ma vie de blogueuse. Il m'a demandé de but en blanc si je considérais que mon travail contribuait indirectement à alimenter une tendance désastreuse de notre époque : l'hypersexualisation des jeunes filles. Puisque je me disais qu'il était encore trop tôt pour cracher sur quelqu'un ou pour lui sacrer mon poing sur la gueule, je suis partie à rire, je lui ai tâté un peu le bras, comme on le fait entre chums, en m'exclamant : «Hahaha, t'es ben drôle, toi, ce soir». Il a repoussé ma main, il s'est reculé un peu et il a pris un air très grave. Il a alors décidé d'enrichir sa critique, puisque visiblement, je ne semblais pas comprendre. «Mais tsé Albertine, entre toi et moi, on peut s'avouer que tu exagères un peu, tu n'as pas tant d'amants et de maitresses que ça. Même que des fois, on peut se demander si tu couches avec des filles pour vrai! Après tout, je ne t'ai jamais vu avec une femme. Tu t'imagines peut-être bisexuelle pour faire ta fille ben ouverte! Qui sait? Et puis, bon, il faut se le dire, en écrivant tes petites fantaisies érotiques sur Internet, tu contribues à une surenchère du désir, puisque tu participes à une surexposition d'une libido qui n'existe plus, d'une libido détruite par l'économie pornographique».Après quelques secondes, je l'ai regardé avec mes yeux les plus assassins et j'ai lâché un «Fuck you!» bien senti. La fête était finie. En bonne guerrière, je n'allais pas le laisser partir comme ça. Je me suis demandée comment organiser mon argumentation pour lui expliquer que ses propos étaient épais, dégueulasses et réactionnaires. J'ai décidé d'être systématique. Je lui ai dit que je voyais trois éléments principaux dans son commentaire : une méconnaissance du travail fictionnel, une misogynie à peine voilée pour les femmes qui font ce qu'elles n'ont pas le droit de faire, c'est-à-dire de s'approprier leur vie sexuelle et «l'exposer» sur Internet et un mépris total pour le travail politique des féministes prosexe, proporno et propute. Il ne semblait pas très content. Je l'ai fait taire, je n'avais pas envie de l'entendre avant d'avoir parlé.«Tu m'as posé une question, non? Ben, c'est à mon tour de répondre! As-tu déjà vu le film d'Anne Claire Poirier Le temps de l'avant? Je suppose que non, tu ne dois pas trouver que c'est assez politique pour toi. Après tout, ça parle de trucs de filles : de grossesse, d'avortement et de sexualité. En plus, c'est un film de fiction, tsé cette affaire de gens rêveurs qui nient la réalité. Eh bien, je vais te parler un peu du film puisque tu ne le connais pas. Dans une scène grandiose du Temps de l'avant, le personnage incarné par Paule Baillargeon se lance dans une longue tirade où elle expli[...]



Les morts naturelles

Tue, 11 Sep 2012 15:12:02 GMT

On se croit émancipé, mais on vit dans une fucking société qui cultive la honte et les tabous.
- Au fait, comment est-il mort?
- Il est mort d'une mort naturelle.
- De quoi, de mort naturelle?
- Bien, il était diabétique depuis longtemps...
- Je veux bien, mais ça n'existe pas une mort naturelle!
- (...)

WTF mort naturelle?! Son coeur a lâché? Il a fait une overdose? Il s'est noyé dans sa piscine? Il s'est pendu? Il n'avait pas 80 ans! Il n'est pas mort dans son sommeil! C'est quoi une ostie de mort naturelle?! Et qu'est-ce que ça change de dire comment il est mort? Il n'y a pas de mort honteuse. Il y en a seulement des plus brutales que les autres...

Ça me fait penser à une femme brillante qui s'est suicidée il n'y a pas très longtemps. La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre dans les médias sociaux, mais jamais elle n'a été rendue officielle, comme si c'était honteux. Fuck, la vie est dure en sale et le monde est dégueulasse! Il n'y a pas beaucoup de place pour ceux qui empruntent des chemins un peu différents, pour ceux qui ressentent les choses un peu trop intensément, pour ceux qui n'ont pas envie de se bagarrer constamment, pour ceux qui rêvent d'un monde plus humain, pour ceux qui s'en sacrent de la réussite sociale et économique! Ce qui est étonnant, c'est qu'il n'y ait pas plus de gens qui se tuent. Et surtout, ce qui est honteux, ce n'est pas le suicide, c'est qu'on accepte de vivre dans un monde où tant d'êtres souffrent.





Allez donc chier, bande de caves!

Sat, 01 Sep 2012 01:31:56 GMT

Je continue d'apprendre à dessiner. Ce soir, je vous raconte l'histoire de ma vie en quelques phrases. 

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La violence du créateur

Wed, 29 Aug 2012 18:38:49 GMT

Chaque fois que je lis ou entends l'histoire d'un créateur, un homme de cinéma, qui a choisi de violenter psychologiquement ses acteurs et ses actrices pour produire la scène qu'il désirait devant la caméra, je me sens immensément mal. Je repense souvent à ce que j'ai lu à propos des tournages de Cassavetes dont j'admire néanmoins les films, de Faces à A Woman under the Influence, en passant par le sublime Opening Night. Les filles de Le Tigre expriment habilement mon ambivalence, au sujet de Cassavetes, dans une chanson: «What's Yr Take on Cassavetes? What's Yr Take on Cassavetes? Misogynist? Genius? Misogynist? Genius?» Elles ne répondent jamais à la question et c'est très bien ainsi. Ces jours-ci, je réalise que le doute est un concept très mal-aimé dans les milieux militants, chez certaines féministes par exemple. L'ambiguïté et le doute sont des idées que comprennent intuitivement les artistes, féministes-chanteuses et féministes-écrivaines, mais dès qu'on tombe dans les terrains des sciences dites humaines, ces qualités perdent de leur valeur. Lorsque nous racontons avec passion qu'un créateur était un violent sur les plateaux de tournage, nous défendons implicitement une idée du génie masculin comme celle d'un homme qui aurait tous les droits sur les êtres autour de lui en raison de sa sensibilité hors du commun et de son engagement passionné pour la chose artistique. Cette semaine, on présente à Montréal une version restaurée de Léolo. Les éloges au sujet de Jean-Claude Lauzon pleuvent, on parle du «tempérament bouillant» de l'homme. Dans une chronique de Marc Cassivi, nous pouvions lire la productrice du film qui disait : «Jean-Claude était un génie. Tu ne peux pas t'attendre à une réaction non émotive d'un génie. Tu ne peux pas t'attendre à ce qu'il soit cartésien, qu'il respecte tous les codes sociaux et tous ses engagements. Tu peux seulement espérer lui donner les outils nécessaires pour qu'il puisse s'épanouir.» À la première chaîne de Radio-Canada, le jeune acteur du film racontait les conditions de tournage de Léolo où le réalisateur le brusquait pour provoquer chez lui certaines émotions. Aux imprudents qui pourraient croire en me lisant que je me crois plus catholique que le pape, je me dois de préciser que je suis, moi aussi, une violente. Je suis Albertine, une violente extrêmement émotive au tempérament bouillant. Il existe toutefois une différence essentielle entre moi et les cinéastes colériques : moi, j'écris des blogues, je n'ai pas besoin de brutaliser personne pour produire mon «art». Pour cette raison, l'écriture convient parfaitement aux violents de mon espèce. Puisque je suis toute seule chez moi devant mon écran, je peux laisser libre cours à mes pulsions dans un traitement de texte sans risquer de faire mal à autrui. Ça me permet de faire quelque chose de bien avec ma violence, celle-ci une fois transformée da[...]



Une carte de ma mélancolie

Fri, 17 Aug 2012 03:05:59 GMT

Kathy Acker a fait une carte de ses rêves dans Blood and Guts in High School. Moi, j'ai décidé d'essayer de faire une carte de ma mélancolie. Ça passe le temps.

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La casseuse de party

Mon, 13 Aug 2012 23:20:03 GMT

«Câlice, réponds à ton ostie de téléphone! Ou arrive avec ta queue! Je ne vais pas bien du tout.»Voilà le message que j'ai laissé hier après-midi sur le répondeur de mon amant du moment! Je me suis gavée de niaiseries sur Netflix en l'attendant. Deux heures plus tard, il sonnait à ma porte. Il est aussi serviable qu'un livreur de pot! Tu parles d'un amant! Toujours disponible pour me faire profiter de sa belle virilité! Je ne me plaindrai pas. Je l'ai fait monter et je lui ai demandé d'être brutal. Il s'est moqué de moi. Il a dit que je lui fais le coup de la salope qui veut se faire brutaliser à chaque fois, mais que je ne suis même pas si maso que ça. C'est son avis. Je n'avais pas envie de m'obstiner. «Bon, bon. Prends-moi comme tu veux, mais arrête de parler». Il s'est exécuté!Après le sexe, il n'est pas parti. Il sentait que j'étais sur le point de le mettre à la porte, comme il m'est déjà arrivé de le faire. J'ai toujours de bonnes raisons. Souvent je lui explique que j'ai trop de travail, que je dois absolument écrire. Afin de m'empêcher de le renvoyer, il s'est empressé de me demander si j'allais mieux. Je lui ai avoué que je n'allais pas vraiment mieux. «Ne me jette pas dehors alors. Tu faisais quoi avant que j'arrive ?» J'ai pointé ma Playstation 3 avec l'interface de Netflix. Il m'a proposé qu'on regarde la télé ensemble. J'ai accepté en lui précisant que je préférais qu'on ne discute pas. Il a affirmé qu'il adorait le silence. Nous avons passé la soirée ensemble à regarder des niaiseries et à rire de bon coeur comme de vieux amis.Vers 21h, il m'a annoncé qu'il devait rejoindre sa bande de copains en me demandant si je voulais l'accompagner. «Tu sais, moi, les groupes...» Je me sentais mal de refuser. Il avait accepté de passer la journée selon mes conditions, je devrais bien être capable d'accepter sa proposition. Je lui ai répondu que c'était ok et je suis allée m'habiller. De mon salon, il m'a dit d'une voix toute gentille : «C'est ben correct, Al, si tu veux pas venir en réalité.» J'ai insisté, je lui ai confié que ça me faisait très plaisir et qu'au fond, j'avais très envie de rencontrer ses amis.En chemin, je me suis mis à paniquer. J'étais un peu folle, j'ai honte quand j'y repense. Je l'ai prévenu mille fois que c'était lui qui allait regretter de me trainer avec lui. Je lui ai expliqué: «Je sais que tu veux me voir là maintenant, mais c'est juste que tu n'as pas encore découvert l'effet que je produis sur les autres. Le problème, ce n'est pas que je n'aime pas les groupes. Ce sont les gens de gang qui n'aiment pas ma présence! Je brise l'harmonie malgré moi. Je suis une femme anti-festive. Les gens le sentent intuitivement dans un party. Ils ont un instinct qui les poussent à[...]



Les belles-lettres

Sat, 04 Aug 2012 21:41:41 GMT

Il m’arrive de me réveiller en sueur et d’avoir le souvenir d’une vie que je n’ai jamais vécue. Je suis une prostituée d’Hochelague. Je me vois devant ma garde-robe en train de choisir ma tenue avant de sortir me chercher des clients dans la rue. Dans le miroir, je regarde mes cicatrices en comptant le cash qu’il me reste pour payer ma roche. Sur le mur de ma chambre, je griffonne avec un vieux morceau de fusain les surnoms que je donne aux clients qui me font chier en rêvant de les buter. Aujourd’hui, j’ajoute quatre emmerdeurs à ma liste : Papy-Coors-Light, un vieux tarbarnak qui n’arrive plus à bander et qui aime m’insérer des bouteilles de bière dans l’anus, le Débile hyperactif, un jeune homme trop enthousiaste et un peu attardé qui s’encourage et décrit ses performances en me fourrant, le Moraliste-450, un gars de la banlieue qui se sent très mal de fréquenter des putes et qui se met parfois à m’engueuler ou à me battre lorsque ses remords le terrassent, et l’Hulk de la colline, un gestionnaire qui se fait un plaisir de me brutaliser verbalement pour se libérer de son stress d’homme important pendant qu’il m’encule.Certaines nuits, je suis une tout autre femme. Je suis une vieille âme. J’ai du mal à marcher. J’ai fait mon cours classique, j’ai été mariée à un médecin ennuyant à mourir et j’ai eu une vie distinguée de femme aisée. Je suis désormais veuve. J’aime les belles-lettres. Je relis des œuvres classiques en maudissant mon existence. Je retrouve toutes mes angoisses, mes peines, mes regrets et mes désirs autant chez Proust que chez Balzac. Je suis chagrinée de ne pas avoir eu de fille pour lui transmettre ce que je connais de la vie et pour essayer de lui enseigner une liberté que je n’ai jamais été capable de conquérir. Dans le miroir, j’observe mon visage devenir de plus en plus ridé. Il me semble que l’usure ne s’inscrit pas assez rapidement sur ma peau, puisque ma souffrance devrait selon toute logique avoir détruit mon visage. Je suis malheureusement encore trop bien conservée. Sur le mur de ma chambre, je griffonne au marqueur rouge toutes les saletés que j’ai toujours voulu crier aux couples bourgeois que je fréquentais avec mon mari en souhaitant mettre fin à mes jours : vieux lette qui pue du batte, va te faire fourrer ostie de bourge coincée, tu mérites de crever, charognard, ou brûle dans ton palais de Westmount! Brûle!Parfois, je suis plutôt une femme née en 1980 dans une banlieue aseptisée. J’ai grandi devant ma télé dans ma maison remplie d’objets industriels achetés dans des magasins à grande surface. Je n’ai jamais appris le latin pis ça me fait chier. À l’école secondaire, on me forçait à lire du Alexandre Jardin pendant que je découvrais des œuvres exigeantes en cachette de mes enseignants incultes et attardés. Pour vivre une vie remplie d’action et pour rencontrer des gens, je [...]



Free PUSSY RIOT

Fri, 03 Aug 2012 03:02:36 GMT

J'ai fait un collage pour mes idoles comme une adolescente de 14 ans!!! :D

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