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Carnets de voyages d'un pantouflard



Compilation de notes, carnets et photos de voyages récents ou anciens



Updated: 2015-09-16T19:12:55.027+02:00

 



Oregon: 150 ans en 2009 (8/8)

2010-12-04T16:19:51.851+01:00

Oregon: 150 ans en 2009 (8/8)Un reportage réalisé en juillet 2008 (texte et photos: Bernard Jacqmin)Crater LakeA partir de Florence, lorsque l’on bifurque vers les terres en direction d’Eugene puis de Roseburg et que l’on suit le cours sinueux de l’Umqua River, on pénètre à nouveau dans un univers de forêts denses et majestueuses. Le relief devient accidenté et le parcours prend des allures aventureuses. Mais cette route 138 doit encore livrer une surprise de taille. Au terme de celle-ci, gît en effet un des lacs les plus étranges et des plus beaux que l’on puisse connaître. Il est un des plus profonds du monde et en tous cas, le plus profond des Etats-Unis puisqu’en son centre sa profondeur atteint 594 mètres. Ses eaux sont aussi, dit-on, d’une pureté incomparable. Aucun ruisseau, aucune rivière ni glacier ne l’alimente. Seules les eaux de pluie et les chutes de neige lui permettent de conserver un niveau toujours égal. Bien que situé à une altitude de 1800 mètres, le Crater Lake ne gèle jamais car protégé par une impressionnante muraille de lave solidifiée. Comme son nom l’indique, la formation du Crater Lake résulte d’une éruption gigantesque. Celle du volcan Mazama qui, à la suite d’une explosion cataclysmique survenue il y a 7700 ans, s’effondra littéralement sur lui-même en provoquant cette cuve abyssale, cette caldeira de près de 10 kilomètres de diamètre. Les archéologues ont prouvé que cette zone était habitée il y a plus de 10.000 ans déjà. Il est donc tout à fait plausible que des humains aient été les témoins oculaires de cette scène digne d’une fin du monde. D’ailleurs, les indiens Klamath n’ont-ils pas perpétué une légende voulant que cette catastrophe géologique soit le résultat d’un combat entre des divinités rivales ? Une des raisons pour laquelle les Klamath, ont toujours considéré ce lieu comme étant sacré et les chamans interdisaient d’ailleurs à leur peuple de le regarder ! Il est vrai que de cette antique catastrophe, il subsiste ici et plus que jamais, une atmosphère des plus singulières. « A vous donner le frisson, diront certains !» Le visiteur, même le plus blasé, ne peut échapper à cette sensation de rentrer dans un monde irréel tant l’agencement des éléments constituant ce site confine à la perfection. Tout ici est à mettre au superlatif. Le lac forme un cercle quasiment parfait, ses eaux sont d’une limpidité exemplaire, et, protégé du vent par d’abruptes falaises, aucune vaguelette ne vient troubler la surface de l’onde qui, décidément, prend des allures d’acier bleuté. Même en plein mois de juillet, lorsque la période touristique bat son plein, chacun semble observer ce spectacle avec déférence et les plus loquaces ne commentent leurs émois qu’à voix basse. Comme s’ils se trouvaient au cœur d’un sanctuaire interdit, assistant à l’accomplissement de quelque rite grandiose et surnaturel. Peut-être une de ces liturgies complexes dont avaient le secret les chamans Klamath. Peut-être un de ces mystérieux offices qui devaient se tenir sur l’Ile du Magicien!                                                                                             FINTexte : Bernard Jacqmin (septembre 09)Photos : Pablo et Bernard Jacqmin[...]



Oregon: 150 ans en 2009 (7/8)

2010-02-14T16:27:04.936+01:00

Oregon: 150 ans en 2009 (7/8) (Un reportage réalisé en juillet 2008 (texte et photos: Bernard Jacqmin)La Côte“Océan en vue! O joie ! » écrivait Clark dans son journal à l’issue de l’incroyable aventure qu’il venait d’accomplir. L’enthousiasme qui avait prévalu pour lui et ses compagnons en accédant aux rives du Pacifique se mua pourtant vite en un cruel désenchantement. Dans ce même carnet, on peut lire un peu plus loin : « A 2 heures, la marée monta sous la forme d’énormes vagues et d’un vent terrible. Elle renfloua les arbres…et se mit à les chasser çà et là…Toutes les peines, notre attention la plus soutenue, permettaient tout juste d’empêcher notre canoë de se faire écraser par des troncs monstrueux dont de nombreux mesuraient près de 60 mètres de long et de 1 à 2 mètres de large…Les rondins sur lesquels nous dormons partent à vau-l’eau à chaque marée. La pluie tombe toute la journée. Nous sommes mouillés, notre literie aussi, et une bonne partie de notre matériel….Rien à manger sauf du poisson matraqué »Cette vision presque apocalyptique de la côte Nord-Ouest, n’a en soi rien d’étonnant. Cette côte ne connaît-elle pas un des plus violents ressacs du monde. En hiver, les tempêtes lancent contre les falaises des vagues qui dépassent 6 mètres de haut et le choc qui en résulte est comparable à l’impact d’une voiture lancée contre un mur à 150 kilomètres à l’heure ! Depuis le Japon, aucune barrière de récifs ni groupes d’îles ne brise le choc de ces vagues poussées par le vent sur ce qui est considéré comme plus long parcours océanique de l’hémisphère Nord. Il n’empêche que ce rivage, d’Astoria aux dunes de Florence et même au delà, vers la Californie, est l’un des plus beaux et des plus sauvages de la côte Ouest. Les ports et les petites villes balnéaires le longeant n’ont en rien dénaturer l’âpre beauté de cette région. Astoria, à la frontière de l’Etat du Washington -et terme de l’épopée de Clark et Lewis- a d’ailleurs gardé, pour qui prend le temps de musarder, un charme quelque peu suranné avec ses rues pentues et ses façades victoriennes que l’on dit les plus belles après celles de San Francisco. Des réalisateurs tels que Richard Donner (Les Goonies) ou Ivan Reitmann (Un flic à la maternelle) ont bien compris le parti qu’ils pouvaient tirer de ces décors clé-sur-porte en les intégrant dans leurs films, (au point qu’ils en deviennent souvent les éléments les plus intéressants !) Fondé en 1811 par un négociant en fourrures nommé John Astor, Astoria sera aussi le premier village digne de ce nom de la côte Ouest des Etats-Unis. Sa situation stratégique, puisque situé la fois à l’embouchure de la Columbia River et en bordure de l’Océan- lui valut aux temps héroïques une belle réputation de port de commerce. Aujourd’hui peuplé d’ à peine une dizaine de milliers d’âmes, la bourgade à l’air quelque peu assoupi en dépit de la mise en route de quelques projets à vocation touristique. Quoiqu’il en soit, la petite ville reste plus que jamais un point de passage obligé de la côte-ouest pour qui se rend dans l’état du Washington grâce au fameux Astoria Bridge. Traversant la Columbia River en formant un arc de près de 7 kilomètres, cet ouvrage d’art est aussi considéré comme un des plus remarquables des Etats-Unis. Si l’on poursuit une vingtaine de miles vers le sud, toujours en longeant la côte, on parvient à la petite ville de Cannon Beach. L’endroit est certes un classique des agences de voyage locales mais comment ne pas tomber sous le charme de cette modeste ville balnéaire, de ses bungalows pimpants en front de mer et surtout de sa plage parsemée d’impressionnants rochers comme, entre autres, le Haystack Rock ? Une sorte de pain de sucre émergeant à 70 mètres au dessus des flots. A elle seule, cette masse rocheuse est un authentique réservoir de vie où s’ébattent joyeusement les crabes-hermites[...]



Oregon: 150 ans en 2009 (6/8)

2010-02-14T16:27:31.270+01:00

Oregon: 150 ans en 2009 (6/8) (Un reportage réalisé en juillet 2008 (texte et photos: Bernard Jacqmin)PortlandDemain, Ed et Jen rentreront déjà dans leur pavillon de banlieue. Les vacances sont finies pour eux. Au moment de nous quitter, ils insistent cependant pour nous fixer un rendez-vous dans le centre de Portland : ils seraient heureux de nous revoir et de nous faire visiter leur ville à bord de leur vieux van V.W. Nous acceptons avec plaisir et nous retrouvons donc le lendemain après-midi à l’endroit fixé la veille, sous une de ces chinoiseries un peu kitsch en forme de portique sensée marquer l’entrée du quartier chinois. Un endroit qui, dit-on , était fort mal famé à la fin du XIXe et sous lequel un véritable réseau de tunnel avait été creusé puis investit par des tripots et autres bars clandestins où des capitaines sans foi ni loi abrutissaient les marins d’alcool. Ils leur faisaient ensuite signer des contrats « bidons » pour embarquer -à leur corps défendant— dans des croisières qui n’avaient rien de touristiques !Avec Ed et Jen, la visite de la plus grande agglomération du pays (556.370 hab.-la capitale, Salem ne compte que 154.000 hab.) commencera par l’ International Rose Test Garden. Situé à l’Ouest de la ville, sur les contreforts d’une colline d’origine volcanique, cet endroit est le lieu de promenade familiale par excellence. Il est parcouru d’un dédale de chemins ombragés serpentant au travers d’une impressionnante roseraie où plus de 550 variétés de roses sont cultivées.L’intérêt du site réside aussi dans le fait qu’il permet d’embrasser d’un seul coup d’œil l’ensemble de la ville. Une cité à priori «cossue » dégageant à la fois une belle impression de dynamisme mais aussi, paradoxalement, de quiétude toute provinciale. Un plan urbanistique a d’ailleurs incité les promoteurs locaux à ne pas s’égarer dans des délires architecturaux par trop prétentieux. Cette quasi absence de gratte-ciels, la présence d’espaces verts, de places aérées et de promenades aménagées le long de la Willamette River confèrent une belle harmonie à l’ensemble. Des détails accentuent encore cet effet comme, par exemple, la relative fluidité du trafic automobile, même dans le centre-ville. Une fluidité due notamment au fait que les transports en commun sont gratuits à partir de la périphérie.Il est donc tentant d’abandonner son véhicule dans un parking de banlieue et de se laisser glisser « for free » vers l’ épicentre à bord d’un des nombreux street-car (tramways) multicolores. Et si d’aventure, vous cherchez une signification particulière aux couleurs de ces véhicules tantôt verts-pommes, tantôt jaunes ou bleus électriques, sachez que c’est juste pour créer un effet visuel intéressant au cœur de la ville, c’est du moins ce que l’on assure à la direction des transports en commun ! Sur le plan environnemental, la ville a aussi consentit à de larges dépenses en matière de réduction des gaz à effet de serre et autres émissions de CO2. Portland, grâce à la mise en place de dispositifs rigoureux permettant de renforcer le rendement énergétique et d’accentuer l’usage d’énergies renouvelables, les émissions de CO2 ont été réduites de plus de 3% par habitant entre 1990 et 1995, quant aux émissions de CO2 émises par les installations de la ville, elles ont baissé, durant la même période, de 15%. Parmi les mesures visibles et relativement insolites de cette politique environnementale active, on remarquera aussi la présence, à intervalles réguliers, de bornes disséminées à travers la ville permettant aux véhicules électriques de recharger leurs batteries. De toutes évidences et à l’image du reste de l’Etat, Portland est une ville progressiste à maints égards. Ici, comme dans tout le pays, on vote démocrate et ce, de façon ininterrompue depuis 1988 (même si de vastes régions du Sud-Est restent toujours fid[...]



Oregon: 150 ans en 2009 (5/8)

2010-02-14T16:27:55.129+01:00

Oregon: 150 ans en 2009. (5/8)(Un reportage réalisé en juillet 2008 (texte et photos: Bernard Jacqmin)Le Mont HoodEt puis, inexorablement, viendra le moment où la curiosité sera la plus forte : Au détour d’un chemin, d’une route campagnarde peut-être un peu plus agreste que les autres -à hauteur de Rufus, par exemple- le voyageur sera incité à dépasser la vallée, à pointer le nez au delà de la canopée. Dans un premier temps, les grandes cultures réapparaissent. Encore du blé, encore de l’avoine, encore du maïs et puis, dans le lointain…une masse incontournable, un sommet érodé mais couvert de neiges éternelles : Le Mont Hood ! On se dit finalement que ce n’est pas très loin et l’on se met aussitôt en route, comme aimanté par la force surnaturelle qui émane de cette montagne.Avec ses 3426 mètres d’altitude, le Mont Hood est le point culminant de l’Oregon. C’ est aussi un volcan toujours considéré comme potentiellement actif (bien que ses dernières velléités remonteraient à 1805, peu avant l’arrivée de l’expédition de Clark et Lewis précisément).Quand à son ascension, si elle est inscrite au programme de tous les alpinistes dignes de ce nom, elle ne figure pas parmi les plus difficiles : après le Fuji Yama, c’est le Mont Hood qui comptabilise chaque année le plus d’ascensions réussies ! Ce qui en fait, notamment, un de ses aspects les plus attractifs, au même titre que ses pistes de ski ouvertes toute l’année. Unique aux States !En ce week-end caniculaire, des dizaines de jeunes venus de la banlieue de Portland sont pour l’instant en train de dévaler ses pentes sur des snowboards aux motifs bigarrés. En T-shirt et reliés à leur I-Pod comme à un cordon ombilical, ils surfent l’or blanc, en écoutant les derniers tubes des rappers en vogue sous le regards malicieux d’ écureuils en goguette et bien peu farouches.Une atmosphère aux antipodes de celle qui, il y a quelques années, avait rendu mondialement célèbre l’endroit avec le film-culte de Stanley Kubrick « Shining » dans lequel Jack Nicholson incarnait un dangereux psychopathe luttant contre ses démons et accessoirement, ceux peuplant les couloirs du Timberline Lodge (principal hôtel situé au pied du Mont Hood) !Parfois, l’on se demande pourquoi le symbole du pays n’est pas cette montagne au lieu de ce cet omniprésent, certes, mais banal pin que l’on voit gravé sur les plaques minéralogiques de l’Etat ! Le Mont Hood, c’est comme une signature, une carte de visite ou mieux, un repère incontournable. Par temps clair, on peut le voir dans presque tout le Nord du pays.Malgré les touristes, les skieurs et les nombreux randonneurs, l’endroit est apaisant et reste étonnement propice à l’éblouissement, à la méditation et pourquoi pas aux rencontres singulières. Comme celle de ce couple originaire de la banlieue de Portland. Ils s’appellent Ed et Jen. Ils ont choisi un camping des environs pour passer quelques jours de vacances, histoire de changer d’air et surtout faire plaisir à Patrick et Carol, leurs deux jeunes enfants. Des vacances toutes relatives et teintées d’une certaine anxiété nous confiera plus tard notre nouveau compagnon. En effet, chaque matin, Ed se lève aux aurores et quitte le campement en silence pour gagner la zone portuaire de Portland. Il est grutier et son boulot habituel consiste à décharger les trains. Cependant, pour l’instant il est en chômage. « Mais il faut rester vigilant dit-il, alors tous les jours, je descends en ville et fais le tour des entreprises et je regarde si elles n’ont pas besoin d’un gars comme moi, ne fût-ce que pour un petit contrat»Ces moments-ci, Jen avoue pourtant ne pas avoir trop de chance avec le travail. Mais quand il revient au camping en fin d’après-midi, il fait bonne figure devant Jen et les gosses. On fait comme si de rien n’était, on s’active autour du barbecue et puis surtout, quand la nuit est t[...]



Oregon : 150 ans en 2009. (4/8)

2010-02-14T16:28:15.299+01:00

Oregon: 150 ans en 2009. (4/8)Un reportage réalisé en juillet 2008 (texte et photos: Bernard Jacqmin)La Columbia RiverHistoriquement, naturellement pourrait-on dire, la voie d’accès principale vers l’Oregon en venant de l’Est est un fleuve. Une autoroute liquide ! Majestueuse et puissante : La Columbia River. De mémoire de natifs, l’on a d’ailleurs jamais connu que cette « route » pour traverser le pays d’Est en Ouest, des Rocheuses au Grand Océan. De mémoire d’explorateurs puis de colons, cette percée de près de 2000 kilomètres à travers le pays n’est rien de moins que la voie royale -du moins son dernier tronçon- pour la conquête de l’Ouest.L’épopée de Clark et Lewis est à ce sujet exemplaire. Mandatés par le Président Jefferson, les officiers Meriwether Lewis et William Clark vont être chargés en 1804 d’explorer les territoires situés à l’Ouest du Mississippi.( ….) Territoires qui jusqu’alors étaient réputés « terrae incognitae ». Hormis de rares aventuriers, des marins et quelques poignées de trappeurs aguerris venus notamment du Canada, personne en effet n’avait encore pratiqué cette contrée. L’ aventure de Clark et Lewis commencera à Wood River (Illinois) en mai de l’année 1804 pour arriver en vue du Pacifique 18 mois plus tard. L’équipée composée d’une trentaine d’homme ne rentrera que 2 ans, 4 mois et 10 jours plus tard après avoir parcouru plus de 8.000 miles, à pied, à cheval, en bateau, empruntant notamment le cours de la Columbia River jusqu’au Pacifique et fonder dans la foulée Fort Clatsop, emplacement de l’actuelle ville d’Astoria. Détail incroyable, compte tenu des dangers et des difficultés croisées: une seule personne périra au cours de cet épique saga.Cette expédition marquera le début du plus grand flux migratoire qu’ait jamais connu l’Amérique. Les précieuses informations recueillies par les deux explorateurs vont enflammer l’imaginaire de la jeune nation et nourrir d’espoir de centaines de milliers de personnes en quête d’un avenir meilleur et surtout de terres à « bon prix ». Dès 1840 et pendant près de 40 ans ce ne sont pas moins de 400.000 aventuriers, qui parcourront ce qui, désormais, sera baptisé l’Oregon Trail. Une aventure nécessitant, dans le meilleur des cas, 6 mois à partir des rives du Mississippi avec de rustiques chariots bâchés tractés par des bœufs traversant le Kansas, le Nebraska, le Wyoming, l’Idaho et enfin l’Oregon à partir duquel certains se dissémineront vers la Californie ou le Washington.Témoin privilégié de cet exode sans précédent, l’écrivain Mark Twain dans son ouvrage intitulé « A la dure » décrit en 1861 ces caravanes alors qu’elles ne sont pas encore à mi-chemin : « Le vêtement pauvre et la mine triste, cheminant péniblement et poussant leur troupeau de vaches, il y avaient des dizaines d’hommes, de femmes et d’enfants qui avaient marché comme cela, jour après jour, pendant huit interminables semaines pour parcourir mille deux cent quatre vingt quatre kilomètres ! Ils étaient poussiéreux et hirsutes, tête nue et déguenillés, ils avaient l’air si fatigués !… »Si la morphologie de la vallée de la Columbia River a certes subi d’immenses mutations depuis cette époque « héroïque » –Aujourd’hui, avec 14 barrages sur son cours et 150 sur l’ensemble de son bassin, la Columbia River est le fleuve comptant le plus de centrales hydroélectriques en Amérique du Nord- la vallée de la Columbia River demeure plus que jamais un territoire où le terme « sauvage » garde un sens. Et ce ne sont pas les saumons qui le contrediront puisqu’ils sont encore 16 millions à remonter son cours chaque année !Aussi, dès que l’on quitte la Higway 84 et que l’on traverse la voie ferrée longeant le fleuve, le visiteur se retrouve-t-il aussitôt enveloppé, happé pourrait-on dire, par une nature exubérant[...]



Oregon : 150 ans en 2009. (3/8)

2010-02-14T16:28:35.563+01:00

Oregon: 150 ans en 2009. (3/8)Un reportage réalisé en juillet 2008 (texte et photo: Bernard Jacqmin)Le Wallowa CountyEn poursuivant la route vers le Nord-Est, vers le comté de Wallowa, jouxtant la frontière avec l’Idaho, on pénètre cette fois dans un univers de montagnes rugueuses, de vallées profondes, de canyons (le Hells Canyon avec ses 1600 mètres de dénivelé est le plus profond des Etats Unis), de forêts et de lacs. Certains n’ont-ils pas qualifié cette région de « Petite Suisse d’Amérique » ? Ce comté était jadis occupé par les Nez Percé, une tribu de chasseurs-pêcheurs. Wallowa est d’ailleurs un terme utilisé par ces derniers pour désigner le tripode auquel on accrochait le poisson pour le sécher.Le climat est ici parfois inconstant. Même en ce mois de juillet, il arrive aux cimes des Wallowa Mountains d’ être escamotées par des masses nuageuses compactes et de voir le fond des gorges colmaté par la brume des heures voire des jours durant. Dans ce cas, on prend alors son « mal » en patience, on s’installe dans l’une des nombreuses aires de camping aménagées au cœur de la forêt et l’on s’active à faire un feu, puis du café. « A la cow-boy »! Le genre de camping dont le fonctionnement est basé sur un principe de confiance absolu : point de surveillance, ni d’accueil et encore moins de caissier pour faire payer le campeur. Seul un panneau installé à l’entrée avertit que pour passer une nuit ici, il vous en coûtera une dizaine de dollars. Pour s’en acquitter, il suffit de prendre une enveloppe dans la boîte prévue à cet effet puis de l’y remettre avec les quelques billets demandés.Ce jour-là, nous étions à la veille de Fête nationale. Quelques campeurs venus des environs s’étaient établis pour le week-end à l’orée d’un torrent glacé pour profiter du calme incomparable de cette nature sauvage et aussi, selon certains, pour s’éloigner quelque peu du tumulte généré par les manifestations patriotiques, les bals aux lampions et autres explosions d’artifices en tous genres.Ceci dit, de calme, il n’en sera pas toujours question aujourd’hui !En fin d’après-midi, des profondeurs des forêts de pins a déboulé une cohorte de quads chevauchés par des gars plutôt balèzes. Cartouchières en bandoulière, flingue dans la ceinture et carabine à portée de main.Ce n’était pourtant pas la période de la chasse ! Ces gars avaient investi une clairière juste pour « faire des cartons » sur à peu près tout ce qui leur passait sous la main. Au milieu de cette équipée, un gamin de six ou sept ans s’essayait au maniement d’un colt devant son père…. fier de montrer à la cantonade l’ habilité au tir de son rejeton.- En Europe, je sais qu’on est parfois choqué par ce culte que l’on voue aux armes, mais moi, je trouve qu’on en a pas encore assez ici !-C’est sécurisant, et puis tout ceux qui parlent d’interdire la vente d’armes n’y connaissent rien. Le jour où cette f*** loi passera, il n’y aura plus que les truands qui seront armés !Comme pour ponctuer ces paroles « bien senties », le père-flingueur, d’un trait, vida sa canette de Bud’ et fit vrombir le moteur de son quad pour disparaître dans les taillis.Le Comté de Wallowa, c’est aussi le comté des grandes exploitations agricoles, celui des pâtures et des champs à perte de vue que des systèmes d’irrigation abreuvent sans discontinuer. C’est un pays où les jalons sont des silos et des granges. Véritables cathédrales dédiées à la paille. Parfois, elles sont frappées d’un signe d’aspect cabalistique: le sigle du propriétaire, lemême que celui que l’on retrouve tatoué sur l’ arrière-train des vaches. De temps à autre, de petites villes émergent çà et là. Elles s’appellent Enterprise ou simplement Joseph (En souvenir du célèbre Joseph, chef incontesté des Nez-Percés jus[...]



Oregon : 150 ans en 2009. (2/8)

2010-02-14T16:28:53.610+01:00

Oregon: 150 ans en 2009. (2/8)Un reportage réalisé en juillet 2008 (texte et photo: Bernard Jacqmin)Histoire de connaître une progression dans l’éblouissement, on peut entamer un périple en Oregon par sa face la plus austère, en venant du Nevada par exemple, par cette route 95 dont le goudron n’en peut plus de fondre sous le cagnard de juillet et le poids des Peterbilt traînant d’improbables cargaisons. Celui qui vient de passer devant nous, précisément, transporte une collection de bungalows entièrement montés qu’il n’y aura plus qu’à habiter une fois posés sur le sol !Cette route est hypnotique et irréelle. Elle croise tantôt un hameau informe, tantôt la dépouille d’un renard ou d’une couleuvre, parfois une rangée de boîtes aux lettres sans la moindre habitation à l’horizon, au mieux, un motel-station-service perdu au milieu du vide minéral. Celui-ci, en l’occurrence, est tenu par une descendante de Chinook, ou de Nez-Percé ou peut-être de Klamath. Sur la porte d’entrée, deux affiches déjà décolorées annoncent, l’une, le prochain pow-wow organisé par la communauté de natifs locaux et l’autre, le grand rodéo annuel du côté de Fort Mc Dermitt. Dans la cour prolongeant l’établissement, un gars, probablement le « chum » de la patronne, bricole sans conviction dans le ventre d’une Chevrolet désossée. Et comme un fait exprès, c’est à cet instant que de la radio s’échappent les accords poisseux de ZZ Top. Le mirage n’est plus très loin !Si la clim’ tient le coup, que l’on garde le cap vers le Nord en dépassant des lieux aux noms aussi évocateurs que Crane ou Lac Malheur, on est récompensé. Par degré, le vert reprend le dessus , le relief ondule gentiment, le parcours devient aussi plus sinueux voire plus mystérieux. Comme cette vallée de la John Day River. De celle-ci, on dit que l’on peut y voir l’évolution de notre planète comme dans un livre ouvert. Des millions d’années de spasmes volcaniques et de convulsions telluriques ont emprisonné dans les couches sédimentaires superposées ce qu’il convient d’appeler une séquence ininterrompue débutant il y 54 millions d’années. « La plus longue et la plus complète du monde » soutient le paléobotaniste américain R.W. Chaney. De fait, il s’agit ni plus ni moins d’un « Pompeï » du cénozoïque où l’on peut reconstituer le quotidien du dinosaure ou du chameau, du pécari ou de la tortue géante. La collection du centre d’études et de recherches local abrite 22.000 spécimens de fossiles allant de la semence de graminée au squelette de patriofelis, (un grand félin peuplant la région il y a 45 millions d’années). Seul un dixième de cette fabuleuse moisson a été identifié à ce jour. (Prochain épisode le 28/12/09)[...]



Oregon:150 ans en 2009 (1/8)

2010-02-14T16:29:13.098+01:00

Oregon : 150 ans en 2009. (1/8)

Parcours impressionniste dans un Etat….confidentiel !
-Introduction-
(image) Si l’on évoque le nom des Simpson, de la société Nike, du groupe pop-psychédélique les Dandy Warhols ou encore du film-culte fantastique Shining de Stanley Kubrick, il y a fort à parier que bien peu y verront un point commun. Et pourtant, il en est au moins un : l’Etat d’Oregon, sur la côte ouest des Etats Unis. Cette année 2009 est l’année de son 150e anniversaire ! Ancienne annexe des possessions françaises du Canada, l’Oregon fut longte(image) mps l’objet de contestations entre les Anglais et les Américains. Ce n’est qu’ en 1848 qu’un traité fixera définitivement la limite entre les deux puissances. Ce qui était au Nord du 49e de latitude Nord appartiendrait aux Anglais et la partie au Sud reviendrait aux Américains. La zone incombant aux Etats-Unis était érigée en Territoire dès 1850 puis en Etat à partir de 1859. Enserré par la Californie et le Nevada au Sud, l’Idaho à l’Est, l’Etat du Washington au Nord et le l’océan Pacifique à l’Ouest, l’ Oregon n’est certes pas l’état le plus médiatisé des « States ». C’est étrange et finalement fort injuste ! Huit fois plus grand que la Belgique mais aussi trois fois moins peuplé (3,5 d’habitants) l’Oregon est pourtant un Etat dont les caractéristiques physiques sont d’une diversité saisissante. L’expression peut sembler galvaudée mais que dire d’un pays qui recèle sur une superficie d’un peu moins de 250.000 km2 un des sommets les plus hauts d’Amérique du Nord (le Mont Hood, 3426 mètres), son lac le plus profond (le Crater Lake, 594 mètres), un de ses fleuves les plus puissants (la (image) Columbia River, 1954 km) avec un débit dépassant certaines années celui du Mississippi ! Que dire encore d’un pays où se juxtaposent des régions au climat qualifié de « breton » (tempéré humide) d’autres de désertique, sans parler de ces forêts impénétrables finissant à l’orée de l’océan, de ces campagnes vallonnées et verdoyantes, de ces plages parmi les mieux préservées et les plus sauvages de la côte Ouest ou encore de ces sommets enneigés où douze mois par an les amateurs peuvent s’adonner aux joies de la poudreuse.



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2009-12-15T15:47:51.931+01:00

Le retour!!!

Bonjour à tous! Après une longue période d' absence sur ce blog, pour de multiples raisons, bonnes ou mauvaises, je reprends la rédaction de ce modeste blog consacré aux anecdotes, journaux et notes de mes voyages récents ou anciens. En ce qui concerne, le carnet de voyage "Chili", il restera -après 17 épisodes- momentanément en suspens.
Dès aujourd'hui et à raison d'une livraison par semaine j'entame un petit reportage consacré cette fois à l'Oregon. Etat assez peu connu et peu médiatisé de la Côte Ouest des Etats-Unis où j'ai séjourné en juillet 2008.




Chili, des photos, des légendes...(17)

2009-12-15T16:02:52.261+01:00

SantiagoJ’ai choisi d’évoquer la capitale chilienne par le biais d’un petit reportage photo en noir en blanc réalisé le dimanche 10 décembre 1989 aux environs de 11h du matin. Il me semble nécessaire de donner ces précisions car ce moment était historique non seulement pour Santiago mais pour tout le Chili. Ce jour-là, dans le parc O’ Higgins, se tenait le discours de clôture de la campagne électorale de Patricio Aylwin, le candidat démocrate chrétien pour les présidentielles qui allaient se tenir quatre jours plus tard. Les premières élections « autorisées » par le dictateur Augusto Pinochet depuis sa prise de pouvoir en septembre 73. Patricio Aylwin, proclamé candidat de la concertation était alors à la tête d’une formation quelque peu hétéroclite puisqu’elle englobait pas moins de 17 partis, mouvements syndicaux et groupes de pression parfois fort éloignés l’un de l’autre sur le plan idéologique. Mais, communistes, démocrates-chrétiens et même libéraux « modérés », conscients de l’impérieuse nécessité de mettre en veilleuse leurs vieilles dissensions ne formaient plus pour la circonstance qu’un seul et unique front cohérent face au pouvoir dictatorial en place. Quatre jours plus tard, les résultats allaient d’ailleurs être sans appel puisque Aylwin allait remporter les élections avec 55,2% des voix face au candidat Büchi de l’UDI (soutenu par Pinochet) avec 29,4% et 15,4% pour le candidat Errazuriz. Un candidat indépendant se proclamant de Centre – Centre appartenant à l’une des plus vieilles et riches familles du pays, propriétaire d’une quantité invraisemblable d’entreprises et de mines. La victoire de Patricio Aylwin n’allait certes pas changer radicalement la vie du Chilien sur le plan économique ou social, d’autant que Pinochet avait pris soin de nommer pour de nombreuses années encore ses sbires à des postes clés, notamment dans la magistrature et l’armée, mais en tous cas, cette élection allait ouvrir une brèche symbolique et permettre à la démocratie de repointer le bout du nez. Et ça, c’est ce que l’on pouvait ressentir ce dimanche 10 décembre dans ce parc O’ Higgins où près d’un million de personnes s’était donné rendez-vous pour une fête géante, émouvante et pleine d’espoir. Il m’a aussi semblé symbolique d’évoquer ce morceau d’histoire du Chili aujourd’hui puisque dans deux jours, ce 26 juin 2008, on célébrera le centenairede la naissance du Président Salvador Allende.« Travailleurs de ma Patrie, je crois au Chili et en son destin. D’autres hommes vont surpasser ce moment gris et amer en lequel la trahison prétend s’imposer. Sachez que, bien plus tôt que tard, s’ouvriront les grandes allées par lesquelles passe l’homme libre, pour construire une société meilleure. Vive le Chili ! Vive le Peuple ! Vive les travailleurs !Voilà mes dernières paroles et j’ai la certitude que mon sacrifice ne sera pas vain. J’ai la certitude qu’au moins ce sera une leçon de morale qui punira la félonie, la couardise et la trahison » (dernières paroles de Salvador Allende, le 11 septembre 1973) [...]



Chili, des photos, des légendes...(16)

2008-11-13T11:16:28.274+01:00

Rodéo à Campo de Ahumada (2/2)Les premiers candidats au rodéo viennent d’arriver. Ils sont un peu en avance. Ils sont aussi très jeunes. Certains ont à peine douze ou treize ans. Leur monture est bien entretenue et l’habit des grands jours confère à ces cavaliers une allure singulièrement grave et altière. Tous ont revêtu le poncho (la manta) d’apparat, les guêtres de cuir -finement ouvragées- et les éperons aux molettes d’argent. Un chapeau de paille à larges bords complète l’ensemble. Celui-ci est maintenu par une fine cordelière de cuir que les jeunes « centaures » serrent entre leurs dents.De tous les chemins environnants convergent à présent d’autres groupes de concurrents. Cette fois, il s’agit d’hommes mûrs. Des huasos au visage brun et buriné par le soleil. Des baroudeurs façonnés par les intempéries et une vie entière consacrée aux chevauchées dans la montagne.Maintenant, on peut entendre dans le lointain un martèlement lourd : celui des sabots piétinant la piste craquelée. L’arrivée du troupeau est imminente. Les conversations se sont tues et chacun a abandonné sa tâche pour vérifier la rumeur. De fait, une cinquantaine de vaches et quelques taureaux rutilants menés par six hommes viennent d’apparaître. Le corral est à peine ouvert que le bétail s’y engouffre nerveusement. Désormais, tout est prêt pour la rencontre.Sur le registre prévu à cet effet, un préposé indique avec soin le nom des participants ainsi que le montant versé pour chaque inscription. Ce dimanche ils seront 25 au total -âgés de 12 à 65 ans- à concourir pour cette joute amicale. Amicale, parce que, les points que chaque concurrent va engranger aujourd’hui ne seront pas pris en compte pour la finale nationale de Rancagua. Qu’importe, chacun est venu ici pour son plaisir et la trentaine de spectateurs accourus des environs immédiats sera bien suffisante pour créer une ambiance digne des plus grandes compétitions.Le principe du rodéo chilien, pour être simple n’en demande pas moins de la part des équipes en présence une bonne dose d’adresse et une grande rapidité d’action. Chaque manche se déroule selon le même rituel. Tout d’abord, deux cavaliers, partenaires pour la circonstance, se présentent face au jury avant d’exécuter un premier tour de piste en guise de salut au public. Une fois cette formalité accomplie, le bovidé – vache ou taureau- est enfin introduit sans ménagement au centre de l’arène via un étroit couloir la reliant au corral. Sans plus attendre, les équipiers se mettent à sa poursuite et cherchent alors à l’ immobiliser dans un laps de temps défini et en un point précis de l’hémicycle, là où celui-ci été rembourré de manière à ne pas blesser l’ animal.Le premier bestiau engagé cet après-midi est un jeune taureau particulièrement agile et nerveux. Au bout de deux minutes à peine il parviendra à s’échapper, sautant lestement par-dessus l’enceinte et frôlant au passage le visage d’un des rares spectateurs accoudés au muret de protection. Un peu plus tard et après une série de manches d’excellente facture, pour autant que puisse en juger un néophyte, ce fut au tour d’un bœuf d’une émouvante placidité de mettre en pitoyable posture l’équipe en place. Ni les hurlements des huasos, ni les hennissements des chevaux pas plus que les coups de cravache violemment assénés ne parvinrent à sortir l’animal de sa torpeur bovine. Il fallut d’ailleurs les efforts conjugués de quatre ou cinq hommes pour chasser l’indigne animal hors de l’enceinte.Mis à part ces deux joutes quelque peu cocasses, la journée dans l’ensemble, se déroulait sans la moindre anicroche et le soleil, en cette fin d’après-midi, commenç[...]



Chili, des photos, des légendes...(15)

2008-11-13T11:16:28.351+01:00

Rodéo à Campo de Ahumada (1/2) Le bus vient de nous laisser au terminus d’El Cobre, dernier hameau desservi par la ligne rurale en provenance de Los Andes. A partir d’ici, il n’ y a plus qu’à compter sur notre bonne étoile – ou sur nos pieds- pour parvenir à Campo de Ahumada. Comme le chauffeur nous l’a conseillé, nous avons traversé le petit pont enjambant le torrent pour attendre un éventuel véhicule qui nous charge et nous fasse parcourir les 20 derniers kilomètres… Et il y a une heure déjà que nous sommes là. Jusqu’à présent, seul un homme est passé par ce chemin. Un monsieur déjà âgé, les cheveux blancs, un peu voûté et ahanant sous le poids de deux lourdes valises. Je le reconnaissais. Il était parmi les passagers du bus en provenance de Los Andes et était descendu deux ou trois arrêts avant nous. marginwidth="0" marginheight="0" src="http://maps.google.be/maps?f=q&hl=fr&geocode=&q=Comunidad+Campo+de+Ahumada,+Valpara%C3%ADso,+Chile&ie=UTF8&t=k&s=AARTsJocoJf5pyudf2Q2q-AXxw_hjCFkmQ&ll=-32.600626,-70.483475&spn=0.173539,0.205994&z=11&output=embed" frameborder="0" width="300" scrolling="no" height="300">Agrandir le planL’homme s’est arrêté un moment à notre hauteur, pour bavarder un peu et sans doute aussi pour reprendre son souffle. Depuis de longues années, il sillonnait la région pour vendre, de porte en porte, du tissu, un peu de mercerie et du linge de maison. Sa clientèle était essentiellement composée d’agriculteurs. A Campo de Ahumada cependant, il n’ y allait plus jamais. Il disait qu’il y avait trop peu de monde là-bas et que, maintenant, l’âge venant, il n’avait plus la force de grimper là-haut à pied.Le marchand nous laissa sur ces paroles et nous souhaita « beaucoup de chance ».Plutôt que d’attendre davantage un hypothétique véhicule, nous avons finalement décidé de nous mettre en marche malgré la chaleur accablante. A bout de chaque courbe, nous espérions que le relief allait s’aplanir, ne fût-ce que quelques centaines de mètres, histoire de reprendre un peu des forces, mais à chaque fois le chemin se redressait davantage. Malgré nos chaussures de marche, nos chevilles se tordaient de plus en plus souvent sur la rocaille et les éboulis.C’est alors qu’une petite fille, surgie de nulle part, apparut en sautillant gaiement à notre rencontre. Comme nous lui demandions si la route était encore longue, elle nous répondit qu’elle ne savait pas exactement, mais avant de disparaître, comme pour s’excuser de n’avoir pu nous répondre, elle nous tendit une des deux oranges qu’elle tenait en ses mains. Un geste sans doute de bon augure puisque c’est à ce moment, comme un mirage, que -loin en contrebas- une volute de poussière s’éleva dans le ciel. Disparaissant puis réapparaissant sans cesse au détour de chaque lacet, le nuage grossissait et finalement, la rumeur d’un moteur devenait perceptible. La mécanique devait souffrir. Le véhicule devait aussi être vieux ou alors très chargé. Lorsque le petit camion rouge passa à notre hauteur, il s’avéra qu’il était non seulement très vieux mais aussi…très chargé. Ce qui n’empêcha pas le chauffeur et son épouse de ralentir et de nous crier que si nous voulions grimper derrière, il fallait faire vite car le moteur avait une fâcheuse tendance à s’ « étouffer » et à ne plus redémarrer. A peine coincés entre deux sacs de ciments et divers matériaux de construction, nous redémarrions sans attendre.Après une heure de route exécrable, aussi pénible pour les essieux du véhicule que pour les reins des passagers, la camionnette s’immobilisait enfin.Le cabanon devant lequel nous étions arrêtés était[...]



Chili, des photos, des légendes...(14)

2008-11-13T11:16:28.375+01:00

Trois petites étapes sur la route de Santiago (3/3)Los Andes est une jolie bourgade perchée à 700 mètres d’altitude, sur les contreforts de la Cordillère, et traversée par un torrent – l’Aconcagua-.Dans les campagnes environnantes, une grande partie des terres est vouée à la culture des vignes et des pêchers. Ça et là, on peut aussi remarquer quelques lopins dédiés à l’amandier et à l’olivier. Dans une certaine mesure, bien que cela ne soit pas perceptible -et qu’aucun guide ne le mentionne- le climat exceptionnellement sain de la région permet aussi au chanvre indien de se développer de manière tout à fait correcte.Mais en dépit de quelques édifices à l’architecture coloniale, de belles artères arborées de platanes et d’une vivante Place d’Armes, rien de vraiment remarquable n’inciterait le voyageur à prolonger son séjour ici outre mesure. D’autant que cette région est qualifiée d’instable sur le plan tellurique. La réputation de Los Andes est même d’être au Chili une des villes les des plus exposées aux séismes. Ce qui oblige d’ailleurs les architectes locaux à prévoir pour leurs constructions un réseau spécial de poutrelles d’acier destiné à en accroître la cohésion.Et il en est ainsi de la maison des Villegas, nos hôtes de ce soir. Une famille qu’un ingénieur de Calama, rencontré précédemment, nous avait recommandée.La lettre remise par l’ingénieur de Calama à l’intention de Madame Villegas fut d’ailleurs d’une aide précieuse et, bien que nous n’en ayons jamais connu la teneur, cette missive nous valut d’être reçu en véritables amis.Pour la première fois depuis le début de ce voyage, nous étions accueillis par une famille relativement aisée. Le seul salaire du père avait permis l’acquisition de cette modeste mais confortable maison ainsi que d’une petite voiture. Une Lada vert-de-gris.Quant aux trois garçons de la maison, ils suivaient leurs études avec succès. L’un d’entre eux- l’aîné- commencerait même l’université l’année prochaine à Santiago.Outre Madame Villegas, qui jouait, selon la formule consacrée le rôle de maîtresse de maison, une sixième personne partageait la vie de cette famille : « Le Papy », comme chacun l’appelait ici. C’était le père de Monsieur Villegas, un ancien capitaine de corvette à la retraite. Sa principale occupation était d’écouter au volume maximum son transistor qu’il maintenait de surcroît collé à l’oreille. Il était un peu sourd car les fréquents exercices de tir au canon lui avaient détérioré les tympans. Aujourd’hui, il ne fallait absolument pas le déranger car c’était la retransmission d’un match important. Le Colo-Colo –l’équipe « fétiche » nationale- faisait apparemment une fois de plus la démonstration de sa supériorité à en juger par les commentaires hystériques du présentateur dont les « Gooooooooooal !» se répercutaient dans toute la maisonnée.Le chef de famille allait bientôt rentrer et, en l’attendant, Madame Villegas évoquait le travail de son mari à la « Mineria Andina ». Une mine de cuivre appartenant à la puissante Codelco, le consortium propriétaire, notamment, de la mine de Chuquicamata à Calama.Depuis plus de dix ans Jaime Villegas y occupait un poste de responsable au service « maintenance du charroi ». Comme se plaisait à le souligner son épouse, cet emploi était non seulement bien rémunéré, mais en plus, comme tous les employés et ouvriers de ce secteur, Jaime bénéficiait d’avantages sociaux non négligeables parmi lesquels l’octroi de prêts hypothécaires à des taux fort avantageux n’était pas le moindre.La porte venait de s’ouvrir et[...]



Chili, des photos, des légendes...(13)

2008-11-13T11:16:28.394+01:00

Trois petites étapes sur la route de Santiago (2/3)L’épisode de la destruction de notre tente par de mystérieux et invisibles assaillants nous a contraint à passer une journée dans la ville balnéaire de La Serena. Une journée consacrée à réparer notre matériel et surtout à recoudre la tente. Dès le lendemain, nous reprenons la route et quittons La Serena, toujours en stop. Ce qui n’est guère aisé. Nous sommes chargés comme des mulets et les automobilistes n’ont pas très envie aujourd’hui de faire le ménage dans leur véhicule pour accueillir deux routards égarés et hirsutes.Un premier véhicule nous charge cependant pour un minuscule trajet jusqu’à la sortie de la ville, un deuxième jusqu’au port de Coquimbo (à peine 15 kilomètres plus loin), puis un troisième jusqu’au lieu-dit « Termas de Socos ». C’est avec le 4e véhicule de la journée que nous parcourrons le plus long tronçon, environ une centaine de kilomètres jusqu’au village de Huentelauquen. Il s’agit d’une estafette de l’armée avec à son bord deux militaires d’apparence affable. Ils engagent rapidement la conversation avec des sujets banals. Lorsqu’ils nous demandent quel est notre pays d’origine et que nous leur répondons la Belgique, l’un des deux s’exclame. « C’est extraordinaire, ma grand-mère maternelle est Bruxelloise, et de préciser…qu’elle vient de Schaerbeek ! ». Son compagnon acquiesce et ajoute qu’il y dans la région « beaucoup » de personnes originaires de Belgique. Un peu naïvement sans doute, nous lui répondons qu’il y a aussi pas mal de Chiliens en Belgique et tout particulièrement dans notre région, du côté de Liège. C’est alors que, brutalement le ton de la conversation vire à l’aigre. Un des deux militaires commence à s’emporter, et -presque en hurlant- nous dit que ces Chiliens installés en Europe et tout particulièrement en Belgique sont la honte du pays. « Ceux qui sont chez vous, c’est la racaille. Ce sont tous des communistes ! C’est cette catégorie de Chiliens qui vous désinforme et colporte des mensonges qui nuisent à la réputation de notre beau pays »Sentant que le vent est train de tourner, l’autre soldat, plus diplomate, décide de passer à un autre sujet et, pour détendre l’atmosphère, met dans le lecteur une cassette d’un chanteur local.-Et la musique chilienne, vous connaissez un peu chez vous, nous demande le troufion ? . Marie-Hélène lui répond, qu’effectivement, nous écoutons assez bien de chansons chiliennes à la maison »-Ah oui, répond l’autre, et qu’est- ce que vous écoutez en particulier ?-Eh bien, nous aimons des chanteurs comme Victor Jara, par exemple.Le soldat reste impassible et sans se retourner lâche « Ah ça, je ne connais pas …. »Je sens qu’à ce moment, les militaires commencent à en avoir marre de nous et à regretter de nous avoir chargé.D’ailleurs, dès l’approche du village suivant -Huentelauqeun-, un minuscule hameau en bordure d’océan, le chauffeur nous déclare tout de go qu’il va devoir nous laisser ici.Qu’importe. Il n’y a rien à voir ni à faire ici, mais la proximité d’une plage sauvage et déserte nous enthousiasme. Nous nous dirigerons à travers les dunes jusqu’à l’océan et dresserons là, dans un creux notre campement jusque demain. Il y a des brindilles et des arbrisseaux secs en suffisance, le feu du soir sera assuré et il nous reste un peu d'eau et de nourriture. La soirée sera bonne![...]



Panne d'ordi

2008-11-13T11:16:28.403+01:00

(image)
Ordi cassé! reprise des activités dès que possible!



Chili, des photos, des légendes...(12)

2008-11-13T11:16:28.463+01:00

Trois petites étapes sur la route de Santiago (1/3)Depuis Calama et les « oasis nordiques » évoquées précédemment jusqu’à la ville côtière de La Serena où nous sommes arrivés hier, il y a un bon millier de kilomètres. Compte tenu de la longueur du pays, cette distance n’est pas si énorme mais nous avons mis plus de dix jours à la parcourir en stop. Non pas que « voyager au doigt » fonctionne mal ici mais un problème inattendu nous a contraint à rester une semaine en rade à Taltal. Un port miteux où il n’y a, me semble-t-il, rien d’autre à faire que d’observer les pélicans désœuvrés sur la jetée –dans le meilleur des cas- ou, -dans le pire-, de se saouler avec les marins au chômage dans les boui-boui longeant la baie. Pour ma part, je n’ai fait ni l’un ni l’autre puisque je suis resté alité pendant une semaine dans la première pension venue en raison d’un épouvantable abcès dentaire. Une période nécessaire pour faire tomber la fièvre consécutive à ce problème et attendre que ma mâchoire puisse de nouveau fonctionner normalement et que la gencive dégonfle un peu (Marie-Hélène me comparait à Elephant Man !) Je ne pouvais plus ouvrir la bouche et les seuls aliments qu’il m’était encore possible d’ingurgiter étaient des yogourts et des soupes en sachet que j’absorbais à la paille. Dieu merci, les pharmaciens chiliens sont des gens compétents et celui qui m’examina à Taltal me conseilla un antibiotique radical. Il faut dire qu’ ici, pour des raisons économiques évidentes, la plupart des gens ont plus souvent recourt au pharmacien plutôt qu’au médecin. Les pharmaciens peuvent également délivrer pratiquement tous les médicaments possibles et imaginables sans la moindre ordonnance. Le Chili est pour cela un vrai royaume de l’automédication.Ceci dit, et après quelques menues péripéties en chemin (rencontre avec un jeune automobiliste suicidaire qui nous déclara, à peine rentrés dans son véhicule, que si sa femme ne regagnait pas bientôt le domicile conjugal, il se jeterait, lui et sa voiture, du haut de la première falaise venue !), nous voici donc à la Serena. D’ici, l’on peut s’aventurer facilement en bus dans l’arrière-pays, vers les petits villages perchés sur les contreforts de la Cordillère. Parmi ces villages, ceux de Vicuña et de Pisco Elqui sont intéressants. Vicuña est même une petite ville. Elle se trouve nichée dans la vallée de l’Elqui et jouit d’un climat quasi méditerranéen. On y cultive une variété de raisin très sucré dont la saveur évoque celle du muscat. C’est aussi avec ce raisin que l’on fabrique l’alcool national : le Pisco. Les puristes et les Péruviens prétenderont que cela est faux car, selon ces derniers, le Pisco est un alcool tout ce qu’il y a de plus péruviens. Mais ici, on vous dira le contraire. D’ailleurs, les paysans du cru précisent que si le village voisin s’appelle Pisco Elqui, ce n’est pas un hasard. Ce que l’on ne vous dira pas, c’est que ce village a été rebaptisé du nom de cet alcool il n’ y a pas très longtemps pour d'évidentes raisons de "marketing". Quoiqu’il en soit, visiter une distillerie de Pisco vaut toujours son pesant de cacahuètes. Les explications du guide de l’entreprise Capel sont certes très techniques et fastidieuses, mais la partie réservée à la dégustation des différents produits laisse un agréable souvenir car il y a beaucoup de choses à tester : les jeunes Pisco, les demi-vieux, les très vieux -vieillis en fûts de chêne-, les cuvées spéciales, sans compter les « mixtures » prêtes à l’emplo[...]



Chili, des photos, des légendes...(11)

2008-11-13T11:16:28.535+01:00

Les oasis nordiques (2/2)Pour atteindre Chiu-Chiu, le village-oasis le plus proche de Lasana, il faut emprunter un chemin rocailleux longeant le rio Loa sur une distance d’environ dix kilomètres. Bien qu’accidenté, le parcours est agréable, surtout le matin, quand le soleil n’est pas encore trop meurtrier.Au bout de 3 heures de marche environ, le sentier se redresse, sort de la vallée et débouche sur le petit village. On aperçoit d’abord une belle église blanche en adobe précédée de deux clochers et puis, la place. Poussiéreuse et entourée d’arbres morts ou desséchés. Ce jour-là, tout était désert ou presque. Il y avait juste deux enfants, qui couraient en tous sens et semblaient jouer aux « planeurs ».Ils imitaient le bruit du vent et, les yeux fermés, feignaient de dériver au gré de courants imaginaires. Ils avaient fini par se heurter puis chuter. Du nuage d’ocre dans lequel ils s’ébrouaient, fusaient des cascades de rires métalliques. Les cheveux en bataille, la sueur et la morve imprégnés de sable, ils s’étaient relevés, les yeux écarquillés et s’étaient mis à nous toiser, comme des chiots effrontés « A’ondé van, gringos ? » (z’ allez où, les étrangers ?) s’écria le gamin. « Acá, no más ! » (Ici, sans plus) répondis-je. Sans en demander plus, les deux gosses s’étaient emparés de nos sacs et nous faisaient signe de les suivre. « Venez chez Doña Virginia, elle va s’occuper de vous ! » lança la gamine, comme si nous étions des rescapés du désert et qu’il fallait à tout prix nous mener vers l’hôpital de campagne le plus proche.De fait, à Chiu-Chiu, cette Doña Virginia jouait un peu le rôle de « remetteuse sur pied » pour voyageurs égarés. Elle était à la fois propriétaire de l’unique café du village, du restaurant et accessoirement, était détentrice des clés de l’église. En somme, les nourritures terrestres et spirituelles étaient concentrées entre les mains d’une seule et même personne. Quant aux « remèdes » dont elle avait le secret, ils consistaient en de rustiques sandwichs, qui selon les arrivages, étaient tantôt garnis d’œufs et de piments, tantôt d’avocats et d’oignons et parfois, de pâté de tripes qu’elle confectionnait elle-même. C’est cette dernière spécialité qui était à la « carte » ce midi.Après nous avoir servi, Doña Virginia s’était assise devant nous et nous regardait manger. Elle posait des questions sur notre voyage et nos projets dans la région. Elle aimait visiblement conseiller les voyageurs et d’ailleurs, les voyageurs semblaient aussi lui témoigner beaucoup de reconnaissance à en juger par l’ abondant courrier qu’elle recevait des quatre coins du monde. Dans un grand cahier d’écolier, Doña Virginia conservait précieusement les impressions et souvenirs que lui laissaient ses hôtes de passage. Sur certaines pages, elle collait pêle-mêle, des petits textes en hébreu, une carte-postale avec la Tour Eiffel ou le Colysée ou un mot de remerciement d’un journaliste venu de la capitale pour tenter, une fois de plus, de débrouiller les énigmes qui entourent le village. Vers les dernières pages de cette sorte de livre d’or, figurait une photo en noir et blanc. Il s’agissait d’un portrait. Celui de l’acteur allemand Hardy Krüger -un des protagonistes du légendaire « Taxi Pour Tobrouk »- au bas duquel on pouvait lire : « Pour Doña Virginia, affectueusement, signé Hardy Krüger ».« Ah oui, je me souviens. Quelqu’un de très bien ce Monsieur Krüger ! Et pas difficile pour un sous. Regardez, c’est l[...]



Chili, des photos, des légendes...(10)

2008-11-13T11:16:28.572+01:00

Les oasis nordiques (1/2) -région de Calama-(la vallée du rio Loa, le plus long fleuve du Chili! -440 km-)Qui dit désert dit oasis ! L’aride Nord chilien n’échappe pas à la règle. Parmi les quelques havres de verdure disséminés, notamment, le long du Rio Loa, à une cinquantaine de kilomètres de Calama, les villages de Lasana et de Chiu Chiu sont d’authentiques bénédictions pour les voyageurs accablés par trop de soleil. Aujourd’hui, ce n’était d’ailleurs pas un luxe que d’ espérer un peu de fraîcheur. En plus de la chaleur habituelle, la camionnette qui nous avait chargé ce matin à la sortie de Calama transportait des fûts d’essence. La plupart d’entre eux n’était pas fermés et à chaque virage, Marie-Hélène et moi étions copieusement arrosés de carburant.C’est donc imprégnés d’effluves pétrolières et un peu nauséeux que nous avions débarqué à Lasana. Un minuscule hameau comprenant tout au plus une vingtaine d’habitations coincées au creux d’une gorge pittoresque où serpente le rio Loa.Un torrent bien maîtrisé permettant aux paysans d’obtenir de belles récoltes maraîchères. C’est toujours étonnant de voir pousser en plein désert, des betteraves, des carottes, des oignons et de l’ail ! En plus de cette activité vitale pour des dizaines de familles, la proximité d’un village fortifié (un pukara) du XIIe siècle confère à l’ endroit un attrait touristique non dénué d’intérêt. D’ailleurs, tous les tours-operators régionaux ont désormais intégré à leurs circuits une visite de ce site singulier.Tout cela pourrait augurer une vie agréable et un avenir prometteur mais c’est sans compter sur la proximité de la plus grande entreprise du Chili : la Codelco. Celle-ci possède en effet, à une trentaine de kilomètres d’ici, la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde connue sous le nom de Chuquicamata. Pour le traitement du minerais, une grande quantité d’eau est en effet nécessaire et la Codelco a recours au pompage intensif des eaux des rivières environnantes, dont celles du Loa. Autrefois d’un débit important, ce cours d’eau (qui, malgré son apparence modeste, est le plus long fleuve du Chili avec 440 kilomètres de long !) peut aujourd’hui se traverser à pied. Tout au plus risquera-t-on de se mouiller les mollets, et encore. (La mine de Chuquicamata, la plus grande mine de cuivre à ciel ouvert du monde)Il y a quelques jours, lors de la visite de cette mine, précisément, nous avions d’ailleurs demandé au guide de l’entreprise ce qu’il en était exactement de ces pompages intensifs et l’on nous répondit très sèchement (c’est le cas de le dire) que la Codelco en était arrivé au maximum possible de prélèvement et que les paysans n’avaient vraiment rien à craindre….La famille qui accepté de nous héberger aujourd’hui à Lasana est quant à elle bien représentative de l’esprit amical et accueillant des gens du grand Nord chilien.Cette famille possède une petite maison qui fait office d’épicerie mais aussi de café. L’habitation est en pierre et recouverte de boue séchée. Si l’on y prend garde, on pourrait même croire que le modeste édifice fait partie intégrante de la citadelle toute proche tant les matériaux utilisés sont similaires.Mais la maison de Doña Loyenza est un lieu habité et chaleureux. Il y fait bon vivre. Seulement, pour s’en rendre compte, il faut prendre le temps de s’y arrêter, de parler et de fraterniser. Et ça, les touristes qui passent par ici avec les excursions organisées ne le[...]



Chili, des photos, des légendes...(9)

2008-11-13T11:16:28.618+01:00

Iquique, la guerre du Pacifique et les cités-fantômes (3/3)A Los PintadosPassé la petite église, nous arrivâmes en vue d’une place. Quelques caroubiers y avaient pris racine sans la moindre organisation. L’un d’entre eux s’ingéniait même à pousser à travers la carcasse calcinée de ce qui avait été une limousine.Là-bas, d’autres arbrisseaux sapaient les fondations d’un kiosque à musique. L’édifice le plus remarquable était cependant ce théâtre précédé d’une élégante galerie aux arcades bien dessinées.Quelles pièces avaient-on pu jouer sur ses planches ? Qui étaient ces infortunés artistes qui un jour avaient dû se produire sur cette scène au cœur du désert ?Je tentai d’imaginer la sonorité que des pianos ensablés pouvaient avoir, ou encore le timbre des violons à l’âme fendue par trop de sécheresse, celui de ces trompettes aux pistons constamment grippés.Peut-être produisait-on ici des spectacles burlesques, des fantaisistes aux facéties aussi désuètes qu’ahurissantes comme celles dont s’était fait une spécialité l’ ineffable Hector « Comebomba ». Un artiste de music-hall qui se produisait vers 1900 dans les villes minières du Nord et dont l’unique numéro consistait à croquer avec les dents des ampoules électriques qu’il avalait ensuite sans, dit-on, faire la moindre grimace. Après tout, manger du verre plutôt de la pierre ce n’était pas pire. Au moins, ce gars-là voyait du pays et devait se sentir plus libre que tous ces « cassés » devant lesquels il se produisait en échange d’une paillasse, d’un peu de nourriture et d’alcool.Parmi les figures légendaires qui parcoururent inlassablement ce désert au début du siècle, il y en eut cependant certaines dont la réputation dépassa largement le cadre des salpêtrières du Nord, pour devenir de véritables emblèmes de la lutte ouvrière au Chili. Luis Emilio Recabarren était de celles-ci. Un sacré bonhomme qui s’était taillé une solide réputation d’agitateur en s’étant mis en tête de réveiller les consciences des travailleurs abrutis par les cadences de production infernale mais aussi l’alcool. Lors d’un de ses discours donnés comme de coutume dans une gargote infâme, il déclara notamment que la libération de la classe ouvrière passerait par la culture. A la fin de sa harangue, il persuada aussi son auditoire de briser toutes les bouteilles d’alcool et demanda à chacun de jeter son verre au sol. Contre toutes attentes, chacun obtempéra et au lendemain de ce discours, un cortège de travailleurs s’organisa pour se diriger jusqu’au siège de l’ entreprise qui les occupait. Le mot d’ordre était plutôt révolutionnaire : Recabarren avait demandé à chacun de brandir durant le cortège un livre, et pour ceux qui n’en avaient pas, un journal…Le mouvement eut un tel retentissement que, jusqu’à la côte et dans les ports, les ouvriers occupés au déchargement des bateaux se croisèrent les bras lorsqu’il s’agissait d’une cargaison de boissons alcoolisées !Si cette période d’auto privation ne dura que peu de temps (le président de l’époque Allesandri, sous prétexte de liberté de commerce, dépêcha l’armée pour décharger les bateaux et persuada les ouvriers que la bière et les alcools n’étaient que des rafraîchissement sans conséquence) Recabarren avait quand même fait très fort en persuadant les forçats du désert à l’abstinence éthylique !!Au dehors, une légère brise s’était levée et formait ça et là de petits tourbil[...]



Chili, des photos, des légendes...(8)

2008-11-13T11:16:28.663+01:00

Iquique, la Guerre du Pacifique et les cités-fantômes (2) Quitter Iquique en « stop » ne pose pas vraiment de problème. Il y a des quantités de camions qui transitent chaque jour par cette ville pour faire le plein ou assurer une livraison avant de reprendre la route à travers la pampa. D’ailleurs, au bout d’une dizaine de minutes d’attente à la Copec (COmpagnie PEtrolière Chilienne) , un poids-lourd nous proposait déjà de monter à l’arrière de la plate-forme qu’il tractait. « Grimpez, et maintenez-vous fermement aux cordes, lança le chauffeur en faisant vrombir le moteur ». L’espace disponible n’était pas beaucoup plus large que nos chaussures mais une fois en place et bien agrippés aux sangles qui maintenaient les colis sur la plate-forme, nous pensions que , même debout, il serait possible de faire un long parcours ainsi. C’était sans compter sur les chocs, la vitesse et surtout, la manière pour le moins nerveuse de conduire du chauffeur. De plus, les cordes auxquelles nous nous tenions n’étaient plus de première fraîcheur. L’idée de voir se rompre ces liens déjà bien usés et de tomber sous les essieux de la remorque (car il y avait aussi une remorque) me donne aujourd’hui encore des sueurs froides. Au bout d’ une heure de ce calvaire sur la Panaméricaine, je mis à profit un léger ralentissement du camion pour héler le chauffeur et lui dire que nous souhaitions descendre. « Déjà ! s’écria le camionneur, mais vous n’êtes nulle part ici ! » Comme nous insistions, le camion finit par s’arrêter. Il n’y avait effectivement rien d’autre ici qu’une borne indiquant « kilomètre 129 » et un dérisoire abri de tôle destiné à protéger du soleil d’hypothétiques voyageurs. Comble d’ironie sur cet abri avait été peint un gigantesque cornet de glace. Tout autour, il n’y avait que le néant ou plutôt, la pampa. Non pas cette plaine herbeuse que les dictionnaires définissent telle une vaste étendue herbeuse où vont paître les vaches et les moutons, mais un vaste couloir de solitude minérale, écrasé de soleil, coincé entre la Cordillère côtière et celle des Andes. Il y avait des tas d’histoires qui circulaient sur ces contrées autrefois tant convoitées pour leurs richesses. Des histoires un peu folles comme celle de ces aviateurs perdus qui, une nuit, après un atterrissage forcé, avaient aussitôt été dévorés par les rats.. Des histoires parfois un peu effrayantes évoquant la présence de créatures mi-hommes, mi cochons, d’enfants vampires et de cavaliers sans tête errant sans fin à travers les dunes grises. Quelque soit la part de vérité de ces récits de vieux mineurs, de ces « vieux cassés » comme on les nomme ici, il régnait bel et bien dans la pampa un climat étrange, pesant, presqu’angoissant et ce, malgré le soleil radieux. Il n’était pas encore midi. Nous nous étions assis un moment par terre, essayant de nous remettre un peu des émotions passées « à bord » du camion. C’était l’heure où la terre commençait à se plaindre. Au début il fallait tendre l’oreille pour s’en rendre compte, mais peu à peu, l’impression confuse se précisait et le bruit devenait même obsédant. De craquements secs en soubresauts millimétriques, le sol, chauffé à blanc, se mettait en mouvement. Il se tordait et s’éparpillait en vaguelettes ourlées d’écume minérale : le salpêtre surgissait. Etait-ce la chaleur ou la fatigue de ce trajet périlleux mais j’avais à présent la t[...]



Chili, des photos, des légendes...(7)

2008-11-13T11:16:28.707+01:00

Iquique, la guerre du Pacifique et les cités fantômes…(1)Les noms de rues, les monuments et les statues des places sont des indices parfois bien utiles pour comprendre et s’immerger dans l’histoire d’une ville ou d’une région. Lorsque l’on se promène à Iquique par exemple, il est frappant de constater qu’une série de noms revient constamment. Ils sont autant de clés permettant d’entr’ouvrir les portes de cette cité qui, en apparence, ne pourrait être que balnéaire. Il y a la place Condell, les rues Baquedaño, Esmeralda ou Covadonga et, évidemment le fameux Arturo Pratt qui à lui seul baptise le môle, une place , l’université et, insigne honneur, a sa réplique grandeur nature face aux eaux vertes et tranquilles de la plus belle plage de la cité : la plage de Cavancha. « Qui ne connaît Cavancha ne connaît Iquique, proclame d’ailleurs les prospectus touristiques ».Parlant d’Arturo Pratt, précisément, on ne peut évoquer la personnalité de ce militaire sans aborder le contexte historique pour le moins bousculé dans lequel il s’illustra.Avant 1879, la configuration du Chili n’était pas encore celle qu’on lui connaît actuellement. Son voisin nordique, à l’époque, était la Bolivie qui occupait l’actuelle province chilienne d’Antofagasta. Une province stratégique pour ce pays altiplanique car elle lui permettait d’avoir son unique accès à la mer. Plus au Nord encore , à hauteur d’Iquique commençait le territoire péruvien. Des délimitations faisant de longue date l’objet de controverses car, bien que totalement désertiques, ces régions recelaient non seulement d’importants gisements de guano mais aussi d’argent et surtout de nitrate et de salpêtre. Ce dernier était utilisé pour la fabrication d’engrais (pour l’exportation européenne) et de poudre à canon. Une partie importante de l’économie chilienne reposait alors sur les bénéfices engendrés par l’exportation des nitrates.A l’époque, le Chili avait même largement empiété sur le territoire bolivien pour installer des sièges d’exploitation de salpêtre moyennant versement d’importantes compensations financières à son voisin nordique.C’est lorsqu’en 1879, le gouvernement de La Paz décide d’augmenter considérablement ces taxes d’exploitations que le Chili trouve le prétexte idéal pour envoyer manu militari son armée et s’octroyer du même coup -et définitivement- cette zone stratégique. Le Pérou, allié historique du Chili depuis les luttes d’indépendance tenta d’intervenir en médiateur mais en vain. Un pacte secret unissant la Bolivie au Pérou fut découvert et le Pérou devint, dans la foulée, un ennemi de plus à chasser hors des terres à nitrates.Pour conquérir les territoires boliviens puis péruviens, la stratégie choisie par l’armée chilienne consistera à choisir la voie maritime et à faire débarquer ses troupes chaque fois un peu plus au Nord de la région à investir et ainsi l’isoler de ses sources de ravitaillement. Cette technique, nécessitant la suprématie en mer, engendra une série invraisemblable de combats navals et le conflit fut naturellement « baptisé » Guerre du Pacifique. Parmi ces combats, celui dit « d’Iquique » fut mémorable. Il se déroula le 21 mai 1879 lorsque deux navires péruviens tentent de forcer le blocus chilien qui durait depuis plus d’un mois et demi déjà. Un premier bateau chilien (l’Esmeralda, une vieille corvette en bois !) sera d’ailleurs [...]



Chili, des photos, des légendes...(6)

2008-11-13T11:16:28.777+01:00

Une belle journée à Visiviri...(Grand Nord chilien/Altiplano)(Epicerie dans la puna, quelque part entre Visviri et Putre)« Dès le départ, j’ai trouvé ce travail follement amusant ! D’abord, on rencontre des tas de gens formidables et puis surtout….manipuler autant d’argent, c’est vraiment très excitant !-L’autre jour, un monsieur est venu jouer 15.000 pesos et en moins d’un quart d’heure, il est reparti avec dix fois sa mise ! ».Celle qui s’exprime ainsi s’appelle Marisol. Elle est plutôt jolie avec sa mini-jupe noire, son chemisier blanc satiné et son petit nœud papillon. Depuis un mois, elle fait partie des « nouveautés » du casino d’Arica. En cette fin d’année, le prestigieux édifice a décidé de frapper un grand coup en embauchant un staff de superbes « croupières » dont la tâche sera d’encourager les joueurs à s’aventurer aux tables de « 21 » et de « crap »….On n’en saura pas plus de cette petite révolution car l’article n’est pas complet… et pour cause. Il a été grossièrement découpé hors d’un journal local et déposé en guise de papier hygiénique dans les toilettes du « Rancho Ferroviar », la cantine jouxtant la gare de Visiviri.A Visviri, tout est pauvre et désolé. La ville, la gare, le resto, ses W.C. …et lire une telle littérature dans un lieu aussi peu « glamour » confine au surréalisme.En fait, tout ce qu’il y a à dire de Visviri se trouve imprimé sur une plaque métallique vissée sur le mur de la gare: « Visviri- altitude 4500 mètres- 1800 habitants » En dessous de ces informations laconiques, une sentence a été ajoutée « La drogue détruit l’homme ».Au Nord, à moins de dix kilomètres de la petite ville, commence le Pérou. A l’ Est, la Bolivie est à peine plus lointaine. L’endroit est sans doute stratégique pour les narco-trafiquants mais en réalité je me demande si Visviri, la ville la plus nordique du Chili, existe vraiment. C’est juste un point sur un atlas. L’illustration parfaite de la cartographie illusoire. Les points et les lignes symbolisant les villages, les routes, les chemins de fer n’existent semble-t-il que pour combler les vides inquiétants d’une mappemonde que l’homme voudrait rassurante, familière et conquise.C’est curieux cette habitude d’ imaginer (ou de souhaiter) une ville ou un lieu digne d’intérêt sous le seul prétexte que sa situation est aux confins d’une carte, au centre géographique d’un pays ou encore à l’intersection d’un méridien et d’un quelconque tropique. C’est qui est sûr, ce que Visviri porte bien son nom -encore que ce toponyme aurait très bien pu baptiser n’importe quel autre village de la puna- : en Aymara, Visviri signifie « la terre des vents ».Ici, même dans les toilettes sordides de la gare où je me trouve, on n’est pas à l’abri. Des rafales précises et cinglantes s’infiltrent dans les moindres imperfections de la toiture.A travers les fentes de la porte, tout ce que je peux voir sont ces passants échevelés traversant les rues poussiéreuses avec l’empressement ahuris de ceux qui cherchent un abri avant le bombardement.Si nous nous trouvons à Visviri, c’est que Manuel Rios, l’instit’ de Guacoyo, nous avait recommandé l’endroit. Il y avait un ami qui, disait-il, pourrait nous faire connaître les environs et même nous loger un moment. Il s’agissait du médecin de la ville.Mais arrivés à sa porte, un papier indiquait qu’il ét[...]



Chili, des photos, des légendes...(5)

2008-11-13T11:16:28.867+01:00

A Guagoyo (Grand Nord chilien/Altiplano)Un poids-lourd transportant des télévisions nous a laissé à l’entrée de Guacoyo, non loin d’un petit bâtiment de construction récente : l’école du village.Lorsque le puissant Scania disparut de notre vue, tout redevint calme et silencieux. Dans cette plaine caillouteuse, le village aux cinquante maisonnettes se désespérait comme si, à l’horizon, l’étau de la Cordillère se resserrait chaque jour davantage.L’homme qui se tenait face à la petite école continuait imperturbable à assembler des tiges d’acier destinées à un coffrage.Avait-il vu le camion ? Avait-il remarqué que deux étrangers en étaient sortis ? Rien ne le laissait supposer. D’ailleurs notre premier contact avec lui fut aussi dru que les buissons de quenoa aux alentours.« Planter une tente ?….Ouais….Peut-être….Pourquoi pas ? »Aux fenêtres de la classe étaient apparus quelques visages d’enfants un peu ébahis.Nous étions sales, hirsutes et notre démarche appesantie par le poids des sacs devaient faire de nous une attraction peu courante.Mais les regards curieux disparurent presque aussitôt, sans doute suite à l’injonction d’un instituteur soucieux de reprendre sa classe en main.Comme dans toutes les écoles du monde, une pause aurait lieu vers midi. Ce serait le bon moment pour rencontrer le maître et lui faire part de notre intention de rester un jour ou deux à Guacoyo.Peut-être pourrait-il aussi nous indiquer un emplacement propice pour établir notre campement.Aussi curieux que cela puisse paraître dans un environnement si vaste et sauvage, choisir un site pour dresser une tente n’est pas toujours aisé. D’abord, en raison de l’absence totale du moindre relief permettant de se protéger du vent, enfin, par convenance, nous n’imaginions pas nous approprier un bout de terrain, ne fût-ce qu’une nuit sans en aviser les propriétaires.La cloche annonçant l’interruption de midi venait de retentir. Une dizaine d’élèves aussitôt suivis de leur instituteur sortaient déjà de la classe..Le maître s’avança et nous tendit la main. Il s’enquit aussitôt de notre présence en ce lieu perdu avouant toutefois son bonheur de rencontrer pour la première fois en huit ans deux touristes dans « son » village.Il allait pouvoir faire quelque chose pour notre logement mais ne voulait en dire plus pour l’instant car le moment était mal venu : Manuel Rios, l’instituteur, consacrait en effet cette heure de midi à des cours qu’il prodiguait aux villageoises désireuses d’apprendre à lire et à écrire. La demi-douzaine de femmes qui suivait ces cours n’avait d’ailleurs pas attendu le maître pour pénétrer dans la classe. Déjà, elles s’étaient assises en demi-cercle sur les petites chaises que les enfants venaient à peine de déserter. Coiffées du traditionnel chapeau-melon et revêtue d’un ample poncho, elles semblaient faire corps avec leurs sièges dont les pieds disparaissaient sous la lourde étoffe d’alpaga.En attendant le maître, la classe se mettait progressivement à résonner des rires, des conversations joyeuses et des remarques amusantes que ces singulières étudiantes avaient peut-être à notre égard. Rien cependant dans leur langage ne nous était familier ou compréhensible : toutes s’exprimaient entre-elles en Aymara.« Vous savez, nos relations les plus privilégiées resteront toujours celles que nous entretenons avec [...]



Chili, des photos, des légendes...(4)

2008-11-13T11:16:28.899+01:00

Aux alentours de Parinacota....La perception du paysage dans les hauts-plateaux a quelque chose d’étrange : la remarquable transparence de l’air annule en effet les distances, comprime les volumes et met soudain les étoiles, les planètes et les cimes enneigées sur un plan presqu’identique. Cette illusion assez troublante a d’ailleurs dû inciter plus d’un marcheur désinvolte à se risquer en dehors des pistes séculaires. : Ah, qu’ il serait facile de parvenir au pied de ces collines soufrées, de gravir ces amoncellements de basalte, de se jucher au sommet de ces promontoires aux formes insolites…. Mais surtout risquer de s’épuiser ou de se perdre avant même d’en atteindre les premiers soulèvements !Cette carcasse blanchie que l’on aperçoit dans le lointain ne serait-elle pas celle d’un lama victime lui aussi de la même aberration ?Alentours, la plaine en se réchauffant fait à présent vibrer le silence.Ce silence qui sans doute doit prévaloir à l’aube des grandes éruptions. Ici, des ultimes cataclysmes subsistent des champs entiers jonchés de blocs de lave durcie. Projectiles cyclopéens aux géométries inconnues.La plupart de ces roches est couverte d’une épaisse et volontaire toison verte. Une inspection peu minutieuse pourrait faire assimiler cette végétation à un parasite ou un quelconque lichen, pourtant il s’agit d’un arbuste : la Llaretta. Une plante ligneuse au mode de croissance bien particulier. La rareté de l’oxygène et les longues périodes de sécheresse lui imposent en effet un système d’expansion en surface plutôt qu’en hauteur.Afin d’éviter une trop grande déperdition d’eau ses feuilles demeurent en outre des plus minuscules. Le caractère le plus étonnant de cet arbre, puisqu’il faut bien l’appeler ainsi, réside dans sa propension à se choisir pour support, le plus ingrat qui soit : la pierre.Cette obstination à recouvrir et épouser dans ses moindres recoins les plus imposants des mégalithes n’a en fait d’égal que l’extrême lenteur avec laquelle la Llaretta se développe : un centimètre carré par an !Voilà comment, au bout de quelques siècles de patience, les « pierres molles » voient le jour.Curieusement les spécialistes apparentent cette plante à une espèce assez banale sous nos latitudes : le persil. Mais certaines des vertus médicinales de ces deux végétaux ne seraient-elles pas communes ? J’avais appris de ma grand-mère qu’il ne fallait jamais abuser du persil. Celui-ci, consommé à dose excessive, avait la propriété, disait-elle, d’épaissir le sang…Dans l’altiplano, depuis des temps immémoriaux, les indigènes utilisent précisément la sève de la Llaretta pour l’appliquer sur les blessures et ainsi favoriser leur cicatrisation. Une plante dont les fleurs sont également utilisées en décoction pour soigner l’asthme.Enfin, la Llaretta fait également l’objet d’un commerce au sein des communautés locales. En effet, ce dense maquis formé d’une multitude d’ infimes troncs enchevêtrés constitue un précieux combustibles d’appoint.Dans les jours à venir, nous croiserons d’ailleurs de singulières caravanes de lamas chargés et recouverts de lambeaux entiers de Llaretta au point de transformer les fameuses bêtes de somme en véritables buissons sur pattes.Pendant que nous observions cette étrange végétation, le silence fut perturbé à plusieurs re[...]



Chili, des photos, des légendes...(3)

2008-11-13T11:16:28.931+01:00

Arica et le Grand Nord chilien, Parinacota En dépit d’une légère amélioration de mon état général, nous levons le camp ce matin et décidons de gagner Parinacota, un petit village situé un peu plus bas, à une vingtaine de kilomètres en aval.Un ingénieur originaire de Santiago nous charge assez rapidement et nous parcourrons une partie du chemin en sa compagnie.Cet homme semble vouer une réelle aversion pour le Grand Nord chilien, mais il n’a guère le choix. Son patron l’a envoyé pour de longs mois dans cette contrée afin de superviser d’importants travaux de réfection de la voie. Il juge par ailleurs notre projet de séjour dans l’altiplano comme un véritable et inutile sacrifice. Tout au long du trajet, il ne cessera de répéter telle une vaine lamentation : « Ah, si vous connaissiez le Sud ! ».Au bout de quatre ou cinq kilomètres, l’ingénieur arrête déjà son véhicule pour se diriger vers une équipe d’ouvriers attendant les instructions du jour.Le physique et l’accoutrement de ces hommes évoquent d’antiques guerriers mongols. Petits et trapus, chacun d’eux porte sur le visage un étrange rictus dont on ne sait s’il s’est figé à la suite d’une trop longue et béate contemplation des lieux ou si elle est due à une mutation génétique provoquée par l’intense luminosité et le vent glacial des steppes.Un ample survêtement ainsi qu’une casquette aux larges rabats fourrés achèvent de donner à leur silhouette une allure monolithique.« Il n’y a qu’eux qui savent travailler ici, soupire l’ingénieur. Ils viennent tous des environs, ce sont d’authentiques Aymaras. A force de vivre à cette altitude, ils ont acquis une capacité thoracique surdimensionnée…Ah, mais si vous connaissiez le Sud… ».Le véhicule a maintenant repris sa course. Dans le rétroviseur, nous voyons le petit groupe s’éloigner. Il a repris le travail au rythme lent et mesuré d’une colonie de forçats.Parinacota est un infime hameau où ne vivent que deux familles et une dizaine d’enfants. La plupart des maisons ont été désertées, les toitures sont éventrées et bon nombre de murs sont partiellement détruits.Une église d’une merveilleuse sobriété confère cependant à elle seule tout son charme au village.Enfin, seul le bâtiment du garde-parc, un peu en retrait du village, est de construction récente et fait l’objet d’un entretien particulier.Nous y sommes accueilli par une jeune femme dont c’est la première semaine de travail dans cette partie de la réserve. Elle avoue être toujours en période d’ « acclimatation » et ses journées pour l’instant se résument à de longues heures passées au lit entrecoupées de courtes périodes de travail au cours desquelles elle tente de mettre un peu d’ordre dans les dossiers laissés par son prédécesseur. Elle nous autorise à planter notre tente à proximité et accepte que nous utilisions les sanitaires pour nous ravitailler en eau.Le reste de l’après-midi est consacré à l’installation du campement et à la récolte de petit bois pour le feu du soir.La recherche de matériaux combustibles est l’une des tâches les plus ingrates pour les populations vivant sur ces hauts plateaux tant la végétation est rare et chétive. On estime, selon les données de la garde-parc, qu’un membre au moins de chaque famille sacrifie ici quotidiennement sept à huit[...]