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Le Flog - Cultures et actualités politiques





Published: Wed, 28 Mar 2018 15:23:52 +0200

 



La PMA ou l'ambivalence des techniques

Wed, 28 Mar 2018 15:15:00 +0200

Bergonié est le Centre régional de Lutte Contre le Cancer (CLCC) de la Nouvelle-Aquitaine. Sur ce panneau l'établissement se félicite de son agrandissement. Certes nous pouvons nous avachir et crouler sous les bons sentiments, nous réjouir que les malades soient plus à l'aise, plus nombreux à être reçus dans de meilleures conditions. Mais n'est-il pas plutôt temps de se dresser pour demander : pourquoi cet établissement doit-il s'agrandir ? Pourquoi le nombre de cancers ne cesse t-il de croître dans notre pays ? C'est de notre point de vue l'ambivalence de la technique (le fait qu'un procédé technique comporte indissociablement des coûts et des avantages, cf. Jacques Ellul, Le bluff technologique, chapitre 1, 1988) qui devrait être examinée, ici comme hier, dans le débat qui a eu lieu à Bordeaux dans le cadre des États généraux de la bioéthique. « Tout progrès technique se paie » La multiplication des cancers va de pair avec l'entreprise de technicisation de la nature : et cette nature n'est pas située à l'extérieur des humains comme un environnement sur lequel ils agiraient. Ils sont cette même nature. Si la technique permet d'accroître les moyens de traiter les cancers, elle est aussi une des causes principales de leur développement. Le débat organisé par l'Espace de Réflexion Ethique d’Aquitaine portait sur la PMA, et les cinq experts réunis (gynécologue, sociologue, juriste, philosophe et psychologue-psychanalyste) ont exposé avec prudence les questions que le sujet soulevait selon eux, sans avancer directement leur point de vue. Dès l'introduction, la visée de la possible révision de la loi a été posée par la citation des propos du Président Macron lui-même. Il s'agit donc de réfléchir à l'ouverture de la PMA aux couples homosexuels féminins et aux femmes seules, en âge de procréer. L'assistance a à plusieurs reprises évoqué un certain agacement devant le fait que les experts n'avaient parlé que de technique, et jamais d'éthique. Les experts ont eu du mal à répondre à cet agacement. Une technicienne a finalement pris la parole pour s'insurger contre l'ambiance morose qui régnait selon elle dans ce débat, alors que la PMA n’amenait de son point de vue que de la joie et du bonheur. Cette intervention techniciste a même encouragé une autre praticienne, médecin, a sollicité l'ouverture de la congélation des ovocytes pour les femmes de trente ans qui craignaient de ne pas pouvoir enfanter plus tard... Un nouveau mode de reproduction ? Technique, technique : effectivement c'est de son règne qu'il a été question, et presque pas des coûts, non pas financiers (évoqués de façon assez pas claire)  mais sociaux, civilisationnels. Hormis le fantasme de la disparition du père, jamais il n'a été question du devenir de cette société qui, selon les mots de la philosophe présente, Marie Gomès, risquait de transformer la PMA, technique d'aide à la procréation qui traite une pathologie, en un nouveau mode de reproduction. Alors que les femmes ont été à plusieurs reprises présentées comme les causes de l'infertilité croissante des couples (œstrogènes dans l'environnement, âge de plus en plus tardif des grossesses, ambitions carriéristes), les bouleversements sociaux expliquant ces évolutions n'ont pas été évoqués. Or, ce sont aussi des techniques qui sont à l’œuvre aussi bien dans le management qui incite à séparer vie personnelle et professionnelle, (jusqu'à proposer aux cadres de congeler leurs ovocytes pour plus tard !) que dans la pilule hormonale. C'est bien la sphère technique, c'est-à-dire la logique de l’efficacité qui domine nos existences contemporaines. Présenter la PMA comme la solution miraculeuse (avec des bémols concernant... son efficacité !) au mal d'enfant, c'est renoncer à réfléchir aux différentes situations où son intervention est préconisée : des couples hétérosexuels "encore infertiles au bout d'un an" ou des femmes encore seules à 32 ans... Quoi de pire que l'angoisse pou[...]



L'esclave marron et l'oiseau rouge

Tue, 20 Mar 2018 17:48:00 +0100


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États généraux de la bioéthique : Quel monde voulons-nous pour demain… et quel débat pour aujourd’hui ?

Wed, 28 Feb 2018 09:33:00 +0100

Les États généraux de la bioéthique viennent de s’ouvrir avec cette question : « Quel monde voulons-nous pour demain ? » Le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) qui les préside est un organisme « indépendant » composé d’un président nommé par le chef de l’État, lequel nomme également 5 des 39 autres membres, 19 étant choisis par les ministres et les présidents d’assemblée et de grands corps d’État, les 15 derniers par leurs pairs dans le secteur de la recherche. Une large majorité est donc redevable au pouvoir en place, et nombre d’entre eux sont déjà acquis à la cause des lobbys. La consultation en cours n’est donc qu’un vaste trompe-l’œil et ce CCNE n’a rien d’éthique : fortement politisé (on a vu comment fin 2013 il fut remanié de fond en comble par François Hollande pour sa politique de diversion sociétale), il n’obéit à aucune charte éthique claire. Sa constitution laisse déjà présager des conclusions de ses travaux. On consacre le fait qu’il y aurait un « sens de l’histoire », qui ne peut qu’accompagner la libéralisation progressive des règles freinant le marché de la reproduction et de l’artificialisation de l’homme. Le généticien Jean-François Mattei, ancien rapporteur des lois de bioéthique, nous a avertis : « Dans le domaine bioéthique, chaque pas que nous faisons ne nous paraît pas absolument déterminant et repoussant, mais vient un jour où l’on se retourne et où l’on est arrivé plus loin que ce que nous aurions voulu. Pour éviter cette pente eugéniste, il a fallu se battre1. » Sous couvert d’avancées thérapeutiques, il s’agit d’imposer par le fait accompli le tri des êtres humains, la numérisation de nos existences et l’« augmentation » d’un homme préalablement diminué par ces mêmes technologies. Comme l’écrivait récemment le mathématicien Cédric Villani, chargé par le gouvernement d’une mission sur l’intelligence artificielle (IA) : « Il faut tout d’abord une initiation aux bases et à l’esprit de l’algorithmique et de la robotique dès le plus jeune âge […]. Si on ne rassure pas la population, on ne pourra pas avancer. Cela passe par la mise en place de comités d’éthique, qui pourront édicter des règles de bonne conduite, ou conseiller gouvernement et entreprises2… » Et Jacques Testart, le père du bébé-éprouvette, d’affirmer sur son blog Critique de la science que « la fonction de l’éthique institutionnelle est d’habituer les gens aux développements technologiques pour les amener à désirer bientôt ce dont ils ont peur aujourd’hui ». Quel homme voulons-nous pour demain ? On aura remarqué que la quasi-totalité des thèmes abordés ont trait au transhumanisme, cet ultime avatar du capitalisme et sa sortie de secours avant l’inéluctable effondrement : derrière le marché juteux de la reproduction artificielle de l’humain (procréation médicalement assistée, diagnostic préimplantatoire, contrats de location d’utérus, recherche embryonnaire, génétique et génomique), il sera aussi question d’intelligence artificielle, de robotique, de big data et de contrôle des comportements par les neurosciences. Pour mieux masquer l’idéologie générale qui sous-tend ces débats, l’ensemble sera fragmenté par régions, chacune n’ayant droit qu’à quelques thèmes de réflexion sur tel ou tel élément technique du système qu’on impose. Sera à l’honneur en Nouvelle-Aquitaine le big data, ce grand pourvoyeur de données pour l’intelligence artificielle qu’il nourrit – ou « éduque » comme disent les ingénieurs3. Le site officiel des États généraux nous suggère que l’IA implantée dans des robots permettra de pallier le manque de médecins dans les déserts médicaux, voire de prendre en charge les aînés dont plus personne ne souhaite s’occuper, comme c’est déjà le cas au Japon. Avant sans doute l’h[...]



Autour du Grand Inquisiteur

Mon, 12 Feb 2018 15:27:00 +0100

Le Grand Inquisiteur, chapitre central des Frères Karamazov, propose une parabole, un récit allégorique tels qu'en livrent la Bible ou les Upanishads. C'est l'œuvre d'une homme singulier, Fiodor Dostoïevski, un poème rêvé par un personnage inoubliable, Ivan Karamazov, un texte témoin d'une problématique essentielle pour notre époque, toujours moderne : si le christianisme rompt avec le destin antique, cyclique, et pense une humanité libre et responsable emmenée par une histoire linéaire susceptible de progrès, 2 000 ans plus tard c'est un homme sans foi qui se réfugie dans un « ordre total scientifico-politique1 ». Dostoïevski met en scène le retour de Jésus dans une Séville médiévale où règne un Grand Inquisiteur paternaliste, qui veille sur son troupeau. Hommes et femmes ont troqué la liberté et l'amour contre l’ordre et la sécurité. Chef d’œuvre d'un homme torturé Jésus « s'arrête sur le parvis de la Cathédrale de Séville au moment où l'on apporte un cercueil blanc où repose un enfant de sept ans 2»  : Dostoïevski écrit l'ouvrage alors qu'il vient de perdre son fils. Le deuil a ébranlé sa foi, une foi qui seule console, en promettant la résurrection de l'être aimé. C'est précisément ce qu'accomplit Jésus dans la Parabole : il permet à l'enfant allongé dans le cercueil de se lever, vivant. Face à la condition des pauvres mortels, la première issue est la foi : c'est elle qui anime Aliocha, le plus jeune des frères, lui qui conclut l’œuvre en rassurant les enfants : « nous ressusciterons ! », « Ne craignez pas la vie ! Elle est belle lorsqu’on pratique le bien et le vrai. » Mais est-ce bien de foi qu'il s'agit ? N'est-ce pas plutôt de la croyance ? La croyance religieuse est collective et assure à la fois une vie après la mort et un sens à la vie terrestre : elle fonde les valeurs qui guident l'action éthique. Aliocha est un personnage rassurant, arrimé à une religion qui le guide, à travers la figure substitutive du père, le dignitaire religieux Zosime. Mais celui-ci aussi finit par mourir, ordonnant au novice d'aller dans le monde et d'y faire sa vie. Dans La foi au prix du doute, Jacques Ellul distingue la croyance qui permet la vie en société en apportant des réponses, de la « foi », qui est individuelle et questionne celui qu'elle anime. Avec la mort de Dieu c'est Dieu en tant qu'il ordonne le monde qui est nié. La croyance disparue, reste le nihilisme, ou la foi. Mais cette deuxième issue ne s'ouvre qu'à certains. Un Ivan Illich, convoqué au Vatican pour ses pratiques peu catholiques et qui entend les mots avec lesquels le grand inquisiteur chasse Jésus : « va t-en et ne reviens plus jamais !3 » , un Jacques Ellul, qui sera lui-même éprouvé par la perte d'un fils encore enfant, et qui préside, en pleine débâcle, le culte dans une chapelle abandonnée en Gironde, un Gandhi, un Tolstoï... tous animés d'espoir. Que dire a contrario à ceux pour qui « l'obscurité règne encore4 » ? Poème d'Ivan Karamazov La foi ne se décide pas. C'est un chrétien sans foi qui rêve cette parabole, un personnage hanté par le diable qui le visite dans sa chambre, déchiré par le monde qui l'entoure et dont il témoigne des pires violences. Car au-delà de la mort c'est la souffrance de l'enfant qui ferme chez Ivan Karamazov la voie de Dieu : il raconte comment un enfant est jeté aux chiens, un autre roué de coups, une petite fille torturée par ses propres parents, visions d'horreur qui font naître en lui la révolte contre un Dieu prétendument bon et juste. « L'amour filial non justifié est absurde5. » Ivan Karamazov philosophe et sa raison vacille sous le poids de l'évidence. « Si Dieu est mort, tout est permis », « Tout est permis, un point c'est tout !6 », rép[...]



2018

Thu, 18 Jan 2018 09:59:00 +0100

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Citoyens d'une République malveillante

Tue, 19 Dec 2017 12:00:00 +0100

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Un vendredi soir, en France. Des habitants fêtent ce soir autour d'un brasero, d’un couscous et de vin chaud, l'hiver qui arrive. Une cinquantaine de personnes discute joyeusement, la nuit est tombée.

Un jeune homme longiligne s'est approché du groupe. Il se tient à l'écart, malgré les sollicitations de Paul*, qui l'a amené jusque-là. Au bout d'un quart d'heure, il consent à s'asseoir sur un banc, près du feu qui réchauffe l'air humide, glacé.

Alice approche, se présente et lui demande son prénom :

- Je m'appelle Mamadou Moustapha Fall.

Elle lui tend un mug rempli de thé. Il l'accepte. Il a 16 ans, dit-il, il vient de Guinée Conakry. Il arrive d'Espagne : en descendant du bus il a demandé l'hospitalité à Paul qui tirait de l'argent au distributeur. Celui-ci l'a ramené sur la Place où la fête bat son plein.

Paul revient justement avec une assiette de couscous. Mamadou s'attable, en silence. Son visage est sans expression. Fermé.

Comme par prudence.

Après concertation avec Paul, mais aussi Albert et Greg, Alice tente de joindre le 115. Au bout d'une heure, le service répond enfin.

- Il a 16 ans ? Nous n'avons pas le droit d'accueillir des mineurs. Il doit se rendre lundi au service qui s'occupe des mineurs et dont voici l'adresse. Pour ce soir, appelez la Brigade des Mineurs ; je vous promets qu'ils ne lui feront pas de mal.

Alice remet à Mamadou l'adresse du service, pour lundi. On décide de ne pas appeler la Brigade des mineurs.

Par prudence.

Albert propose de joindre Sarah, elle habite dans un squat pour mineurs, en centre-ville. Greg disparait puis revient une heure plus tard, accompagné des trois jeunes hommes qui viennent d'ouvrir un squat à deux pas d'ici. Ils acceptent d'accueillir Mamadou.

Debout dans sa doudoune celui-ci n'a aucun bagage : pas même un sac. Fanny propose de lui donner un duvet : on passe le prendre dans sa voiture. Sur le chemin Mamadou explique qu'il a voyagé pendant trois mois à travers le Mali, l'Algérie, le Maroc, puis l'Espagne : il voulait venir en France parce qu'il parle la langue. Il n'y connait personne.

Les trois jeunes se veulent rassurants. Ils ont justement aménagé une chambre aujourd’hui, avec un lit, des draps et une lampe de chevet.

On les remercie. On salue Mamadou. On leur apportera des restes de couscous, demain.

*tous les prénoms sont fictifs.




Les Chimpanzés du futur refusent de devenir cyborg

Tue, 21 Nov 2017 12:25:00 +0100

Communiqué spécial de Pièces et main d’œuvre ! "Ce lundi 20 novembre, quelques Chimpanzés bordelais ont interrompu le colloque de promotion du transhumanisme organisé par l’université et la librairie Mollat (voir ici). Ils ont laissé quelques peaux de bananes et ce tract : À Bordeaux, du 20 au 22 novembre 2017, le laboratoire Mica (médiations, informations, communication, arts) de l’université de Bordeaux et la librairie Mollat s’associent pour servir de porte-voix aux tenants de l’idéologie transhumaniste et préparer l’intégration de l’homme machine dans un monde-machine.Nous voilà conviés à débattre de « l’ambivalence » d’un monde où nous et nos enfants n’auront d’autre choix que de s’hybrider ou de devenir (selon l’expression du transhumaniste Kevin Warwick) des « chimpanzés du futur », cette sous-espèce d’homme condamnée pour avoir refusé son « devenir cyborg ». Nous sommes donc invités à débattre de notre dernière heure.Durant ce « colloque international » intitulé sans honte « Le devenir cyborg du monde », nous sera administrée la nécessaire dose d’acceptabilité à un monde déjà en chantier dans les laboratoires de ces grands prêtres de la religion transhumaniste, un monde que nous n’avons jamais eu l’occasion de choisir. Et ce n’est qu’un début : vient de s’implanter à Bordeaux, ville désormais labellisée French Tech, une antennede la Singularity University, cet outil de propagande du technototalitarisme fondé par Ray Kurzweil (transhumaniste en chef chez Google), sous le patronage duquel se tient ce colloque.Nous autres, Chimpanzés du futur bordelais, refusons de débattre de notre fin, tout comme de la transformation de notre biotope en technotope. Participer, c’est déjà accepter. Nous ne participerons pas à notre mise à mort. Nous ne nous émerveillerons pas de notre dilution dans un monde-machine telle que la mettront en scène de pseudo-artistes et dont débattront des universitaires fascinés, à la fois juges et partie. Nous nous élevons contre les opportunistes qui trouvent leur inspiration dans l’anthropocide en cours, ceux qui pèsent encore le pour et le contre de cette idéologie mortifère, ceux qui, complices ou collaborateurs, refusent de prendre contre les promoteurs du transhumanisme une position ferme.Bernard Andrieu, une des cautions universitaires des technopropagandistes, s’interroge naïvement : « Comprendre l’hybridation technologique comme une déshumanisation pose la question de la limite : jusqu’où devrions-nous garder la naturalité de nos fonctions si une solution technique pouvait, sinon nous réparer, du moins améliorer nos conditions d’existence ? »Nous, humains d’origine animale, qui constatons malheureusement chaque jour la pertinence de la loi de Gabor – « Tout ce qui est techniquement possible sera nécessairement réalisé » –, laissons les inhumains d’avenir machinal débattre encore de la question du « jusqu’où ? » pour poser résolument celle qu’ils éludent soigneusement : « Pourquoi ? »Nous n’avons jamais eu besoin d’eux pour « activer notre corps vivant ». Nous vivons, nous ne fonctionnons pas. Nous sommes nés, non fabriqués. Nous refusons de nous « customiser en cyborg » dotés de « prothèses bioniques douées d’intelligence artificielle ». Nous refusons de « nous préparer à changer de planète ».Nous voulons vivre sur terre et rester libres et humains. Plus d'infos, de textes et de ressources sur le site de Pièces et main d’œuvre[...]



Simondon, extraits

Wed, 15 Nov 2017 20:39:00 +0100

Extraits de l'introduction, Du mode d'existence des objets techniques, Gilbert Simondon, 1958, Aubier "Cette étude est animée par l'intention de susciter une prise de conscience du sens des objets techniques. La culture s'est constituée en système de défense contre les techniques ; or, cette défense se présente comme une défense de l'homme, supposant que les objets techniques ne contiennent pas de réalité humaine. Nous voudrions montrer que la culture ignore dans la réalité technique une réalité humaine, et que, pour jouer son rôle complet, la culture doit incorporer les êtres techniques sous forme de connaissance et de sens des valeurs. La prise de conscience des modes d'existence des objets techniques doit être effectuée par la pensée philosophique, qui se trouve avoir à remplir dans cette œuvre un devoir analogue à celui qu'elle a joué pour l'abolition de l'esclavage et l'affirmation de la valeur de la personne humaine. L'opposition dressée entre la culture et la technique, entre l'homme et la machine, est fausse et sans fondement ; elle ne recouvre qu'ignorance ou ressentiment. Elle masque derrière un facile humanisme une réalité riche en efforts humains et en forces naturelles, et qui constitue le monde des objets techniques, médiateurs entre la nature et l'homme. La culture se conduit envers l'objet technique comme l'homme envers l'étranger quand il se laisse emporter par la xénophobie primitive. Le misonéisme orienté contre les machines n'est pas tant haine du nouveau que refus de la réalité étrangère. Or, cet être étranger est encore humain, et la culture complète est ce qui permet de découvrir l'étranger comme humain. De même, la machine est l'étrangère ; c'est l'étrangère en laquelle est enfermé de l'humain, méconnu, matérialisé, asservi, mais restant pourtant de l'humain. La plus forte cause d'aliénation dans le monde contemporain réside dans cette méconnaissance de la machine, qui n'est pas une aliénation causée par la machine, mais par la non-connaissance de sa nature et de son essence, par son absence du monde des significations, et par son omission dans la table des valeurs et des concepts faisant partie de la culture. La culture est déséquilibrée parce qu'elle reconnaît certains objets, comme l'objet esthétique, et leur accorde droit de cité dans le monde des significations, tandis qu'elle refoule d'autres objets, et en particulier les objets techniques, dans le monde sans structure de ce qui ne possède pas de significations, mais seulement un usage, une fonction utile. Devant ce refus défensif, prononcé par une culture partielle, les hommes qui connaissent les objets techniques et sentent leur signification cherchent à justifier leur jugement en donnant à l'objet technique le seul statut actuellement valorisé en dehors de celui de l'objet esthétique, celui de l'objet sacré. Alors naît un technicisme intempérant qui n'est qu'une idolâtrie de la machine et, à travers cette idolâtrie, par le moyen d'une identification, une aspiration technocratique au pouvoir inconditionnel. Le désir de puissance consacre la machine comme moyen de suprématie, et fait d'elle le philtre moderne. L'homme qui veut dominer ses semblables suscite la machine androïde. Il abdique alors devant elle et lui délègue son humanité. Il cherche à construire la machine à penser, rêvant de pouvoir construire la machine à vouloir, la machine à vivre, pour tester derrière elle sans angoisse, libéré de tout danger, exempt de tout sentiment de faiblesse, et triomphant médiatement par ce qu'il a inventé. Or, dans ce cas, la machine devenue selon l'imagination ce double de l'homme qu'est le robot, dépourvu d'intériorité, représente de façon bien évidente et inévitable un être purement mythique et imaginaire. Nous voudrions précisément montrer que le robo[...]



« La folie dirigée » : langage et pensée au XXIème siècle.

Wed, 11 Oct 2017 11:59:00 +0200

Georg Grosz, Automates républicains Le sommeil de la raison engendre t-il des monstres ? Pour répondre à la question centrale du colloque organisé par l'ACCHLA, il nous faudra préciser quelle forme de la raison est en sommeil et quels monstres si monstres il y a, quels monstres naissent de ce sommeil. Nous nous proposons de réfléchir en nous axant sur la question des rapports entre pensée et langage. Définissons d’ores et déjà le mot langage : Selon Littré : « tout ce qui sert à exprimer les sensations et les idées ». Aldous Huxley propose une définition plus riche : « Les mots constituent le fil sur lequel nous enfilons les résultats de notre expérience« . Ainsi on ne peut séparer les mots et la pensée. La pensée ne peut former des représentations que dans les mots : c’est ce qu’explique Hegel quand il écrit dans la Phénoménologie de l’esprit : « L’intelligence, en se remplissant de mots, se remplit aussi de la nature de choses ». La langue est un fait social, au sein d’une réalité extérieure, contraignante, coercitive, qui sous-tend des modes de vie spécifique. Les langues ne sont pas des nomenclatures, des catalogues de mots correspondant à des choses. Comme je parle je pense ou comme le disent Barbara Cassin « chaque langue est un filet qui pêche un certain monde » et Aldous Huxley : « Words can be like X-rays if you use them properly – they’ll go through anything. You read and you’re peirced » (les mots sont comme des rayons X si on les utilise de manière appropriée : ils traversent tout, on lit et on est traversé) Partons de cette phrase de Georges Orwell, tirée de son roman 1984 : « la condition mentale dominante doit être la folie dirigée ». Qu’est-ce qu’une folie ? C’est un mot « interrogatif de part en part » explique Maurice Blanchot. Il met en question la possibilité même du langage. Selon le Vocabulaire européen des philosophies, la folie, la mania grecque, vient du sanscrit mainomai, qui signifie croire, penser. La folie est donc une pensée, qui peut être considérée de manière duale : comme une entité à part entière, un état d’exception : une pensée délirante (d’un point de vue poétique, divinatoire, érotique), une pensée furieuse au sens de furor, qui nous emporte, qui nous aveugle complètement comme Ajax  qui devient fou devant le jugement des armes qui attribue les armes de son ami Achille à Ulysse : il massacre le bétail des Grecs et se suicide. comme un état privatif : une pensée déraisonnable une pensée morbide au sens de malade (morbos), la maladie de l’âme, domaine du philosophe par opposition au corps domaine du médecin.) une pensée insane : d’insanitas, faiblesse de l’intelligence, de l’esprit malade frénétique, marqué par l’égarement et la violence, qui porte le sujet à rire là où il devrait pleurer une pensée démente, qui touche l’individu comme la société selon Sénèque : « comme l’individu, la communauté sociale est en démence ». La communauté sociale présente au Moyen-Age différentes figures du fou. Le fol, sot, forcené, « insipiens » : terme qui vient de sapio, avoir du discernement, le fol est celui qui n’a pas de discernement. Une pensée insensée (contraire du bon sens » : celui qui rit dans son cœur ce qui ne peut pas être pensé. Septante : « l’insensé a dit dans son cœur : pas de Dieu. » Dans une société devenue chrétienne, le fol signifie l’incroyant. Le fou est celui qui pense ce que sa communauté ne peut pas penser. Se retrouve chez Saint-Paul le geste du renversement qui prend tout son sens chez Erasme comme à notre époque :[...]



Cinétoile au jardin : Frères des arbres, l'appel d'un chef papou

Mon, 07 Aug 2017 16:19:00 +0200

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"J’ai posé mes pieds sur vos terres pour prévenir la planète : lorsque tous les arbres aurons disparu, les hommes disparaitront à leur tour…"
Chef papou originaire de la tribu des Hulis en Papouasie-Nouvelle-Guinée, Mundiya Kepanga est une voix de la forêt qui pose un regard plein de poésie, d’humour et de philosophie sur la nature et les arbres. En partageant avec nous la prophétie de ses ancêtres, il nous alerte sur la situation de sa forêt primaire et le drame de la déforestation. Un message qui nous interroge sur l’avenir de l’Humanité, en nous rappelant que nous sommes, tous, les frères des arbres."

Qu'est ce qu'un monde ? Qu'est-ce qui fait de nous des habitants du monde ? Que signifie le geste fou d'un chef papou qui confie sa plus précieuse coiffe au Musée de l'homme, à Paris ? Un cinéphilo pour réfléchir à notre maison humaine. 

1er septembre 2017 Jardin des Bains douches, Place Ferdinand Buisson, gratuit, à partir de 7 ans !

19h30 Auberge espagnole
20h30 Projection du documentaire Frères des arbres
21h30  Echanges/débat : "D'autres mondes, notre monde"