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Libr-critique



littératures et poésies contemporaines



Last Build Date: Thu, 22 Feb 2018 19:51:31 +0000

Copyright: 2006-2007
 



[Chronique] Vous n’allez pas me dire ce que je dois voir (une révolution est femme), par Alain Jugnon

Wed, 21 Feb 2018 19:53:14 +0000

Mathieu Brosseau, Chaos, Quidam éditeur, février 2018, 160 pages, 18 €, ISBN : 978-2-37'91-075-8. [Écouter un extrait] Mathieu Brosseau, dans un roman qui va très loin dans le roman, qui va dans le roman comme jamais roman n’avançait jusque-là, ordonne et organise la femme comme la seule direction possible pour l’homme, le seul sens et l’unique lieu pour la folle liberté faite humanité, en tout. On connaît les grands récits et les vrais romans de la femme, on a lu Alfred Jarry dans L’amour absolu et L’amour en visites, on a lu Ulysse de James Joyce et le roman final de Molly Bloom, on a lu encore L’Education sentimentale qui est bien plus le roman de la femme que Madame Bovary, on a lu enfin Aurélia de Gérard de Nerval. Chaos, le roman de Mathieu Brosseau, est à ce point un roman qui avance comme ceux-là que la femme existe dedans, que son nom est la Folle, que le monde est devenu fou de maintenir sa Folie dans le récit jusqu’au terme qui est la fin de la guerre et la vérité de l’amour. Les dernières pages de Chaos, mais déjà les premières, et encore celles qui constituent son milieu, forment des phrases qui ont la force vitale, la vraie vie vivante, de la rencontre de Moreau et Arnoux chez Flaubert, de Dieu et elle chez Jarry ou de madame x et lui chez Nerval. Il n’y a que le lecteur conscient de tous ces romans qui passent du 19ème au 20ème siècle (d’un Nerval l’autre Joyce) pour voir ce qu’il sait là en lisant dans Chaos que le tout-monde est le roman-tout d’une folle. On reprendra Aurélia, de 1855, roman saignant au cœur, pour toucher à ce bonheur titré Chaos, un nouveau roman de 2018. Lisant un tel roman, on inventera à nouveaux frais le roman, c’est-à-dire la littérature et la poésie qui avancent ensemble. On prendra tout son désir d’humanités pour des formes vivantes dans un miroir, dans un miroir qui fait un tableau, un tableau qui forge un théâtre, théâtre qui creuse analogiquement la montagne, ou la ville. Un train célinien nous embarquera et nous nous trouvons bien là : émotion est motion. Dans Chaos de Brosseau comme dans Aurélia de Nerval, ni le chaos ni la femme ne sont le personnage, même pas le fantôme ou l’image. Non, le chaos et la femme sont l’écriture du monde tel qu’il est réalisé par l’écriture même. Il existe une pragmatique du Nerval sur-romantique dans Chaos que l’on reconnaît dans Aurélia, le dernier roman du dernier Nerval, le roman du mort nyctalope. « La seule différence pour moi de la veille au sommeil était que, dans la première, tout se transfigurait à mes yeux ; chaque personne qui m’approchait semblait changée, les objets matériels avaient comme une pénombre qui en modifiait la forme, et les jeux de la lumière, les combinaisons des couleurs se décomposaient, de manière à m’entretenir dans une série constante d’impressions qui se liaient entre elles, et dont le rêve, plus dégagé des éléments extérieurs, continuait la probabilité. [1]» Le rêve ainsi continuerait la probabilité de la vie. Le Rêve et la Vie est l’autre titre du roman de Nerval, Aurélia en est donc le titrage brillant, le titre comme on parle de l’or et de la valeur en général. Et qu’on ne dise plus que pour le poète romantique (quoi romantique ?) le rêve est la vie, ou pire : que la vie est le rêve. On meurt à moins et on pleure de rire à suivre à la lettre l’esprit montant, la mystique floue et assez bête de Monsieur Labrunie. Rien de mystique dans Aurélia, car elle manque. Pareillement, rien de chaotiq[...]



[News] News du dimanche

Sun, 18 Feb 2018 19:23:48 +0000

En cet avant-dernier dimanche de février, à vos agendas : RV avec le nouveau site des éditions Rencontres, Chaos de M. Brosseau... au Lieu unique à Nantes pour un concert-lecture, à Tourcoing pour un Hommage à P.O.L, à Villerbanne pour une soirée poétique... à Paris avec B. Fern et L. Fourcaut, à La Colonie autour de Lectures de prison... ► Réapparition du site des éditions RENCONTRES, où l'on trouvera des joyaux : coffret DVD Aymé/Pey, livres de Blaine, Gleize, Pazzottu, etc. ► Avant que la chronique d'Alain Jugnon ne soit publiée cette semaine, voici les dates à retenir autour du roman de Mathieu Brosseau, Chaos : - une rencontre à la librairie Charybde avec Hugues Robert le jeudi 8 mars à 19h30 ; - lecture performance avec Jean-marc Bourg : le 14 mars au Trempolino à Nantes ; le 15 mars à la médiathèque de Herbignac ; le 16 mars au Dôme de Saumur ; et le 30 mars à la Maison de la Poésie de Paris, une lecture musicale avec Olivier Mellano. ► Mercredi 21 février à 19H30, Le Lieu unique à Nantes : Concert-lecture avec Éric Arlix (poète), Serge Teyssot-Gay (guitare) et Christian Vialard (synthés). Présentation : Yves Arcaix. Golden Hello est le terme utilisé en anglais pour « prime de bienvenue », cette dernière concerne uniquement les managers de très haut niveau. Les textes, aux sujets très différents, dressent un portrait du monde contemporain et d’individus qui luttent, chacun à leur manière, pour leur survie. ► Jeudi 22 février au Fresnoy de Tourcoing (59) : Hommage à P.O.L ! En hommage à Paul Otchakovsky-Laurens, une projection de "Editeur", son dernier film sorti fin novembre 2017, aura lieu dans la grande salle de cinéma du Fresnoy à Tourcoing. Celle-ci sera suivie d'un échange avec Jean-Paul Hirsch, proche collaborateur de Paul Otchakovsky-Laurens, et les auteurs P.O.L Kiko Herrero, Patrice Robin et Patrick Varetz. Il s’agit ici d’honorer la mémoire d’un grand éditeur, mais aussi d’un homme de cinéma : Paul Otchakovsky-Laurens a été pendant plusieurs années président de la commission d’avance sur recettes du CNC, et la maison P.O.L publie depuis 1992 la revue de cinéma Trafic, créée par Serge Daney. Après "Sablé-sur-Sarthe, Sarthe", "Editeur" est son second film. ► Dimanche 25 Février 18h, à Bubble Art (28 rue Anatole France 69100 - Villeurbanne) : soirée poétique avec Guillonne Balaguer, Alice Calm, Georges Chich, Patrick Dubost, Isabelle Pinçon, Brigitte Baumié, Claude Yvroud, Laure Viel, Béatrice Brérot, Pierre-Alain Gourion. Prix d'entrée : 10€ - tarif réduit : 5€ ► Jeudi 1er mars à 19H, Bruno Fern / Laurent Fourcaut : lectures croisées (Café de la Mairie : 8, place Saint-Sulpice 75006 Paris). Bruno Fern lira des extraits de "L’air de rin" (Louise Bottu, 2016) et de son prochain livre à paraître aux mêmes éditions, "Suites". Laurent Fourcaut lira des extraits de "Joyeuses Parques" (Tarabuste, 2017) et de "Or le réel est là..." (Le Temps des cerises, 2017). ► Mercredi 14 mars, rencontre à La Colonie de 19h à 21h (128, rue Lafayette 75010 Paris) autour de Lectures de prison (éditions Le Lampadaire), ouvrage consacré à l’histoire des bibliothèques de prison et à l’accès (ou au non-accès) des personnes détenues à la lecture. Au cours de cette rencontre, il sera question des problématiques liées à la lecture en prison, mais aussi des choix éditoriaux qui ont présidé à la conception du livre ‒ archives, documents bruts, inventaires, listes – et de leur effet sur la [...]



[News] Rencontre-lecture avec Bernard Desportes : une œuvre majeure

Sun, 18 Feb 2018 09:22:31 +0000

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Dès le lancement de Libr-critique, nous avons signalé l'œuvre comme l'une des plus exigeantes et des plus originales dans le champ littéraire actuel. Le dernier livre de Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie, dans lequel la figure centrale est à la fois "mendiant putain fossoyeur écrivain", condense toute l'œuvre, "où se côtoient tous les peuples du monde, tous les métiers, tous les trafics, tous les abîmes, mais aussi [...] toutes les enfances rêveuses, lascives, inassouvies, et les putains adolescents". Son esthétique : "un roman qui ne raconterait rien, un roman sans autre sujet que la vie même qui n'est faite d'aucune histoire naturellement mais d'une réalité où tout se perd"... Desportes ou l'impossible récit - fût-il autobiographique. Dans ce texte qui charrie de blancs ruisseaux de foutre et de mécréants, on retrouve le vert paradis de l'enfance cévenole, une quête dynamisée par le couple antinomique Eros/Thanatos, et aussi la Bibliothèque portésienne : Artaud, Bataille, Blanchard, Du Bouchet, Duvert, Faulkner, Kafka, Koltès, Lautréamont, Reverdy, Rimbaud... /FT/ ► À lire : - Entretien avec Bernard Desportes : "De l'abîme à l'éternité" ; - Un autre article de Francis Marcoin sur Bernard Desportes : à propos d'Une irritation ; - Philippe Boisnard, "Découverte des Fictions de Bernard Desportes" ; - Fabrice Thumerel dir., Bernard Desportes autrement, Artois Presses Université, 2008. RENCONTRE / LECTURE Bernard DESPORTES s’entretiendra sur son œuvre avec Esther Tellermann et Pierre-Yves Soucy Lectures par Bernard Desportes d’extraits de ses derniers livres Samedi  3 mars à 15 heures, entrée libre Halle Saint Pierre – à l’auditorium Réservation conseillée : 01 42 58 72 89



[Chronique] Claude Louis-Combet, Elizabeth Prouvost : chorégraphie originaire, par Jean-paul gavard-perret

Thu, 15 Feb 2018 19:15:51 +0000

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Claude Louis-Combet, Né du limon, photos de Elizabeth Prouvost, Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2018, 41 pages, 12 €, ISBN : 978-2-37792-009-9.. « La Terre est grosse d’une forme qui ne diffère pas d’elle-même » (Cl. L-C). En des « emportements » de formes corporelles, Elizabeth Prouvost cherche une vérité à transmettre en vibrations et rapports, afin qu’entre chaos et sérénité jaillisse un espace aussi premier que neuf, aussi sexuel que « sacré ». Chaque image devient le « vitrail d’une chapelle imaginaire. » Elle est un pur objet de sensation mais aussi de méditation sur l’indicible qui habituellement échappe. Les photographies créent ici une valse. Celle d’avant le verbe, où le premier spectacle s’offre dans « le resserrement et l’exiguïté » des trois strates de l’existence que précise Louis-Combet : l’état confusionnel,  l’état androgynique et l’état anthropologique au sein des « aspirations contradictoires de la lumière et des ténèbres ». La photographe les montre dans leur dialectique créatrice au moment où tout se scinde avant de se réunir : « C’est la naissance du sexe. C’est le commencement de l’histoire », écrit le poète. Et les deux œuvres au moment où tout semblerait accès à la clarté ramènent aux ténèbres d’un « limon » toujours plus profond et plus dense. D’où cette danse au cœur du viscéral et sa végétation. S’abandonnant à leurs vagues se distingue volontairement mal la valse nuptial de deux corps qui ne se lâchent plus le temps sinon de la passion du moins du coït et l’assouvissement imprescriptible. Les corps d’Elizabeth Prouvost s’écartèlent alors et se distendent. Par ce qui remue se cherche une forme, « une terre plus vivante que la Terre, une face radieuse, des membres rayonnants », écrit Louis-Combet. Et la photographe montre le soufflet des deux corps ; le chant des entrailles et la danse des scalps, aube de l’aube, aube de « la nuit sexuelle » dont parle Quignard et que nul ne connaîtra jamais. Rarement le mariage texte/image n’a été aussi fort et ruisselant de sens dans la blancheur de la page et le limon de l’infusion d’un acte sans limite et dont le lieu n’a pas de fin. Tout homme n’a cesse d’y revenir, toute femme de l’y accueillir. Preuve que Michaux avait raison : « au commencement la répétition »...



[Création] Daniel Cabanis, Viol de soi et récidive (Psychodiagnostic / 1)

Tue, 13 Feb 2018 19:25:30 +0000

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La nouvelle série de Daniel Cabanis va encore plus loin dans l'humour grinçant et socialement inacceptable - dans l'incongru.              Dr Zraikman / Dépistage de l’onanisme sévère / série S, planche 1   Ça me fait penser si j’ose dire à un obèse occupant à lui seul les deux places d’une banquette de métro à l’heure de pointe, alors que le wagon est bondé d’invalides, vieilles et femmes enceintes qui voudraient asseoir leur fatigue. Qu’est-ce que ce grossier tas de graisse encombrant ? Apparemment, c’est quelqu’un. Et il va travailler. S’il n’était là que pour son plaisir (et en particulier son plaisir solitaire), ça pourrait lui valoir de gros ennuis. Il se ferait a minima crever la panse par quelques prudes très à cheval sur ça. Donc, il a un travail. Dans l’import-export, sûrement. Il s’occupe de marchandises. Quelque part un entrepôt délabré : il brasse du vent, des sucres, des lipides, des poissons ou viandes boucanées sous vide et du maïs transgénique. Ah, il n’est pas jockey : c’est sûr. Qui est-il ? Pas Yvon de Bourgogne : ce gros snob ne prend pas les transports. Donc un autre monstre, va savoir qui. Je m’en vais lancer des noms au hasard : Gaupineau, Lagasse, Fritterman, Lottobazné, Percynian ! Zéro réaction. J’aime à lancer des noms sans citer personne, que je forge au fil de la salive. L’obèse a-t-il un nom ? Rien n’est moins sûr et nombreux sont (dans le métro) les anonymes. Faudrait demander ses papiers, qu’on soit fixé s’il en a dans quelque repli ou poche. Eh gros, tes papiers ! Rien. Le gros s’est désabonné. Il fait le mort. On n’est guère plus avancé.



[Livre - chronique] Olivier Domerg, La Sainte-Victoire de trois-quarts, par Christophe Stolowicki

Sun, 11 Feb 2018 19:40:30 +0000

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Olivier Domerg, La Sainte-Victoire de trois-quarts, La Lettre volée, Bruxelles, automne 2017, 120 pages, 18 €, ISBN : 978-2-87317-502-3. Domerg a la veine calcaire, rocheuse, tarpéienne. Une Sainte-Victoire à son nom lève de demi-profil, de trois-quarts dos, son étendard de solitude, la savante, l’immergée dans le levant, la petite sœur des riches des réseaux sociaux de la poésie. La solitude vue comme un métier de vivre, descriptif, programme son charme sans alarme, contreforts et soubassements basculent dans le maculé. « Le bellâtre, le bleuâtre du lointain » quand « la ligne bleue déroge » et que « La Sainte, plus claire, se découpe sur l’horizon », savent en dérogation expresse dévoyée déployer leurs couches de repeint. Ceux dont les pics tutoient l’enfer du ciel ne savent que récrire, brosser de toutes leurs époques un sempiternel tableau, ne savent plus parler ; à l’encontre de son œuvre habituellement intense (« pour toute poétique et pour toute morale » scandait-il dans Le temps fait rage paru il y a deux ans), Domerg affiche ici sa profession : poète, s’y réserve de beaux jours.



[Chronique] Jacques Cauda, L’Amour, la Jeunesse, la Peinture, par Guillaume Basquin

Sat, 10 Feb 2018 10:14:12 +0000

Jacques Cauda, L'Amour, la Jeunesse, la Peinture, éditions Lamiroy, coll. "Opuscules", #20, 2018, 50 pages, 5 €, ISBN : 978-2-87595-109-0. Je n’ai jamais écrit sur l’œuvre littéraire de Jacques Cauda, ayant été l’éditeur de l’un de ses livres, son plus « ambitieux » jusqu’ici, Comilédie (éd. Tinbad, 2017). Mais quoi ? Aurais-je pour autant l’interdiction de le faire ? Que non ! Philippe Sollers, éditeur de Roland Barthes, a bien écrit plusieurs textes sur lui, et même un livre entier, L’amitié de Roland Barthes (éd. du Seuil, 2015). (Je sais, cet exemple est un peu écrasant et prétentieux… Mais enfin, il est exemplaire.) L’amitié que j’ai pour Jacques Cauda, je vais la montrer ici : plus il écrit (écrira) de la bonne littérature, plus je suis (serai) heureux ! Et, revers de cette « médaille », moins il en a écrit de la bonne, moins j’en ai été satisfait… Mais commençons. En cet hiver 2017-2018, Cauda publie encore deux livres (il en est à environ 5/an !), dont un exercice contraint chez Lamiroy (50 pages/5 000 mots — c’est la règle), dans la petite collection « Opuscule ». (On y sort un livre/semaine ; cela fonctionne sur abonnement, pour contourner la difficulté d’être présent en librairie…) La contrainte semble réussir à notre peintre-écrivain-poète : il a écrit là un véritable livre de peintre (avec des mots) ! Cela vérifierait-il cet adage comme quoi « tout art naît de contraintes » (la poésie), et « meurt de leur absence » ? (Voir dans la musique, le film, la poésie épique, le théâtre élisabéthain, etc.) C’est une hypothèse sérieuse. (—Ne riez pas, au fond de la salle ! — Poéticides !) A contrario, il m’a semblé que Cauda s’égarait quand il faisait de la littérature de « genre » (Les Caliguliennes dans le genre « littérature pornographique », et Ork dans le genre « parodie de roman de gare »). Pourquoi ? Jacques Henric, dans ses écrits, l’a martelé définitivement : « Rien de plus mortel pour le roman que de l’emprisonner dans un genre. » Le roman doit être impur ; et le romancier « un peu pilote, un peu stratège, un peu guerrier, un peu gérant de fonds et de boîte de nuit, un rien souteneur, un chouia gigolo, un poil armée du Salut […] Il lui en faut des connaissances, à ce colosse ! ». Ici, dans ce nouveau recueil L’amour / La jeunesse / La peinture, Jacques Cauda fait montre de tout un tas de ses qualités : un brin pornographe, un rien poète, un peu romancier libertin (du 18e siècle français), un poil philosophe (dans le boudoir), un chouia gigolo et escroc ; mais surtout absolument peintre ! D’ailleurs, son double, qu’il avance ici dès le début, un narrateur grimé en Gilles de Watteau, aura suffi à nous mettre sur la piste. Voici le début du « roman » : « J’ai un temps vécu à la semblance du Gilles de Watteau à qui je voulais ressembler : longuement vêtu de blanc, un long vêtement plissant aux coudes et trop court des jambes de pantalon etc. » Quand un romancier s’avance masqué en peintre, cela finit par donner ceci : « Saucisson vu de [...]



[Chronique] Emmanuèle Jawad, Anecdotes et statut du poète

Thu, 08 Feb 2018 07:07:24 +0000

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Le poète insupportable rassemble 24 anecdotes prélevées dans le milieu poétique. Elles en mettent ainsi en évidence certains caractères propres, ouvrant, par ce répertoire, à la réflexion critique et à une perspective théorique. Christophe Hanna, dans une préface éclairante intitulée Logique de l’anecdote, définit notamment l’anecdote sous l’angle d’un « rituel de reconnaissance ». Il relève la rigueur de la démarche de Cyrille Martinez dans son travail (« faits auxquels il a lui-même assisté ou dont il a été un des protagonistes »). Une première version de ce texte a été publiée en 2016 (éditions D-Fiction). Si la circulation des anecdotes permet une « reconnaissance entre pairs », les procédés mis en place dans le traitement poétique des anecdotes et les opérations effectuées sur le matériau même des anecdotes renvoient à des pratiques et des processus de littérarisation (ainsi procédé d’anonymation). On notera la présence d’une des anecdotes (« erreur sur la biographie »), d’un livre à l’autre, celle-ci faisant poème dans le dernier livre également de Patrick Beurard-Valdoye (Le vocaluscrit section Le métier de poète). La mise en circulation des anecdotes s’opère ainsi en marge des lectures publiques jusqu’aux livres eux-mêmes de façon transversale. Plusieurs publications récentes ouvrent à une dimension réflexive et critique du milieu poétique, dans des approches néanmoins très différentes : analyse des rapports de la culture, d’un milieu poétique en particulier avec les lieux de pouvoir et un système de domination, dans un rapport de classes (La domestication de l’art de Laurent Cauwet), critique acerbe des conditions matérielles dans les manifestations poétiques et lectures publiques (Le vocaluscrit dans sa seconde section). Dans La domestication de l’art, la culture, en tant qu’entreprise, se trouve redéfinie prioritairement sous l’angle de la coercition. Le questionnement concernant le statut du poète traverse les livres et l’actualité d’un milieu poétique. L’approche sociale et politique rejoint les préoccupations et les enjeux d’une reconnaissance. ► Cyrille Martinez, Le Poète insupportable et autres anecdotes, préface de Christophe Hanna, éditions Questions théoriques, décembre 2017, 128 pages, 8 €. ► Patrick Beurard-Valdoye, Le Vocaluscrit, éditions Lanskine, automne 2017, 102 pages, 14 €. ► Laurent Cauwet, La Domestication de l'art. Politique et mécénat, La Fabrique éditions, automne 2017, 168 pages, 12 €.



[News] News du dimanche

Sun, 04 Feb 2018 19:24:49 +0000

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En ces premières NEWS de février, ne manquez pas l'Actu vue par Cuhel/Heirman ; le livre de la semaine : Beurk, Le Salariat pue... Et nos Libr-brèves : AOC, Festival Bruits de Langues... L'actu vue par CUHEL/HEIRMAN Grand Président sur son foudre perché great talker great crooner débiteur d'homélie-mélo veut rendre plus humaine la mondialisation Plan A : obliger 120 000 fonctionnaires à partir volontairement de leur plein gré. Plan B : réforme économique du lycée = - 20 000 postes.   Plan Q : les dominants prennent le droit d'homonculiser de leur plein gré les dominés. Plombé le ministre X ? Le livre de la semaine Ruez-vous sur le livre de Beurk, Le Salariat pue, Caméras animales, février 2018, 84 pages, 10 €, ISBN : 978-2-9520493-6-8. Extrait : "tu peux te démonter, te pendre, te foutre la tête dans la gazinière, te balancer par la fenêtre, ça t'as droit possible, autorisé. ça fera de la place pour d'autres numéros de ton espèce. on peut te remplacer vite fait et pour moins cher. c'est pas ce qui manque les chômeurs, la chair à ordres, économies. merdef. death." Libr-brèves ► Il faut vraiment essayer d'aller voir du côté du nouveau journal indépendant lancé par Sylvain BOURMEAU : AOC = Analyse Opinion Critique... ► De l’humanité de l’humain dans les arts : du 5 au 7 février à Aix-en-Provence Intervention de Colette Tron et Patrick Portella sur le thème "Le divers du monde, ou des poétiques et politiques de l'altérité", dans le cadre des journées thématiques organisées par le laboratoire PRISM/CNRS, l’Ecole supérieure d’art d’Aix, COMUE Paris Lumières Qu’est ce que l’humain ? Qui est-il ? Comment le rencontre-t-on ? Comment faire sa connaissance ? Les arts et les artistes peuvent-ils nous guider vers "l’humanité de l’humain" ? Peuvent-ils nous dire sa valeur, ses enjeux ? ► Du 5 au 7 février : Ne manquez pas le Festival Bruits de Langues organisé par l'Université de Poitiers !  



[News] Libr-News

Thu, 01 Feb 2018 19:52:37 +0000

En ce début d'année dense, la mauvaise nouvelle est l'arrêt définitif des éditions Al dante... Des RV à ne pas manquer : à la Friche de Mai sur le travail ; à Calais avec Thierry Rat ; à Toulouse autour de la revue Babel heureuse ; à Nantes avec les éditions Publie.net... Édition : fin d'Al dante Nous avons le regret de vous annoncer que les éditions Al Dante ont stoppé leurs activités au 1er janvier 2018. [Entretien avec Laurent Cauwet] Dorénavant, la totalité du catalogue Aldantien - probablement le plus riche en matière d'écritures expérimentales ! - sera disponible aux Presses du réel (intégration en cours). Vous pouvez continuer à vous procurer les livres sur le site des éditions Al Dante jusqu'au 15 février 2018 (c'est même conseillé et désiré). --> http://al-dante.org/ Ensuite, le site sera fermé, et les Presses du réel prendront le relais. --> http://www.lespressesdureel.com/ Une collection Al Dante est créée au sein des Presses du réel, qui sera composée de trois sections : - La section «Pli» (sous la responsabilité de Justin Delareux et de Jean-Marie Gleize) qui, plus que jamais, restera vigilante à la création poétique actuelle dans ce qu'elle a de plus pertinente en terme d'inventivité et de volonté critique. [contact : ad.sectionpli@gmail.com] - La section «Anthologie» (sous la responsabilité de Laurent Cauwet et de Julien Blaine) qui, de publication en publication, constituera une anthologie internationale de poésie contemporaine (les premiers volumes seront dédiés à la Palestine, au Maroc, à la communauté Mapuche et à la France). - La section «Les Irréconciliables» où seront publiées des œuvres singulières oubliées, peu connues, inclassables ou considérées comme impubliables (parmi les premiers projets : Kurt Schwitters, Jacques Sivan, Sylvain Courtoux, Michel Crozatier). Dans cette configuration, cette collection commencera son cycle éditorial en octobre 2018. Mais d'ores et déjà, en préfiguration de cette collection Al Dante en construction, et parce que rien ne saurait s'arrêter jamais, trois ouvrages paraissent au mois de mars : - "Terreur, saison 1" d'Éric Arlix (récit) - "Ce que je n'ai pas dit à Bob Dylan" de Jalal El Hakmaoui (poésie traduit de l'arabe - Maroc - par l'auteur) - "2017" de Julien Blaine (chronique poétique)  Libr-événements ► TRAVAILLER / OEUVRER avec Harun Farocki Un programme conférences et tables rondes conçu et proposé par Alphabetville En lien avec l’exposition Harun Farocki : « Empathie » Sur une proposition de Alain Arnaudet. Commissariat : Antje Eihmann Coproduction Friche Belle de Mai et Goethe Institut Du 25 novembre 2017 au 18 mars 2018, à la Friche Belle de Mai à Marseille   Ce qui travaille, conférence de Bernard Stiegler, philosophe Jeudi 1er février 2018 à 18h30, le Grand Plateau Il y a quatre ans le MIT publiait une étude soutenant que 47% des emplois aux Etats-Unis pourraient être intégralement automatisés au cours des vingt prochaines années. Ces emplois ne sont automatisables que parce qu’ils sont dénués de tout travail - si l’on considère que travailler consiste à inscrire dans le monde une réalité nouvelle, fruit du génie humain. 
L’Anthropocène est une impasse qui a été provoqué[...]



[Chronique] Rendre visible le visible du corps : l’art de Sophie Rambert, par Mathieu Gosztola

Sun, 28 Jan 2018 13:18:56 +0000

Sophie Rambert montre le corps comme personne ne l’avait fait avant elle. Elle rend visible le corps. Pour tâcher de mesurer quelque peu le poids de cette assertion, il nous faut faire un détour par Klee, Jean-Michel Le Lannou, Jean-Marie Pontévia et Valéry. Le philosophe Pontévia rappelle dans une note que « [l]e peintre dispose de tout le visible et qu’il ne dispose que du visible. La peinture est une pratique du voir. C’est la production d’une matière visible eu égard strictement à sa visibilité. Donc c’est une pratique de la visibilité ; non pas exercice de la vue – ni catalogue de "visions", ni "dialogue sur le visible" – mais bien plutôt monologue de la visibilité ». Et Pontévia d’ajouter : « On a souvent interprété le mot de Klee "l’art ne reproduit pas le visible, il rend visible" comme une espèce de référence à un "invisible" sur lequel l’artiste aurait un pouvoir particulier et qu’il pourrait faire apparaître en vertu de ses dons d’illusionniste. […] Il faut dénoncer [...] cette phraséologie fondamentalement idéaliste qui veut à tout prix faire de l’art le révélateur du "dedans" des choses, de l’au-delà de l’apparence, etc. Klee n’a pas dit que l’art révélait l’invisible, il a dit que l’art "rend visible". Il "rend visible" quoi ? Le visible, évidemment. On voit mal comment il pourrait en être autrement. On peut donc partir de là : l’art (la peinture) rend visible le visible. Il ne l’était donc pas ? Peut-être pas – ou peut-être l’était-il trop. Peut-être après tout que le visible, à force d’être visible, cesse d’être vu. [...] Toute notre expérience perceptive nous prédispose, en effet, à voir toujours plus ou autre chose que ce que nous voyons ; nous ne cessons d’anticiper, de prolonger, de structurer, de composer (avec) ce que nous voyons pour lui assigner une identité. […] Nous ne sommes pas assurés d’une sorte de virginité de l’œil ; l’œil a au contraire toujours déjà été défloré ; il n’y a pas de spectacle primitif (pas même la "scène" ainsi baptisée) qui ne se dessine sur le fond d’un déjà-vu ». Jean-Michel Le Lannou développe cette idée dans un stimulant essai (La forme souveraine : Soulages, Valéry et la puissance de l’abstraction) : « La vision, soumise à la reconnaissance, s’effectue comme substitution de signes au donné. Elle s’exerce dans l’évidence d’une immédiate confiance dans le discours. C’est lui, qui, de droit, croyons-nous, norme le visible. Quel est l’effet de cette confusion ? Celui-ci que le discours confisque la vision. Que fait le savoir au voir ? Très directement, il l’aliène. Il y opère une incessante dé-présentification, c’est-à-dire la générale substitution du su au purement vu. La puissance du discours se soumet ainsi tout ce qui apparaît. Le savoir "transforme tout en signes", et par son opération inaperçue le sensible devient discours. Que voyons-nous alors ? Rien d’autre que l’idéalité que "nous" substituons au réel ». Tel "système d[...]



[Texte] Olivier Matuszevski, N’importe où toujours au même endroit (7/8)

Thu, 25 Jan 2018 19:30:19 +0000

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Nous remercions Olivier Matuszewski - que l'on retrouvera chez Fissile, Tituli ou Publie.net - de nous avoir donné quelques extraits d'un travail en cours qui se présente comme un objet poétique en français fautif et se distingue par sa fantaisie critique. Dans ce 7e extrait, c'est le tohu-bohu : "La fumée se noire sur nos branches et ornières"... [Lire le sixième extrait] Dénivelé, pouce ! Accru, à croire, N’en puis plus de pleuvoir ! et de quérir à toute berzingue,    Que personne ne sorte du moteur avant ! > avec de l’huile sans vérifier ! Si par hasard quelqu’un demande de quel côté il se trouve, sa vision manquante risque de chier,   Il y a quand même une stratégie apte à récompenser l’effort,   quand avancer comporte juste le risque d’avancer, avec un éclat d’âme dans l’œil qui voit trop loin,   Avec les bras qui déchargent l’infinité des formes à traire, il est peut-être plus sérieux de se mettre d’accord sur les matériaux qu’on fusionne,   Ça dépend d’où on arrive, médites(-tu) bien ou vous,   Peau de chagrin en cocotte, jusqu’à noyade, direct émue ! Si tu le répètes, t’es qu’un suspect, pire que lèche-cul (…),   La fumée se noire sur nos branches et ornières, Il y en a qui s’agrippent à leur casse-dalle plein de vache,   Quel esprit (formidable) il faut à des bras qui déchargent, Quel transport (de foi) pour déchirer le surplus inutile d’emballage,   Ce qu’induit la machine, de par ses reflets sur l’objet qui en sort, avec estampille : objet de délice,   Au fur, s’oublie la mesure, La preuve, c’est que la preuve est vivante, Quand bien même en mille et mille, et mille morceaux de motus cousus,



[Livres] Libr-kaléidoscope (2), par Fabrice Thumerel

Sun, 21 Jan 2018 20:02:13 +0000

Le principe du Libr-kaléidoscope : revenir de façon essentielle sur des livres importants parus dans les quinze derniers mois mais qu'on n'a pu présenter jusqu'ici... Ce soir, on appréciera les écritures critiques de Véronique Bergen, Béatrice Brérot, Laure Gauthier, Emmanuèle Jawad ; Vincent Tholomé / Xavier Dubois... [Libr-kaléisdoscope 1] ► Véronique BERGEN, Jamais, éditions Tinbad, automne 2017, 124 pages, 16 €. Jamais est constitué d'une heure de logorrhée qui s'achève ainsi : « Le seul vocable que je tiendrai en réserve et calerai entre mes joues, c'est "jamais" »... Jamais ne s'arrête la narratrice, qui, d'emblée, s'inscrit dans le sillage de Beckett : dépeupleuse, cette polyglotte dont le prénom est révélateur (« "Sarah" et "ça rate" sont logés à la même enseigne ») laisse débonder un discours marqué par les déraillements isotopiques et les télescopages. Entre cette folle de mère enfermée entre les murs de l'hôpital et une fille maniaque du Verbe vogue la galère d'un babil solipsiste qui nous emporte sans que jamais l'on puisse résister. ► Béatrice BRÉROT, splAtch !, Color Gang, Saint-Génis-des-Fontaines, été 2017, 48 pages, 20 €. Voici, dans un superbe livre grand format aux couleurs vives, un agencement répétitif critique (ARC) qui explore avec fracas (splAtch !) et tout en glissements phonétiques et sémantiques les chutes et bévues de notre monde immondialisé. Tandis que nous tripaliumons, d'autres gèrent les flux et pratiquent "le terrorisme du flouze"... Ainsi sommes-nous emportés par la tempête TINA : "tina c'est l'argent roi pour les puissants de ce monde / tina c'est la production de richesses par les pauvres pour les riches /tina c'est un programme où la misère le chômage sont nécessaires"... ► Laure GAUTHIER, Kaspar de pierre, éditions La Lettre volée, 52 pages, 14 €. Kaspar Hauser (vers 1812 - 1833), "l'enfant placard", enfant trouvé / "enfant troué", ne peut qu'intéresser la poésie : "Muré = sans expérience = cœur pur = verbe premier = poésie !"... Kaspar Hauser, "l'enfant sans source et sans delta" : "Combien d'autopsies poétiquement menées, peau douce et œil pur ?" Pour Kaspar Hauser, cette ballade musicale, cette magnifique "incantation sans liturgie" par un je/il (jl) "sans mots"... Un agencement répétitif névralgique (ARN) troué d'"abnormités de langage" lexicales et syntaxiques. Pour notre plus grande sidération ! ► Emmanuèle JAWAD, En vigilance extérieure, Lanskine, automne 2016, 84 pages, 12 €. Selon Emmanuèle Jawad, la poésie doit faire le mur... pour mieux voir - dans la mesure et la démesure... Depuis Faire le mur, précisément, et aussi Plans d'ensemble, volumes parus en 2015, elle allie poétique et politique : montages et télescopages dénoncent une société de flux qui n'est libérale que pour les capitaux ; pour les dominés et déclassés, ce ne sont que murs, barrières et frontières... Son écriture insidieusement objective est un dispositif poétique érigé contre un dispositif politique : "dispositif de filtre restrictif permis / de circulations reconduites de biens et / de personnes barrière sécuritaire barrière / électronique [...]



[Chronique] Les truismes de Jacques Cauda, par Jean-Paul Gavard-Perret

Sun, 21 Jan 2018 14:38:25 +0000

Jacques Cauda, OObèse, Z4 éditions, janvier 2018, 112 pages, 14 €. Jacques Cauda ose la profonde descente dans la nuit du sexe dont les érotiques à la petite semaine ne cherchent qu’à mimer le chemin de jouissance. Ici et dans un roman qui se revendique comme « pornographique », l’auteur ose un sacrilège éminemment parodique où la contre-consécration se superpose de diverses couches de gras et d’insanités farcesques. Cauda conserve écriture et pensées pornographiques qui sont des plagiats inversés des chants religieux. Tout cela néanmoins au nom de la congélation amoureuse qui tient parfois d’un règlement de compte. Sentir parfois un souffle sur sa nuque et sur là où sa croupe se scinde fait tirer le diable obèse par la queue. Mais au gémissement d’extase fait place le gémir de la violence là où la femme fatale devient objet d’un héros adipeux. Dès lors l’histoire d’OO n’a plus rien à voir avec celle de Pauline Réage, femme enamourée qui se glisse dans les fantasmes de son amant pour le revigorer. Ici par leurs excès ils deviennent ce qui annonce une perte. Mais elle est toujours jouée dans la verve outrancière, orageuse. L’auteur ne tient jamais sa langue dans sa bouche, et invente des images hors de l’image. Ce qui s’ouvrait se referme, ce qui s’enrobe se dérobe suivant le vieil adage « il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée ». Et il suffit de la flamme d’une chandelle pour réchauffer, voire mettre le feu sur un fleuve noir et fétide, grouillant de démons entre la jouissance et l’horreur. La dimension transgressive de l’érotisme devient chez Cauda la dynamique de l’inversion de l’inversion. Non seulement des valeurs du noble et de l’ignoble, de l’honnête et de l’obscène, du haut et du bas, mais aussi d’un envisagement beaucoup plus profond. L’auteur ne fait donc pas de la pornographie un hédonisme vulgaire qui caractérise habituellement les romans légers. L’« écart sexuel » pour parler comme Bataille visite différents points de rupture de la conscience, de l’inconscient, du récit, de la peinture. Les deux dernières deviennent ici fiction de la fiction : l’extase et la transgression, le rire et l’horreur se trouvent directement et intimement associés. Les plaisirs de la chair prennent différents fléchages et la surcharge de lipide du héros au besoin s’en nourrit. Son OObèse « baise ». Mais il fait plus et pire. Mais ce n’est pas là la débauche pusillanime qui laisse intacte - d’une façon ou de l’autre - quelque chose d’élevé et de parfaitement pur. Cauda ose tout et c’est d’ailleurs l’inverse qui serait surprenant. L’artiste et auteur situe l’expérience pornographique autant aux antipodes de la conception chrétienne de l’Amour que de celle de Bataille. Il n’existe là ni péché, ni rédemption. Mais du gras (au dessein cochon) et du « sangsuel » aux assises meurtrières. Du moins en ce qui demeure une facétie de l’obscène. Les cochons qu’on égorge n’y oublient pas certains « truismes ».[...]



[Chronique] Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie (Tentative d’autobiographie), par Francis Marcoin

Thu, 18 Jan 2018 19:11:41 +0000

Bernard Desportes, Brève histoire de la poésie par temps de barbarie (Tentative d'autobiographie), éditions de la Lettre volée, janvier 2018 (vient tout juste de paraître en librairie), 100 pages, 17 €, ISBN : 978-2-87317-503-0. Cette brève histoire de la poésie fait ouvertement écho à Brève histoire de ma mère, un roman. Manière de dire que roman et poésie se répondent comme obsessionnellement, pour la seule vie réellement vécue que délivre l’irréparable d’un roman sans histoire que certains appellent poème et qui est plutôt un balbutiement (p. 86). Presque en fin de parcours l’auteur nous livre paradoxalement la définition exacte de ce qu’il s’est évertué à nous présenter comme une sorte d’album désordonné. De fait l’écriture de Bernard Desportes est répétitive comme on parle de musique répétitive, elle est ce chemin toujours recommencé, chemin de halage d’une prose haletante, fleuve torrentueux, flux débordant de mots qui se heurtent l’un l’autre, incongrus. Et l’on n’a pas envie de parler de « jeux de mots » car il n’y a pas de jeu mais une grande peur. Une grande peur d’écrire, « non-non, je n’écrirai pas mes mémoires ». Aphasie, balbutiements, dénégations, radotage, agendas perdus, tronqués ou énigmatiques. Le texte joue avec la mémoire, ou plutôt les mémoires possibles, et le « je » se constitue, se disloque, au travers d’un puzzle poétique, de citations, de rappels littéraux ou trafiqués. De déguisements, surtout. Dans la peau de Rimbaud, surtout, qui surgit à tout instant. Se déguiser, mais sans se cacher. Annoncer la couleur, même si le nègre est omniprésent. Quatre épigraphes, de Lautréamont, de Maurice Blanchard, de Pierre Reverdy, d’André du Bouchet, signalent d’entrée un compagnonnage, des amitiés, des masques. In fine, nous trouvons même une liste de « citations dans le texte sans nom d’auteur ». Car Bernard Desportes est homme de fidélité. Fidélité à ses rêves et à ses cauchemars, et surtout à ses amis, dont il prend quelquefois l’identité. Ainsi, dans les « dates en vrac », qui notent la naissance de plusieurs Bernard Desportes ou plusieurs naissances d’un Bernard Desportes. Comme toujours chez lui le texte est hospitalier, ne cesse d’ouvrir une fenêtre sur ceux qui sont passés par les mêmes traverses : « Remembrances », par exemple, fait surgir le Rimbaud de l’Album zutique, ce Rimbaud obsédant qui n'arrête pas de descendre le fleuve impassible, d’un livre à l’autre, ce Rimbaud qui tue père et mère. Mais moi aussi « j’ai mouru », et là, on pense à Renaud, un Renaud en plus absolu, car entre les références nobles se glissent d’autres allusions, à des « variétés ». Une image dérègle tout, celle de l’écartèlement. « Ecartelé » est un mot qui revient, doté d’une forte charge sexuelle, charnelle, bestiale. Mais ce « je » qui est toujours un autre est également écartelé entre la migration et la fixité[...]



[News] Libr-news

Wed, 17 Jan 2018 20:05:34 +0000

En ces Libr-événements vous attendent : agenda de Laurent Cauwet ; rencontre autour de la revue Lignes ; hommage à Jean-Paul Curnier ; pause déjeuner avec Véronique Bergen et Hedwige Jeanmart ; soirée avec Mathieu Brosseau pour la sortie de son 2e roman... ► Rencontres avec Laurent Cauwet pour son essai des plus stimulants, La Domestication de l'art (La Fabrique) : - le 17 janvier à Bordeaux, 20h, librairie du Muguet (7 rue du Muguet). - le 18 janvier à Toulouse, 19h, librairie Terra Nova, (18 rue Léon Gambetta). - le 19 janvier à Toulon, 18h30, librairie Contrebandes (37 rue Paul Lendrin - suivi d’un événement musical au Metaxu, Place du Globe). ► Jeudi 18 janvier à 19H30, La Friche Librairie (36, rue Léon Frot 75011 Paris) : RENCONTRE-DÉBAT à l’occasion de la sortie du n° 54 de la revue Lignes et de son trentième anniversaire. ► A Jean-Paul Curnier ! Hommage à Jean-Paul Curnier (1951 - 2017) : lundi 22 janvier 2018 à partir de 18h30 à Montevideo, 3 impasse Montevideo, 13006 Marseille ouverture à 18h00, réservation conseillée   Philosophe, écrivain, dramaturge, musicien, vidéaste, chasseur à l’arc, complice de nombreux artistes… Ainsi, autour de son œuvre, il en ira d’une soirée de lectures, performances, musique, vidéo, audio, objets, stickers littéraires et politiques, livres, et encore cuisine.            Site web : http://jeanpaulcurnier.com/ Derniers ouvrages parus : La piraterie dans l’âme, essai sur la démocratie, éditions Lignes, 2017 Philosopher à l’arc, éditions Lignes, 2016 Prospérités du désastre, éditions Lignes, 2014 À paraître : Par-dessus tête, éditions Lignes, sortie en librairie le 9 mars 2018   Avec la participation de : Roland Alberto, Melanie Bellue, Julien Blaine, Jean-Michel Bruyère, Hubert Colas, Jacques Durand, Hélène Force, Alexis Forestier, Yves Fravega, Nicolas Frize, Pascal Gobin, Suzanne Joubert, Guy-André Lagesse, Emmanuel Loi, Aline Maclet, Emmanuel Moreira, Jean-François Neplaz, Jean-Pierre Ostende, Yolande Padilla, Catherine Peillon, Nathalie Quintane, Rudy Ricciotti, Yves Robert, Reeve Schumacher, Colette Tron…   En présence de la librairie Histoire de l’œil   Radio Grenouille (88.8 FM, www.radiogrenouille.com) s’associe à cette soirée d’hommage à Jean Paul Curnier en rediffusant lundi 22 janvier à 23h40 deux émissions :     - Cher Jean-Paul, une correspondance entre Nicolas Frize et Jean Paul Curnier réalisé à Radio Grenouille au printemps 2006.      - L’ingouvernable Beauté, un entretien avec Jean Paul Curnier par Emmanuel Moreira, réalisé au festival ActOral.14, à propos de Philosopher à l’arc et Prospérité du désastre.   ► Mardi 30 janvier entre 12H30 et 14H au Bistrot littéraire (46, rue de Quincampoix 75004 Paris) : rien de tel qu'une pause déjeuner en compagnie de Véronique Bergen et Hedwige Jeanmart autour de leurs romans récemment parus. Véronique Bergen, "Jamais" (Editions Tinbad) "Jamais" est le monologue d’une femme âgée, Sarah, en proie à une débandade psychique. De nombreux reproches sont adressés à sa fille, qui n[...]