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EN ATTENDANT H5N1



le blog de Christian Lehmann



Last Build Date: Wed, 01 Nov 2017 11:22:12 +0100

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Lettre ouverte aux députés contre le projet d'extension de l'obligation vaccinale des nourrissons

Mon, 16 Oct 2017 11:58:00 +0200

"Mais que diable allait-il faire dans cette galère? " Molière, les Fourberies de Scapin Courant Septembre 2017, des confrères se sont rapprochés de moi dans le but d'écrire une lettre commune destinée aux représentants de l'Assemblée Nationale au sujet du projet d'extension de l'obligation vaccinale des nourrissons.Aucun d'entre eux, aucun d'entre nous, n'est un "antivaxx". Et si dans mon cas j'ai évité jusqu'ici ce sujet, après avoir été l'un de ceux qui ont alerté en 2009 en amont contre la catastrophique gestion de l'épidémie H1N1 par Roselyne Bachelot et son orchestre, cela a été dans un premier temps parce qu'il me semblait impossible d'aborder ce sujet de manière cohérente dans une guerre de tranchées où le complotisme délirant affrontait l'autoritarisme borné.Mais les pouvoirs publics ont tranché, selon l'adage hélas jamais démenti de l'humoriste américain H.L.Mencken: "Pour chaque problème complexe, il existe une solution simple, évidente et fausse".A plusieurs reprises, la ministre de la Santé aura expliqué que "De l'obligation naîtra la confiance"Je ne peux pas laisser passer ça.Pas plus que je ne laisserais passer ça: Ce long texte suivi d'un argumentaire fourni n'est pas destiné à donner du grain à moudre aux convaincus du complot militaro-industriel judéo-maçonnique reptilien des Illuminati de l'aluminium, mais à alerter les députés sur les failles décisionnelles qui ont abouti à ce double-langage orwellien: "l'obligation créera la confiance".Tous les jours, dans nos cabinets, nous avons la preuve inverse: le passif des agences de santé et du ministère est tel que bien au contraire, et comme toute personne sensée pourrait le deviner, l'obligation crée la méfiance.Nous nous retrouvons dans cette situation ubuesque de faire face à des parents qui commencent par refuser l'obligation vaccinale à venir, avant de découvrir, en feuilletant le carnet de santé de leur enfant avec nous, que celui-ci, que celle-ci, a déjà reçu dans certains cas 8, 9, 10 ou 12 vaccins. La réponse est alors unanime: "Ah bon... mais alors pourquoi on fait tout ce fouin?" "On fait tout ce fouin" parce que des experts au doigt mouillé qui prédisaient l'apocalypse en 2009, des professeurs rémunérés par maints laboratoires, et des directeurs d'agence habitués à faire là où on leur dit de faire, sont incapables de se remettre collectivement en cause et de modifier leurs façons de travailler, dans un monde hyperconnecté où l'information est partagée instantanément ( ainsi que la désinformation, d'ailleurs)."On fait tout ce fouin" parce que des agences et un ministère ayant présidé au pitoyable fiasco que fut H1N1 en 2009, avec des généralistes ignorés par Roselyne Bachelot parce qu'ils n'étaient pas capables d'assurer la chaîne du froid pour des vaccins achetés en toute incompétence par lots de dix, avec des vaccinodromes vides et des entrepôts pleins de comprimés de Tamiflu qui finirent à l'incinérateur, ne peuvent reconnaître leur responsabilité."On fait tout ce fouin" parce qu'il leur est de même impossible de reconnaître que la baisse très relative de la vaccination des nouveaux-nés est en grande partie, outre la défiance créée, liée aux ruptures de stocks fréquentes et répétées des vaccins les plus usuels, contre lesquels les gouvernements successifs n'ont rien fait.Et nous voilà ce soir, comme dirait Jacques Brel, forcés de parler, non pas pour créer le doute dans la population, mais pour questionner les députés. Il est urgent de réformer notre système d'expertise, de mettre de côté, sur ce dossier sur sur beaucoup d'autres, les experts dont les liens d'intérêt évidents corrodent le jugement, afin de refonder la confiance des Français envers la santé publique.Docteur Christian Lehmann Le Labyrinthe de Pan, Guillermo del Toro, 2006Capitan Vidal: "You could have obeyed me!" Doctor Ferreiro: "But captain, to obey - just like that - for obedience's sake... without questioni[...]



Richard Ferrand. Tranquille le gland

Wed, 31 May 2017 18:57:21 +0200

 De l’affaire elle-même, je ne dirai rien que n'aient déjà dit Le Canard, Mediapart, Le Parisien, Libération... Les éléments de langage distribués par la compol de l’Elysée au fur et à mesure que s’enferre Ferrand suffisent à la délimiter: « Mais puisqu’on vous dit que c’est légal », « La justice n’a constaté aucune anomalie », « Si maintenant les journalistes s’érigent en juge… ».Viendront, à mesure que le naufrage d’une moralisation promise de la vie politique progressera, les chapitres suivants: « J’ai ma conscience pour moi », « J’aime ma femme et mes enfants », « Je ne le referai probablement pas aujourd’hui mais vous n’allez pas m’en chier une pendule », puis « Mais tout le monde a toujours fait comme ça ».Ce qui est intéressant, à ce stade, outre les cris d’orfraie des fillonnistes d’hier ( qui soudain applaudissent Le Monde et Mediapart) , c’est le concert de perfidies en provenance du camp ex-socialiste.Jean-Christophe Cambadélis, Kofi Yamgnane, Catherine Lemorton, chacun y est allé de sa petite banderille, maintenant que Ferrand, hier enfant du sérail, a changé d’écurie. Et ce que disent ces gens, qui connaissent bien le sujet, est assez éclairant.On a quoi, en fait? Un type, directeur de mutuelle, qui fait réaliser une opération immobilière au terme de laquelle, sans coup férir, sa compagne s’enrichit personnellement de quelques centaines de milliers d’euros. Tranquille le gland. En toute légalité, puisque la mutuelle n’a jamais porté plainte, et que de toute façon ( je cite) il n’était pas dans les attributions de celle-ci de se créer un patrimoine immobilier.La presse semble alors découvrir, pelure d’oignon après pelure d’oignon, les petites affaires de Richard Ferrand, l’incessant mélange des genres public-privé de ce nouveau parangon de vertu.Lorsque les médecins dénonçaient, sous le quinquennat Hollande, le passage en force de la loi sur les réseaux de soins, qui préfigurait la mutuelle obligatoire pour tous, personne n’écoutait. Ils pointaient que Ferrand, rapporteur de la loi, était dans le même temps député et salarié des Mutuelles de Bretagne, et ça faisait pschiitttt.Sous la pression, Ferrand avait dû comme ses coreligionnaires ex-mutualistes Fanélie Carrey-Compte et Bruno Le Roux, restreindre les réseaux de soins au dentaire et à l’optique ( abandonnant pour l’instant les réseaux de soins mettant les médecins sous tutelle directe des assurances complémentaires). Il ironisait même en direction des opposants: « Il ne faut pas crier avant d’avoir mal ».On sait ce qu’il advint de Le Roux, ex de la MNEF. On sait comment finit la LMDE, assez ignominieusement, malgré le soutien appuyé des Touraine, Sapin et autre Hamon, qui jusqu’au bout et en dépit de l’évidence auront tenté de faire perdurer cette gabegie qui laissa des milliers d’impayés aux professionnels de santé, dissuada des milliers d’étudiants de faire rembourser leurs soins.Mais au détour des vacheries des uns et des autres, on voit le noyau dur du PS se déliter, et les camarades d’hier baver leurs secrets.C'est Jean-Christophe Cambadélis, comdamné dans l'affaire de la MNEF pour "recel d'abus de confiance", qui en orfèvre conseille à Ferrand de démissionner.C’est Kofi Yamgnane, ex secrétaire d’Etat sous Mitterrand, qui benoîtement explique comment on devient directeur de mutuelle, quand on est l’obligé du député socialiste local: Ferrand a été son conseiller en communication à partir de 1991, et ne voulait pas revenir sur Paris lorsque Kofi Yamgnane a perdu les législatives en 1993. Qu’à cela ne tienne! « On avait un ami qui était le président des Mutuelles de Bretagne. Il y est rentré et il en est devenu le directeur en 1998. » Elle est pas belle, la vie des tâcherons multicartes du Parti « Socialiste »?La p[...]



Longtemps, les nazis ont eu mauvaise presse

Tue, 02 May 2017 15:08:00 +0200

  Longtemps, les nazis ont eu mauvaise presse.Je vous parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, comme on dit. Un temps où la mémoire des crimes commis par les fascistes ( de merde ) était une tache indélébile sur le front de l'extrême-droite française. Incapables de consigner à l'oubli les massacres et exactions du Reich et de ses collaborateurs soumis, les héritiers des ligues fascistes, les pétainistes, les antisémites rasaient les murs, échangeant sous le manteau leurs écrits négationnistes.Vint Jean-Marie Le Pen, qui les décomplexa en partie, en jouant avec les mots. L'homme était bon orateur, cultivé, suffisamment pervers pour tenir un double langage lui permettant comme un clown de tréteaux d'adresser à son public conquis des signes de connivence qui passaient au-dessus de la tête du plus grand nombre. Autour de lui, il agrégea du monde, un premier cercle d'ultracatholiques coinçés et de nazillons païens, de zélateurs du beau langage d’une France Eternelle et de saoûlards bedonnants fiers d’appartenir à la race blanche. Le Pen père les amalgama tous sous sa bannière, faisant taire les dissensions, écrasant les prétendants au trône et les «traîtres», avec une égale férocité.Cela dura des années. Des années durant lesquelles s'était constitué autour de lui et de ses sbires un cordon de sécurité difficilement franchissable. Ce cordon bordait une fosse, dans laquelle gisaient des millions de morts et une Europe en flammes. Nier cette extermination pour les plus déments, la relativiser pour les plus retors, était un exercice périlleux. D'autant que tout autour, les hommes et les femmes qui avaient vécu cet enfer, qui l'avaient combattu, gardaient dans leur mémoire le nom des disparus, le prix de la liberté.Cette liberté n'était pas totale, aucune liberté ne l'est. Très vite, le grand rêve des jours heureux avait été perverti. Très vite les "grandes féodalités", les patrons de presse, les barons de l'industrie qui avaient accueilli à bras ouverts le "redressement national" de Pétain et la collaboration avec le nazisme, reprirent le dessus, fustigeant les avancées sociales de l'après-guerre, acquises de haute lutte. Au point que dès les années 80-90, d'aucuns, qui combattaient en vain la main-mise des puissances d'argent, se mirent à trouver audibles les parias lepénistes. Avec le recul, le discours commun apparaît dans son extrême indigence: les uns niaient le génocide juif, faute indélébile, les autres théorisaient qu'un autre génocide était passé sous silence, celui de la classe ouvrière opprimée par les puissants. Fallait-il que ces coeurs soient secs, fallait-il que leur capacité d'outrage soit défaillante, pour ne pouvoir dans le même temps condamner les assassins d'hier et les oppresseurs d'aujourd'hui? Cette alliance rouge-brune eût un temps, fut dénoncée, créa au sein de l'extrême-gauche des déchirures irréparables.Les années passèrent, les témoins se firent plus rares. Et la mémoire de la Shoah, le combat antiraciste, furent instrumentalisés, pour des raisons politiques. Ces petits calculs n'avaient rien à voir avec le respect dû aux victimes, mais servaient les intérêts géopolitiques du jour.Longtemps cantonné au rôle de pitbull de la politique, le vieux leader d’extrême-droite confia enfin les rênes à sa fille Marine, charge à celle-ci de «nettoyer» l’image du parti, ce dont elle s’était empressée avec zèle, faisant d’une pierre deux coups.Avec le soutien tacite de son père et une maîtrise de la communication insoupçonnée, "Marine" avait fait entrer le Front National dans le vingt-et-unième siècle. Les blagues douteuses sur les fours crématoires, le négationnisme bonhomme de son père, avaient été relégués aux poubelles de l’Histoire. Dans "Le Point", Marine Le Pen avait affirmé que la Shoah avait constitué "le summum de la barbarie", un moment atroce de l[...]



Mr P.

Sat, 29 Apr 2017 14:29:00 +0200

Dans les années 80, je débutais comme jeune médecin généraliste.

Parmi mes patients, Mr P. Une caricature: gros, sale, le béret enfoncé sur des cheveux gras. Un manteau noir râpé, des fringues raides de suint, et souvent des pantoufles aux pieds. Gros Dégueulasse, de Reiser, IRL

(image)

Mr P était mal poli, hirsute, puant. Il entrait dans la salle d'attente, levait sa béquille et fusillait la secrétaire et les autres patients, "ra-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta-ta", et leur effarement le faisait marrer.

Sa mère, une pochtronne de compétition, a fini par réussir à se suicider à la bière qu'elle planquait dans une cache sous la baignoire.

Mr P. 60-65 ans à l'époque je pense, en faisait 10 de plus. il avait été appariteur à la fac à Paris, et j'imaginais ce qu'avait été cette vie.

Un jour, il était arrivé dans le cabinet, précédé par son odeur, et m'avait dit: "Le mieux c'est que je vous montre". Il avait lâché la ceinture miteuse de son bène, découvrant un calcif répugnant, décoloré de diverses taches géographiques jaunes ou verdâtres. Puis tandis que mes yeux commençaient à piquer, il avait baissé son calcif, m'avait exhibé ses génitoires et m'avait dit sur le ton de la confidence: "J'étais en train de me faire une petite gâterie quand du sang est sorti". Il était effrayé, je lui ai expliqué que même si c'était impressionnant, ce n'était pas grave, une hémospermie, un incident de parcours. Il s'était rhabillé, et je ne sais pas comment mais il m'a dit qu'il avait un truc à me raconter, qu'il n'avait jamais dit à personne.

Il m'a dit que pendant la guerre, il était parti de son hameau, un matin, à vélo avec son pote, chercher du pain au village. En route, il avait crevé. Son pote s'était un peu foutu de lui puis avait tracé la route. C'était la guerre, et du pain, t'étais pas sûr d'en avoir si tu lambinais. Mr P avait mis une bonne demi-heure à réparer son pneu, et quand il avait enfin approché du village, il avait vu les flammes, et la fumée dans le ciel. Et senti l'odeur. Il n'a pas ramené de pain ce jour-là.

Le village s'appelait Oradour sur Glane, et en crevant un pneu, il avait manqué d'une demi-heure la division Das Reich.

(image)

 




« Du passé faisons table rase » : Mélenchon et la Grosse Dame

Mon, 03 Apr 2017 12:01:00 +0200

  Mélenchon. Mélenchon Jean-Luc. Voilà trois semaines que j’ai terminé le ( attention, spoiler ) très bon livre de Marion Lagardère sur JeanLuk et que j’hésite à en parler. Pour plein de raisons. Dont l’espoir qu’il a contribué à faire naître. Longtemps, je n’ai pas su ce que je pensais du puzzle que me présentait l’homme de la France Insoumise, des fragments apparemment contradictoires de sa personnalité et de son parcours. Un tribun hors-pair, habité parfois d’une vraie émotion, et un type qui peut te lâcher, d’un ton qui ne souffle aucune protestation, que bien évidemment il voyage en avion en première classe, il ne va pas se casser le dos comme du vulgaire bétail. Un esprit littéraire assez fin, un lettré, parfois traversé par le sens du tragique, et un guignol de plateau prêt à faire applaudir Drucker, ce grand professionnel. Et j’en passe. En tant que médecin, j’ai assez vite été confronté au dilemme Mélenchon. Comme je l’ai déjà raconté (ici), il fut l’un des rares hommes politiques à se déplacer lors du combat contre les franchises ( avec la députée Jacqueline Fraysse et le sénateur Guy Fischer ), et pas seulement le temps de choper les caméras du vingt heures avant de s’engouffrer à l’arrière d’une berline ( bonjour, Julien Dray, et au revoir). Mais lors de la calamiteuse campagne vaccinale Bachelot en 2009, son aveuglement vis-à-vis d’une profession ( la médecine de ville, pour faire vite: « si vous allez chez votre médecin vous devrez le payer à l’acte avec tous les débordements habituels auxquels ces gens se livrent sur le dos de la Sécurité Sociale et de la santé publique… ») parée de toutes les tares du libéralisme , l’amena à soutenir à bout de bras les vaccinodromes de Sarkozy et Bachelot, croyant déceler les prémisses d’un retour au temps béni des dispensaires de santé publique, là où il n’était question que d’esbroufe ascientifique, de stratégie de la terreur et d’autoritarisme imbécile. Huit ans plus tard, cette saillie: «Devant les campagnes de santé publique, on fait d’abord la campagne on discute après, pas l’inverse… » reste gravée dans ma mémoire. Pas parce que je serais particulèrement rancunier, mais pas qu’elle concentre ce qui m’a toujours gêné chez JeanLuk. Cette grille de lecture obsolète qui lui permet de planquer ses propres défauts tout en désignant les ennemis du peuple, ceux qui pensent de travers.   Pendant des années, Marion Lagardère, journaliste, a suivi la campagne de JeanLuk pour France-Inter. Dans ce livre, elle répond à la question qu’on lui pose systématiquement ( et qui l’agace): « Il est comment Mélenchon, en vrai ? ». Un peu de la défiance du candidat a déteint sur elle, semble t-il, tant elle y va à reculons, certaine que chacun ne trouvera dans son livre que ce qu’il voudra bien y voir: les groupies fondront d’aise, les ennemis seront confortés dans leur haine. Mais ce défaitisme n’est pas de mise, parce qu’elle-même ne s’est pas laissé avoir. Son portrait psychologique de Mélenchon est aussi détaillé que complexe. Mélenchon, c’est l’homme qui attend et espère la Révolution. C’est le « pistolero de l’Essonne », ce hiérarque socialiste qui très jeune, à trente-cinq ans, a décroché la queue du Mickey, un poste de sénateur, et a passé des décennies au coeur du pouvoir socialiste, participant à tous les combats, guettant un signe d’approbation de Mitterrand à l’époque, rompu aux basses oeuvres et aux manoeuvres d’appareil bien dégueulasses quand il le fallait. C’est un des reproches qu’on lui fait souvent: Mélenchon fait partie intégrante du système qu’il dénonce. A plusieurs reprises, dans le livre, il balaie cette accusation. Il faudrait [...]



Un mois de lectures, dans le désordre...

Sun, 12 Feb 2017 18:26:00 +0100

Un mois de lectures, ça donne, dans le désordre…Charlie Hebdo, le jour d’après, de Marie Bordet et Laurent Telo, chez Fayard                      Deux journalistes racontent une histoire interdite, l’histoire de Charlie Hebdo après les attentats. Un hebdomadaire au bord du gouffre financier, soudain transformé en icône de la liberté d’expression, et autour duquel s’agitent un gouvernement socialiste en mal d’image, des communicants spécialistes de la gestion de crise plus habitués à protéger des politiques corrompus que des dessinateurs bordéliques, des avocats d’affaires, des « militants » de la laïcité. Ceux qui ont lu « Mohicans » de Denis Robert connaissent déjà les dessous de la prise en main du journal par Philippe Val puis par ses successeurs, les mauvaise manières faites à Cavanna et à Siné, les rancoeurs cachées derrière l’image d’une joyeuse bande de potes toujours prêts à faire des conneries ensemble. Après les assassinats, refaire un journal tient de la gageure. Mais quand ce journal au bord de la faillite devient riche à millions, c’est une malédiction. Les deux auteurs sont plus mesurés dans leur jugement que ne l’est Denis Robert. Il n’empêche. Ce qui se dit de la comédie humaine est glaçant. L’histoire secrète de Twin Peaks, de Mark Frost, chez Michel LafonDans l’attente de la nouvelle saison de Twin Peaks, le scénariste Mark Frost réalise cet objet geek bizarre, compilation hétéroclite de documents censés nous rappeler l’intrigue passée, et élargir sur de nouveaux mystères: terres sacrées indiennes profanées, esprit de la forêt, objets volants non identifiés, rien ne manque à la panoplie de David Lynch. C’est à la fois totalement barré, intriguant, et parfaitement dispensable. L’illusion nationale, de Valérie Igounet et Vincent Jarousseau, chez les ArènesValérie Igounet ne s’était pas fait que des amis en publiant en 2000 « Histoire du négationnisme en France », une formidable somme qui aujourd’hui encore lui vaut la haine des révisionnistes. Ici, elle publie un roman-photo vrai. Avec Vincent Jarousseau, elle a arpenté les rues de Beaucaire, de Hénin-Beaumont, d’Hayange, pendant deux ans. Deux ans d’enquête dans les villes tenues par un FN bleu-marinisé, par un FN dédiabolisé. Elle enregistre les conversations, et c’est tout un peuple de gens abandonnés, désabusés, trahis, qui s’exprime, et retranscrit les « réinformations » dont le FN l’a abreuvé: « Pour un bon nombre de ses électeurs », conclut-elle, « le FN symbolise un espoir, une autre vie, plus sûre… sans immigrés. Le parti d’extrême-droite leur vend un rêve: leur rendre une fierté qu’on leur aurait retirée. Il leur fait espérer une meilleure justice sociale, du travail pour tous, une ville sans migrants, comme si quelques fleurs, quelques coups de balai et une police municipale renforcée était une réponse à leur maux et leurs désillusions ». Les auteurs ne se moquent pas, ils retranscrivent les propos des exclus, des sans-grade, des oubliés de la mondialisation capitaliste, leurs divergences aussi. Jean-Marie, le père, c’est à la fois l’ancien qu’il faut respecter mais aussi un type qui disait des trucs infréquentables. La fille, par contre, c’est autre chose. On fait des selfies avec, elle rassure. Il y a dans « L’illusion nationale » quelque chose de l’attention donnée par un François Ruffin aux oubliés de la classe politique actuelle, mais le constat est beaucoup plus sombre que celui de l’auteur de "Merci Patron"Santé, le trésor menacé, d’Antoine Vial, chez l’AtalanteAntoine Vial a longtemps travaillé et milité pour un système de[...]



Benoit Hamon: LAST APPARATCHIK STANDING

Thu, 26 Jan 2017 12:48:00 +0100

 Depuis des années, le Parti Socialiste agonise. Pas d’idées, pas de souffle, une succession de reniements. Dans une petite bande dessinée très acide, "Un odieux connard" avait imaginé en 2014 ce qui se passerait si Jaurès revenait de nos jours rue de Solferino, et découvrait, entre autre, le système mortifère des motions, qui travestit les ambitions des diverses écuries présidentielles en courants de pensée, et a servi pendant des années à organiser le statu-quo et la stagnation.  Des années que les prétendants au trône se déchirent, se rabibochent. Des années que l’on nous présente, d'un côté des partisans d’une gauche d’ordre et de gouvernement, et de l'autre des frondeurs rebelles, le cheveu fou et l'oeil brillant, prêts à toutes les aventures révolutionnaires, quand au final le fonctionnement du Parti fige tout ça dans l’immobilisme le plus total, voire les compromissions même plus cachées avec « La Finance ».  Ainsi tandis que Hollande s’entoure au gouvernement d’anciens banquiers aux dents longues et de fraudeurs fiscaux, à l’Assemblée nationale les « frondeurs » jouent les trublions de pacotille, menaçant... de menacer, mais échouant systématiquement, à UNE ou DEUX voix près, c’est ballot, à renverser le gouvernement… et à remettre en jeu leur propre mandat. Jusqu’à l’ultime pantalonnade avant liquidation.Mais qu’est-ce qui pouvait clocher, franchement, dans cette Primaire de la Belle Alliance Populaire?Cette tripotée d’anciens ministres de Hollande, avec quelques parjures écologistes et autres radicaux pour donner l’illusion d’un rassemblement de gauche, et auxquels manquaient seulement Denis Baupin et Jean-Vincent Placé pour parfaire le tableau…Ce Premier Secrétaire repris de justesse, condamné pour emploi fictif...Ce grand Chambellan de la Primaire, magouilleur reconnu de toutes les investitures depuis des années…Benoit Hamon a donc remporté le premier tour de la Primaire de la Belle Alliance Populaire, et le droit de se vautrer comme une merde à la Présidentielle. Le droit, surtout, de tenter de peser lors du prochain Congrès du Parti Socialiste, cette entité fictive en décomposition avancée. Et un vent d’espoir se lève chez certains. Face à Valls, l’énervé identitaire qui voit des musulmans partout, Hamon entonne le chant des Partisans, parle « social », parle « solidarité », parle « renouveau ». Une « vraie gauche » à la « puissante imagination » appelle tous les militants à la Résistance. Un apparatchik vieilli sous le harnais, qui a soutenu Valls puis Cazeneuve, a refusé de voter la censure contre la loi El Khomry...Alors, je voudrais vous parler de Benoit Hamon. Vous rappeler quelques trucs. Parce que si je comprends l’appétit des plus jeunes pour un candidat « vraiment de gauche », je m’en voudrais de ne pas rappeler que pour beaucoup d’hommes et de femmes de ma génération, les noms de Moscovici, Dray, Cambadélis, Morelle, Hollande, etc, etc, etc, nous ont longtemps été vantés comme représentant un véritable espoir, vite douché quand ces types sont enfin arrivés au pouvoir et ont révélé leur incompétence et leur malhonnêteté intellectuelle (et pas que). Hamon, apparatchik maintes fois parachuté, a terminé sa carrière dans les Yvelines. Il y tient la fédération du PS, à l’ancienne, comme ses grands aînés avant lui. La Fédé décide de tout, les petits arrangements entre amis du moment priment sur le vote des militants, on se voudrait Jaurès et on rejoue Baron Noir. Ceux qui connaissent le parcours de Hamon savent qu’il fut le premier Président du Mouvement des Jeunes Socialistes, et a gardé la main-mise sur cet appareil, que de vilaines langues appellen[...]