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Sangsues sur la langue



Viewer discretion is advised | La discrétion du voyeur est avisée



Updated: 2016-09-08T00:27:19.977-04:00

 



0 commentaires

2011-10-19T11:21:50.372-04:00

Voir ici le nouveau blogue :

http://ladefriche.blogspot.com/



La pleine lune de l'apprenti

2011-03-11T11:41:35.162-05:00

Il était rare que le village soit aussi bondé de gens qu’en la semaine du festival de la guitare qui se déroulait fin juin, et qui attirait des quatre coins de la province apprentis, amateurs et pros en plus des jeunes, des curieux et des touristes. Pendant quatre soirs, le concert des coyotes, des criquets et des hiboux était enterré par celui des guitares électriques, des batteries et des basses. Ma mère se révoltait et répétait chaque année : « Pourquoi, pour l’amour du Christ, faut-il qu’ils choisissent notre village pour leur party du diable! Pas moyen de dormir! Richard, il va falloir que tu en parles au conseil, là, ça n’a pas de bon sens ». Elle m’interdisait de m’approcher de ces messagers du diable, de ces âmes perdues qui venaient corrompre les bonnes gens. Mais depuis mes seize ans, avec la complicité de mon père, et sous le prétexte d’aller passer la nuit chez mon ami Hugo, j’échappais à la censure maternelle, plongeais dans le stupre et allais me faire crever les tympans devant ces haut-parleurs annonciateurs de l’apocalypse. Hugo et moi buvions de grandes gorgées de rye qui nous chauffait l’esprit autant que le corps, et nous nous faufilions jusqu’au devant de la scène, coincés entre des types aux cheveux longs qui jouaient de la air guitar. Là, toutes inhibitions tombaient et nous nous sentions soudainement invincibles. Les notes cognaient, glissaient, perçaient, flattaient. Je vibrais de tout mon corps avec tant de verve que mon âme semblait déchirer les parois de ma peau et s’envoler à quelques mètres au dessus de la foule. Elles s’emparaient de ma conscience et pendant de longues minutes, j’oubliais la scène, la spectateurs, Hugo, mes parents, ma sœur, j’oubliais tout; j’étais dans un univers autre, un univers plus réel, plus coloré. Je flottais si loin dans les limbes de mon esprit que lorsque le guitariste terminait son numéro, il fallait qu’Hugo me secouasse pour me sortir de ma torpeur,. « T’as entendu ça, Hugo? Celui-là il sait jouer! C’est incroyable, on dirait qu’il joue toujours la note parfaite! » Hugo répondait en me pointant du doigt une brunette qui portait des shorts courts. « Ça c’est une note parfaite, mon vieux! » Cette année là, la deuxième où je pus déjouer ma mère et aller au festival, nous allions, après le spectacle, camper près de la rivière, sur le terrain de la tante d’Hugo, à quelques minutes de marche de la scène. Il faisait chaud et la nuit était sombre; la lune n’était qu’en quartier. Son cousin Louis-Paul, notre ainé de trois ans (il devait avoir vingt ans) nous avait accompagné et avait amené sa guitare. Nous avions englouti toute une bouteille de rye et nous titubions joyeusement jusqu’à nos tentes, les oreilles encore engourdies. Nous allumèrent maladroitement un feu de camp et nous fumèrent des cigarettes en se racontant des niaiseries. Nous fantasmions à voix haute sur les filles du village. « Y’a un de mes amis qui a vu la petite Tanya en train crosser le gros Didier dans la grange abandonnée. Si elle accepte de crosser un gros laid de même, elle accepterait surement de sucer des beaux gars comme nous autres! ». Louis-Paul aimait toujours en rajouter. « Tous en même temps! » Je brûlais d’envie d’essayer de jouer avec la guitare de Louis-Paul et, comme je ne cessais de fixer le coffre, il le devina et m’invita à l’essayer. Je n’avais jamais tenu un instrument, à l’exception d’un harmonica. Eut-on placé entre mes mains un nourrisson, je ne me serais pas senti moins maladroit! J’arrivais à faire résonner trois cordes sur six. Les trois autres grinçaient et produisaient un bzzzzz agaçant qui m’attirait les huées d’Hugo. Louis-Paul plaçait mes doigts sur le manche. « Vas-y ». Rapidement, je retins cinq accords. Une heure plus tard, malgré la douleur aux doigts, je les enchainais sans trop de mal, arrivant une fois sur deux à produire une harmonie bien définie. Louis-P[...]



L'amour est ma neige

2010-09-29T17:40:29.992-04:00

l'automne rougit
du câlin des canicules
au calcul du calendrier
l'homme rugit des prières

à la surface des lacs, des visages inquiets
des intempéries de phalanges orphelines
faire des anges de la farine
des pâtisseries pour le banquet

l'amour est ma neige



Libérer le trésor

2010-09-12T20:39:52.017-04:00

Mon père voulait nous emmener voir un terrain, près d’une route principale, face à la rivière, situé un peu en hauteur. Pour y accéder, il fallait emprunter un petit chemin de gravier qui grimpait le petit escarpement dans une demie ellipse imparfaite prenant racine au bord de la route, longeant l’épaulement du terrain jusqu’en son sommet. Quand je le visitai pour la première fois, l’espace était à l’abandon. Une maison centenaire tenait encore, par je ne sais trop quel miracle, à côté d’une vieille grange de bois ratatiné. L’herbe était haute, et nous devions tasser les fleurs de bardane pour faire notre chemin. Une dizaine de carcasses de vieilles voitures rouillaient en silence, entre les herbes. Nous entrâmes dans la maison par le trou laissé par un mur qui s’était effondré. Un escalier incomplet menait au deuxième étage, dont le plancher évoquait un casse-tête inachevé. Des haillons poussiéreux pendaient encore dans la garde-robe. Les ruines baignaient dans une atmosphère sordide de misère, sinon de malédiction, amplifiée par l’odeur de pisse qui envahissait l’air. Comme j’étais enfant, la maison me laissa une forte impression; un mélange de stupéfaction, de peur, et de curiosité que je savais impossible à combler. Qui avait pu vivre ici? Pourquoi avoir abandonné la maison? On me raconta, des années plus tard, qu’un réseau de trafiquants de pièces de voitures volées avait jadis fait ses affaires sur ce terrain. Surement l’avait-on démantelé, et les bandits avaient été emprisonnés… Mon père avait manifesté l’intention d’acheter l’endroit, et je me demandais ce qui pouvait autant le motiver, hormis la vue sur la rivière. Je craignais que cela ne se réalise mais ne dévoilai rien de mes objections.Tout près de la maison, se tenait une grange qui avait à peine mieux survécu au passage des ans. Mon père m’y conduit, curieux, tout comme moi, de voir ce qui s’y trouvait. En y entrant, mes craintes se dissipèrent soudainement en traversant le nuage de poussière que souleva l’immense porte en s’ouvrant. J’eus l’impression de faire un saut dans le temps. Il y avait un vieux pneu de tracteur craquelé, des bouteilles de bière vides, une chaine, et une multitude d’autres objets sans intérêt. Mais tout près du mur, au fond, mon père trouva un petit trésor. « Viens voir, vieux loup. » Sur le plancher, on avait abandonné là une caisse remplie de vieux trente-trois tours. « Papa, on dirait de la musique de cowboy. » Il s’agissait d’une collection de chanteurs country, probablement tous tombés dans l’oubli. Mon père pris une pochette, en sortit le disque, prit son élan et fit voler le disque comme un frisbee. Il éclata en comme un feu d’artifice sur le mur de bois. Sur le coup, je fus étonné, presque insulté pour les cowboys, mais ce sentiment fit place à l’amusement lorsqu’il me remit l’un des disques et m’invita à faire de même. Je l’envoyai voler dans les airs de toutes mes forces, et j’éprouvai une vive fierté à voir les morceaux s’éparpiller sur le plancher de ciment. Si, au départ, c’était le plaisir bête de détruire pour détruire qui me fit cet effet, au fur et à mesure que nous faisions éclater ces vinyles en ricanant, j’eus ensuite l’impression de libérer ces cowboys, cette musique emprisonnée dans le plastique, de mettre un terme à ces années poussiéreuses d’immobilisme et d’oubli. Enfin, après des décennies, quelqu’un était venu et avait conjuré leur sort. J’étais soudainement devenu un héros qui par sa puissance, faisait voler la musique prisonnière et la redonnait à l’éther. J’imaginais les sons qui, libérés de leur support, pouvaient maintenant résonner de nouveau; les cowboys qui pouvaient désormais reprendre la selle et disparaître à l’horizon, entre les cactus. Nous fîmes éclater tous les disques et l’émotion s’estompa. Puis, je res[...]



Le soupire étouffé

2010-07-25T22:40:22.725-04:00

Un soleil bien jaune, d’été, comme de la moutarde dans la piscine du ciel. Une publicité de Corona pour ne pas cramer dessous. Des yachts de millionnaires, leurs buttes de coke, leurs princesses en strings rose bonbon. L’odeur de coco contrefait de la crème solaire, de gaz propane, de fleurs qui baisent avec les abeilles. Les jeunes mettent un kayak à la rivière, les vieux travaillent leur putt. Des nouveaux mariés, leur famille en pâmoison, les ados écœurés, les photos, les curieux. Des chevaux qui plient le cou comme des cygnes, twistés aux vise-grips de la domestication impérialiste – insurgeons-nous, frères citoyens, appelons la PETA, la SPCA, ou le KKK! Leurs pommes de route qui décorent le chemin où une madame à chapeau violet trimbale tant bien que mal ce gros derrière gélatineux qui contribue à la richesse de nos putes.

Deux amoureux qui s’embrassent sur un pont, à l’ombre d’un érable gros comme leur espoir. Ils ont quinze ans, ils sont amoureux. Elle le regarde avec dans les yeux le diamant qu’elle décèle en lui. Le sentiment qu’il y a quelque chose comme le vrai et que cela est maintenant, donc toujours; un toujours qui abandonne tous les possibles, qui n’a au cœur que le maintenant d’amour, le sublime moment.

La fraîcheur du vent ranime le goût de l’océan, le cœur du parapentiste; l’âme est une voile. Des chapelles autrefois sacrées, maintenant musées. Le dieu chassé, accusé, à tord ou à raison, du vide de soi, du besoin de l’autre, de l’autre fait martyr, du soi comme raison d’être.

Le soupire étouffé.

La terre estompée sur les pantalons du jardinier. Le silence-qui-n’en-est-pas-un de la forêt : les fougères, les étangs, les branches, la mousse, les pieds qui écrasent la rocaille du sentier. S’imaginer vivre dedans tout nu tout le temps tout en harmonie avec le tout. Enkidu je t’offre mon corps. Avoir du poil. Bouffer les baies cuites, les lièvres crus. Adieu béton. Adieu pitons. Renier même le feu.

La motocyclette et son dinosauresque grognement. Un prédateur des jungles urbaines. Son conducteur a des couilles de ciment. Sa gonzesse, bien roulée, est tout en graffitis. Ils rejoignent des amis. Ils rigolent entre deux gorgées de bière. Ils sont dotés d’une sagesse que craignent les professeurs d’écoles et les hygiénistes dentaires. Ils sont capables de dire fuck you à n’importe qui.

La solitude de l’ours polaire. Contempler sa vie comme si c’était les étoiles. Là-bas, quelque part… il y a ceci, cela, il y a au moins quelque chose. Sortir sa griffe, la planter dans le ciel et déchirer la Voie Lactée d’une épopée nouvelle. Trancher.

La salive d’un chien. Salut toi. Héééé! Hooo. Gros toutou, hein, oué, oué. Il aime les mains humaines. Elles sont toutes siennes. Ah! si j’avais toutes les mains du monde…



Mourir amoureux

2010-07-25T19:59:09.698-04:00

avant son corps était un corps avec une langue une mémoire
aujourd’hui plâtre et papier
pâte craquelée
fissure de femme, parole d’enfant, souvenir d’oiseau

la face du passé rappelle-toi c’est un dos

demain tu dis je serai chair
d'aimer
des os de coeur

statuette vivante aux reflets miroirs
savante muette enchaînée de par soie
ton corps est une âme avec un temps
la terre est ta caresse la plus fidèle
la poigne, le mystère
tout ce qui reste d'immortel



Écoeuré

2010-06-06T21:05:30.427-04:00

Écoeuré d'Angélus.
Tanné.
Fini.
.



M. Gignac et la mort

2010-04-21T22:48:39.256-04:00

Durant la dernière décennie, M. Gignac n’a jamais eu la décence de se présenter aux funérailles de qui que ce soit sous prétexte qu’il pouvait, à l’instar des médiums, voir les morts et que cela l’effrayait. Quand on lui reprochait ses absences, il se déchaînait et s’enflammait dans un violent courroux. « Le sourire d’un mort est une vision atroce, croyez-m’en! Chose certaine, disait-il, lorsque mon heure sera venue et que la Faucheuse viendra cueillir mon âme, je ne hanterai personne! Lorsque dans les obituaires on annoncera mon décès, je serai déjà entre les mains du Seigneur! » Alors, faute d’arguments devant l’irrationalité de ses propos, on se taisait et le laissait tranquille.

À sa décharge, chaque soir de Noël, mû par un courage à toute épreuve, prêt à affronter zombies, revenants et autres aberrations pour se donner bonne conscience, il allait poser des fleurs sur la tombe des trépassés. Puis, il s’agenouillait pieusement dans la neige et demandait pardon à Dieu d’être si froussard devant la mort et de succomber à cette peur dérisoire.



Insipide histoire de shoe-claques

2010-04-10T17:15:16.325-04:00

Le printemps pleurait ce qu’il restait d’hiver. Sous les parapluies, les gens grimaçaient, évitaient les flaques et les ruisselets en se faisant ballerines. Des lombrics se tortillaient sur l’asphalte et, cruauté du destin, mourraient écrasés sous le pied de ces saltimbanques qui atterrissaient. Certains imprévoyants sous la flotte entretenaient l’espoir secret qu’un bon samaritain ne les invite sous un grand parapluie, rêvaient à un bain chaud, à un pouding chômeur, à un chat bien gras se frottant la moustache à leur tibia. Un sans-abri, trempé comme une palourde, tentait de faire fonctionner un briquet en le secouant. Les autobus renvoyaient des tsunamis bruns et blancs sur les trottoirs. On avait beau ne pas être faits en chocolat, il pleuvait comme vache qui pisse, et on préférait l’abribus à la terrasse, son imperméable au spectacle libidineux des robes récemment libérées de la penderie. Mes souliers étaient de véritables éponges et je songeais à l’après-midi d’inconfort que j’allais vivre en compagnie de ces consultants à shoe-claques venus s’enquérir au sujet des nouveaux produits de la compagnie, les arpions bien au sec. J’avais un peu de temps et dans le fol espoir que Marie-Pier soit chez elle, je fis un petit détour et sonnai à sa porte. Sa voix déformée retentit dans un petit haut-parleur. - - - C’est qui? - - - Lulusse. Il pleut. - - - Angé! Entre! Retenant la porte avec la hanche, je refermai mon parapluie, puis trouvai refuge dans cet immeuble centenaire chauffé à l’eau chaude. Je chassai l’envie de me foutre les pieds entre les interstices du radiateur, montai l’escalier et voila que Marie-Pier m’attendait dans le couloir. Elle portait un chandail décolleté à provoquer des saignements de nez et un jeans troué vis-à-vis les genoux. - - - Hééééé! Viens ici toi! Elle m’enlaça affectueusement et me fit la bise; je pris don visage entre mes mains et lui avoua : - - - Chaque saison de plus en plus belle, Marie. - - - Chaque heure de plus en plus charmeur, toi, hein? Mais t’es vraiment mouillé comme une soupe, pauvre loup! Entre, je vais te présenter Fannie. - - - C’est qui? - - - Ma nouvelle amie… on s’aime bien, t’sais. J’ai comme l’impression que… Eh merde tu m’as dégoutté dessus. - - - On dirait que t’as eu une montée de lait. Nous entrâmes dans l’appartement; Fannie était assise sur un banc les jambes écartées comme si elle devait respirer par l’entrecuisse, et avalait une gorgée de vin rosée. Elles faisaient jouer du Gainsbourg et venaient de terminer leur assiettée de pâtes carbonara. Nous fîmes les présentations. Fannie était postulante au doctorat en politique internationale. Elle voyageait beaucoup, surtout en Amérique du Sud, où elle avait plusieurs amis, au Pérou comme au Chili. Elle détestait les gauchistes qui « avaient ralentis l’Amérique » et s’affichait fièrement à droite, en prenant bien soin de nuancer ses propos. Elle était après tout, me disais-je, chez Marie-Pier, qui pendant ses années de cégep avait la face d’Ernesto Guevara brodé sur son sac, et qui avait un casier judiciaire pour des dingueries commises au Sommet des Amériques de Québec, en 2001. Je pris la sage décision de ne pas soulever ces beaux souvenirs et de hocher simplement de la tête. Si d’habitude je n’hésite jamais à me lancer dans des discussions virulentes sur la politique, là, j’étais plutôt intimidé par la confiance exacerbée de cette Condoleezza Rice vanillée. Je me demandais bien ce que Marie-Pier lui trouvait de si chic à cette 6,8/10, elle qui avait toujours eu beaucoup de goût en matière de femmes, comme dans tout le reste. Alors qu’elle pestait trop[...]



Cassiopée - I

2010-04-11T13:05:10.106-04:00

Il faut savoir douter où il faut, se soumettre où il faut, croire où il faut.Blaise PascalMoi, je ne sais plus ni où me mettre, ni à quoi me soumettre. En quel foyer placer ma raison moribonde? La sagesse de Pascal ne m’est plus d’aucune aide. Je ne puis ni m’en remettre à Dieu, ni aux sages et prophètes qui ont jalonné l’histoire. C’est, voyez vous, qu’il m’est arrivé la semaine dernière une aventure rocambolesque qui m’a tant ébranlé qu’aujourd’hui, ne pouvant croire aux événements que j’hésite encore à raconter, je me sens mou comme le bousin du printemps, effarouché comme un homme devant la Faucheuse; car pour l’homme rationnel, l’expérience du surnaturel ne trouve son égal qu’en le trépas.Dois-je supposer que mon cerveau ait mal construit le puzzle des milliards de photons qu’ont captés mes yeux durant ces heures fatales; croire que les tambours de mon ouïe aient succombé aux rythmes hypnotiques de quelque génie machiavélique; que les parfums que mes naseaux ont filtrés aient été ceux d’un maître des illusions sordide; que cette soirée n’ait été qu’une séance de Fantasia virée au cauchemar? Sur quelle cime de quel arbre poser l’oiseau migrateur de mes interrogations?Je vous le jure, jamais n’eussé-je cru possible de voir s’effondrer en si peu de temps l’édifice de mon intellect, ni de voir disparaître les fondations de ma conscience comme si jamais je n’eusse par elles soutenu quoique ce fusse. Je suis perdu, surfant sur la houle menaçante de l’insanité, dirigé malgré moi vers la berge de la folie. Mon âme n’est désormais plus qu’un désert prisonnier entre les infranchissables montagnes du savoir et les mers incommensurables de la philosophie. J’erre dans un samsara sans issue.A la fin de ces lignes, le lecteur voudra me recommander aux psychiatres, aux prêtres, aux homéopathes ou à je ne sais trop quels autres charlatans. Qu’on le rassure, j’ai amplement eu le loisir de me demander, avec la rigueur de tout intellectuel qui se respecte, si la folie ne m’avait pas gagné, si effectivement je n’aurais pas subi un accès de schizophrénie ou si je n’ai pas été simplement la victime de délires provoqués par une drogue que l’on m’aurait à mon insu administrée. J’ai écarté la première hypothèse; l’incident est isolé et je ne manifeste aucun autre symptôme de ces graves maladies. Il semble invraisemblable de croire que j’aie pu avoir été intoxiqué par le serveur du Balthazar, un ami de longue date, ou par toute autre client, puisque j’étais ce soir là fin seul à boire une eau gazéifiée à la lime en lisant un ouvrage de Carl Gustav Jung. Je ne puis conclure, bien malgré moi, qu’à une intervention de l’occulte.Je sens toutefois que l’impatience vous gagne et qu’il est temps d’amorcer le récit de cette soirée abracadabrante qui sonna, j’en ai bien peur, le glas de ma raison.Commençons donc par la nuit du premier mars. J’avais passé le dernier jour de février à travailler sur ma thèse de doctorat et une partie de la soirée à une conférence organisée par la faculté de philosophie de l’Université de Montréal au sujet du pluralisme d’Héraclite et du monisme de Parménide. Puis, je m’étais appliqué à résoudre quelques problèmes de go en buvant de la liqueur de cacao avant d’aller de me mettre au lit, vers minuit. Je mis quelques temps à m’endormir, la tête bouillante de théâtre grec et d’apagogies bouleversantes. Je pesais de façon floue la valeur de l’être individuel, comparant l’homme à l’arbre et l’arbre au cloporte, la femme au lac et le lac au rocher. Les lueurs des phares parcouraient mes murs et projetaient des ombres qui s’étiraient jusqu’à disparaître. Le silence de mo[...]



La sexualité des zombies

2010-02-19T23:58:50.696-05:00

On aborde rarement le sujet, sinon jamais, d’une part parce que c’est franchement répugnant et d’une autre parce que ça n’a absolument aucun intérêt, mais il nous convient aujourd’hui d’ausculter la sexualité des zombies. Les morts-vivants, ces ressuscités qui animent miraculeusement des amas de bidoche suppurantes de jus obscurs, n’ont-ils pas eux aussi droit de jouir des plaisirs de la chair, aussi pourrie puisse-t-elle être? Le coït n’est-il pas l’apanage chéri des incarnés? Mentionnons d’emblée, afin de taire les inquiétudes normales qui pourraient obséder n’importe quel non-mort, que nul zombie ne peut procréer. La tuyauterie interne est bloquée par des agglutinats de pus et de moisissure. Ce qui autrefois était un ovaire n’est maintenant qu’un œuf pourri. Ceux qui nageaient autrefois comme de petites grenouilles blanches ne sont désormais que de futiles sédiments gluants. Les zombies, donc, ne forniquent que pour l’exultation du corps… et de l’esprit, s’il en est. Le sexe du mâle est souvent fort ratatiné et meurtri, selon qu’il ait été grugé par les rats et les vers. La peau généralement partiellement décomposée pendouille, fragile. Souvent, des lambeaux se détacheraient et iraient se loger dans le sexe de leur partenaire, ce qui procurerait un plaisir décuplé, mais risquerait en revanche d’entraîner des infections ou des maladies graves. Ainsi, c’est pourquoi les autorités sanitaires recommandent aux morts-vivants d’utiliser le zondom, un équivalent du condom conçu par la compagnie DeathStyles. Quant aux femelles, ce que de leur vivant pouvait être appelé Mont de Vénus, de Temple des Temples, porte maintenant les disgracieux sobriquets de Fosse aux Eucaryotes, Potage aux Champignons ou encore Yaourt. Bien que cela puisse provoquer de violentes réactions de répulsion chez les vivants, il semblerait que les organismes vivant dans le sexe des mortes-vivantes possèdent de puissantes propriétés aphrodisiaques et provoquent de légers effets hallucinogènes. Pour cette raison, un rapport sexuel entre zombies débute très souvent par des jeux oraux. Le mâle suçote la chair putréfiée, souvent jusqu’à causer des petits déchirements, heureusement bénignes pour la compagne. Ils partageront alors, souvent en s’embrassant, le lambeau arraché, plongeant les valentins dans un état second extrêmement propice au plaisir sexuel. Ceci étant dit, il est important de spécifier que les substances vaginales isolées sont interdites dans plusieurs pays, y compris au Canada, où champignonne un important commerce clandestin. Lorsqu’il y a pénétration, le zombie mâle doit faire preuve d’une extrême prudence. En exerçant des mouvements trop brusques, il risque d’importantes lésions à la peau fragile de son propre sexe. On rapporte des cas où il y aurait eu perte du gland, fente de l’urètre et d’autres ou la peau du pénis se serait pelée lors du mouvement de va-et-vient. Le choc du bassin doit évidemment ne pas être trop vigoureux afin d’éviter des fractures. Les relations anales ne sont pas conseillées. Malgré le relâchement permanent des muscles rectaux chez les zombies, la fragilité des organes internes expose les sodomites à de trop grands risques. Effectivement, plusieurs morts-vivants ont définitivement passé l’arme à gauche après s’être entièrement vidé les intérieurs par la porte arrière suite à des poussées trop énergiques. La sexualité des zombies se déroule tout en douceur. Ils font preuve d’une sensualité que jalousent souvent les non-mortes. Dans le rare cas de Jean-Lazare Lebeaume, un ressuscité n’ayant pas été atteint de l’amnésie qui afflige 99,7% de son genre, l'intéressé parlait de [...]



Petite croisade contre la déraison

2010-02-11T22:10:20.030-05:00

Comment ne pas s’insurger devant le faux, devant le mensonge? Quand ces messieurs affirment haut et fort qu’il en est ainsi alors qu’il ne pourrait en être plus autrement; quand ces dames prétendent que de telle chose il faut penser ceci, même lorsque confrontées aux syllogismes les plus manifestes infirmant leur doctrine; comment ne pas avoir envie de mettre le feu aux nappes? Ne faudrait-il pas révérer davantage la girafe que l’homme qui refuse les probes fondations de la logique, l’asticot à la femme qui entre la vérité et l’orgueil choisira le second?Lorsque buté au mur de l’idiotie, il semble approprié de se ramener à l’esprit qu’il faut moins d’une heure aux éléphanteaux pour apprendre à marcher et de s’indigner du sort de nos enfants qui y mettent généralement une année. Pas de quoi célébrer un Te Deum. Il faut être patient avec ces humains – ça vaut le coup, si on s’en remet aux dires des enthousiastes de la race. Pour ma part, j’ai abandonné, et si j’arrive à vouer aux humains ce qu’on pourrait appeler de l’amour, au contraire des pitoyables misanthropes, je valse avec mon propre genre d’un pas sur le pied de la pitié et de l’autre sur celui de la compassion.Mais confronté à la sottise, à l’absence de discernement, au néant de la bêtise, je ne danse plus. Un nuage électrique éclipse toute ma bonne foi. Je ne contiens qu’avec grande peine les débordements que provoque l’orage de mon ire. C’est le paroxysme de l’exaspération.Ces nigauds fondent leurs doctrines sur de chétifs axiomes, les faisant parader comme des hordes chevauchant des ânes, prêts à sonner la charge devant les murs insurmontables de la perle du Bosphore. Lorsqu’ils se retrouvent inexorablement défaits, plutôt que de céder humblement à l’inférence et de s’allier à la prépotence de la raison, ils préfèrent s’enorgueillir des chiquenaudes bassement sophistiques qu’ils auront servies à d’infrangibles fortifications, repartant bredouilles, humiliés sans le savoir, se détestant sans doute un peu plus, tout au fond du cœur qui, lui, reconnaît toujours l’échec.Je voudrais alors déchirer comme de vieux brouillons les cerveaux puérils de ces ennemis de la raison, leur sculpter avec la hache de Ganesh une nouvelle âme dans un roc d’épistémè, les saouler au kykeon, les acculer à l’épopteia. Je figerais dans la glace le thymos, ce véhicule des ferveurs aveuglantes et des passions étroites, pour ne le faire dégeler qu’à la vacillante lumière des chandelles de la sapience. Plus jamais l’impétuosité de ces esprits ne céderait aux verbiages de la déraison, non, ils sauraient se tenir. Ils réfuteraient l’artifice, useraient d’apagogies sublimes et démontreraient des théorèmes implacables. Ils sauraient éviter le marécage où chasse le crocodile du mensonge, contourner le désert où rampe le serpent de la tromperie, traverser les cieux où volent des dragons cracheurs de feux d’artifices. Ils tasseraient alors les vers blancs de la prudhommerie médiatique, retireraient la malandre de l’amphigouri des politiciens, et peut-être escamoteraient-ils même la ravageuse et virale passion du lucre?Il en est de la pensée comme de la menuiserie. Bien qu’avec la bonne intuition il soit possible de réaliser des œuvres tout à fait convaincantes, n’est-il pas préférable de connaître un minimum de méthode et technique afin d’élargir le champ des possibles? Le discernement est une antiquité que l’on a collectivement abandonnée, au profit d’un confortable cocon d’ignorance. En ces années où l’homme n’est qu’une variable dans des calculs macroéconomiques, penser fait mal. Si mal qu’on croirait porter [...]



La revanche de Gitche Manitou

2009-12-19T13:15:49.848-05:00

J’ai vu un grand soleil blanc, plus blanc que la mort, telles cent milliards de milliards de lampes à vapeur de sodium entassées dans ce globule démesuré qui envahissait les cieux à une vitesse inquiétante. J’ai couru dans le sens inverse, je me suis dit ça y est, dans deux heures on sera tous morts, je me suis retourné pour en voir la progression, faillant y laisser mes rétines, puis ma course a été rejointe par quelques femmes, des adolescents, un vieillard. Personne ne criait, tout le monde fuyait, le plus sérieusement du monde. Il était inutile de s’époumoner : devant la mort certaine, devant la désintégration du monde, seul courir semble avoir un sens. Et pourtant. J’ai couru jusqu’au Musée des Civilisations : la bâtisse me semblait solide, inébranlable. Les employés et les clients s’étaient dispersés dans la panique. Un préposé à la billetterie regardait par la fenêtre teintée, figé, hypnotisé, le grand soleil blanc s’accroître en avalant les nuages. Je l’ai saisi par les épaules, lui ai dit ne reste pas là, planque-toi. Il n’a pas bougé et j’ai poursuivi ma course jusque dans la salle d’exposition sur les Amérindiens. Une heure plus tôt, à deux cents kilomètres d’où j’étais, à Montréal, les poteaux d’Hydro-Québec s’embrasaient comme des allumettes, l’asphalte se soulevait, craquait de partout et révélait des tuyauteries éviscérées qui projetaient leurs liquides en tous sens, aussitôt évaporés dans cette apocalyptique température. Les corps bouillaient de l’intérieur pendant une fraction de seconde, puis se vidaient de leurs eaux et devenaient, à peine une seconde plus tard, des fragiles masses de cendres qui s’effondraient au premier vent. Les automobiles explosaient comme des étincelles incandescentes. A l’aéroport, un avion s’était écrasé. Il avait foncé directement à travers tous les restaurants de l’aéroport, le Tim Horton’s, la brulerie St-Denis… Il y avait des Timbits et des grains de café qui trempaient dans l’essence. Des employés de banque s’étaient enfermés dans les voûtes et patientaient, spéculant sur ce qu’avait provoqué cette soudaine lumière aveuglante, cette chaleur brûlante. Dans une garderie, les stagiaires avaient vainement enfermé les enfants dans leurs casiers. Dans les hôpitaux, les infirmières avaient déserté. Des autobus étaient immobilisés un peu n’importe où, dans les voies inverses, dans les stationnements. Les métros et leurs passagers étaient prisonniers de la terre, perdus. Ils n’avaient eu qu’une heure pour réagir. Au début une toute petite boule de lumière, grosse comme un vingt-cinq sous, avait pris naissance devant le complexe Desjardins. Des curieux s’étaient amassés autour, puis on avait appelé la police, mais avant qu’ils n’arrivèrent, déjà, les fenêtres des édifices autour avaient éclaté, trois hommes étaient morts, deux autres aveuglés et les médias parlaient déjà d’un phénomène inexplicable au centre-ville de la métropole québécoise. Des hélicoptères de l’armée s’étaient effondrés comme des moustiques en sondant l’improbable singularité. On recommandait aux Montréalais de se cacher dans leurs sous-sols, et aux gens des régions de ne pas approcher l’ile, et même de s’en éloigner. Les ponts étaient congestionnés. La ville était dans une agitation sans pareille. Puis, une heure plus tard, plus aucun signal en provenance de Montréal. Rien. Que le sinistre écho de la mort et de la désolation. Et le soleil blanc poursuivait son expansion meurtrière. Alors que le monde, dehors, se consumait, j’étais absorbé par des considérations historico-sociologiques. Le[...]



Angélus l'ermite

2009-12-03T18:53:47.398-05:00

Il est taciturne, ces jours ci, Angélus. Oui, il s’est retiré du monde, s’est cloîtré dans son loft, s’est enveloppé dans une couverture, et telle une huître, il attend que la menace passe. Quelle menace? Celle du monde, d’une société tissée de stéréotypes, d’un monde de sédentarité – autant du corps que de l’esprit – qui paradoxalement vante d’une part ses libertés sans limites et d’autre part incite à prendre racine, à s’immobiliser au centre des milles horizons qu’elle dessine. La menace de vieillir et d’avoir tout manqué, de se retrouver incapable de remédier aux regrets. Angélus a donc décidé de s’enfouir la tête dans les livres, dans la musique, le vin, le MDMA. Il a lu Nietzsche, Borges, Lovecraft, Poe, Miller, Joyce, a abusé des arpèges hypnotiques de Radiohead, des illuminations symphoniques de Haydn, des saignements chantés de Jeff Buckley. Il a bu des rouges de Californie et des blancs de Nouvelle-Zélande, des portos ordinaires et des scotchs iodés. Quant au MDMA, ce fut un complément fort intéressant, dirait-il, à sa monosexualité des derniers jours. Angélus souhaite changer de vie. Il a envie de dire à son patron qu’il fucking quit, pas parce qu’il trouve son job moche, ni parce que ce n’est pas assez payant, non : juste pour faire changement. Pour sentir qu’il ne sera pas trente autres années à raconter des demi-vérités à des enfoirés de millionnaires aux quatre coins du monde, à voir la réceptionniste passer d’une jeune poulette dynamique à une vieille datte séchée et frustrée. Déjà, il est certain d’avoir remarqué un changement des ses habitudes vestimentaires. Alors qu’avant, elle osait les décolletés et les jupes courtes, on ne la voit maintenant plus qu’en tailleur (ce qui n’est pas moins sexy) ou en pantalons. Bientôt, elle portera des trucs fleuris. Et, s’il ne quitte pas ce boulot, lui, finira avec des bretelles, des bas à motifs, et des tas de plumes Montblanc accumulées avec l’ancienneté (un concept qui l’exaspère, soit dit en passant). Mais, dîtes, que fera-t-il d’autre, hein? Il ira travailler sur un bateau de croisière dans les Caraïbes, bien sûr, bien sûr. Il ira enseigner l’anglais à des Taïwanais. Il ira faire un deuxième bac, cette fois ci, pourquoi pas, euhm, tiens, en histoire de l’art, question d’étudier quelque chose d’utile à cette société-des-nombres. Ah non, j’ai une bien putain de meilleure idée, fuck, il s’ouvrira un Gentlemen’s Club. Yup! Il fera démolir un centre d’aide aux clodos superflu et mal entretenu et il bâtira un édifice tout illuminé de néons, de xénons et de tétons où seront présentés les meilleurs shows de lesbiennes en ville.  Il y a songé, vous savez, à tout ça, le plus sérieusement du monde. Puis, il s’est dit que tout ça était nul. Nul, nul, nul. C’est zéro (c’est zéro, c’est zéro). Ce n’est pas un bon plan. C’est de par l’en dedans que le problème doit être, pas par l’en dehors!  Il en a parlé à senseï Huan. Senseï Huan lui a dit que la solution c’était l’aïkido. Il en a parlé à Marianne. Marianne lui a dit que la solution était de la baiser. Il en a parlé à son père qui lui a dit que la solution était Jésus-Christ. Il en a parlé avec une créature imaginaire masquée rencontrée dans un trip de shrooms, elle lui a dit que la solution était… la nature. Il est allé camper dans les Adirondacks. Décoller de la gomme de pin, lancer des cailloux dans le vide, sentir des champignons étranges, surprendre des canards en train de copuler, ah! que ce Zorro de la psilocybine avait raison! La nature replace vraiment les id[...]



Combler la carence

2009-11-30T12:23:20.880-05:00

 Nous avions roulé deux joints, des missiles, et avions arrêté la voiture dans un stationnement enneigé du Parc de la Gatineau. Isabelle, sa demi-sœur Kathy et moi, revenions de la première soirée de snowboard de l’hiver. Nos vêtements étaient humides et il faisait bon de se sentir les pieds libres, dans nos bottes de neige. Des flocons épars tombaient de la nuit, larmes gelées de la lune qui se déposaient comme des oiseaux sur la nature endormie de l’hiver. J’avais abaissé le siège du passager, m’étais allongé pour envoyer la boucane au plafond de la Saturn, et la regarder s’échapper par la fente de la fenêtre à peine entrouverte  jusque dans la Voie Lactée.   Isabelle et Kathy se connaissaient depuis deux ans : le veuf père d’Isabelle avait rencontré la cocue mère de Kathy, ils s’étaient mariés et passaient tous leur temps libre à rénover un chalet au Lac Simon. Isabelle travaillait à temps plein à l’animalerie de son père, en attendant de savoir quoi faire de sa vie, torchait des chiots, des iguanes et la cage d’Ivan le perroquet (gros caca! gros caca!). Kathy, à vingt ans, était de deux ans sa cadette, étudiait en biotechnologie à l’Université d’Ottawa et bossait dans un restaurant de la rue Sparks tenu en affaires par des marées de fonctionnaires constamment en pause.   Kathy, assise derrière, racontait comment son ex la baisait mal : il ne variait pas le rythme, ne lui touchait que les seins de façon grossière, il bavait quand il l’embrassait, disait cowabunga! avant de la pénétrer, avait des boutons dans le dos et lui parlait de ses « succès » à Everquest moins d’une minute après avoir joui. Isabelle raconta ensuite sa soirée avec un client de l’animalerie, propriétaire d’un abyssin, ponctuant son récit par des suçotes répétées sur le joint et de habiles nuages. Elle s’était retrouvée dans une limousine avec lui, une rouquine inconnue et un autre type tout à fait inélégant. Elle s’était fait lécher par toutes leurs langues, trente doigts l’avaient manipulée, l’avaient explorée. Puis, se faisant traiter de salope par le gros colon, elle avait pris tout son sperme en bouche, et le lui avait recraché en pleine gueule, encore empalée sur la verge de son client qui se faisait aussi lécher les couilles par Cheryl Blossom.   -       Aww. T’as vraiment du meilleur cul que moi, Isabelle. Sauf que j’aurais jamais sucé ce gros colon, moi… -       Bah, dans le feu de l’action, tu sais, ca dérange moins. C’était tellement excitant dans la limousine. Et la rouquine elle aimait ça, elle, se faire traiter comme de la viande, alors je prenais son exemple. -       Allumant, ton histoire, en tout cas, dit Kathy en me fourrant le joint entre les lèvres. -       Avoir su, dis-je connement, nous serions allés faire de la snow en limousine! -       Chiâle pas contre ma Saturn, toi! -       Non, non, j’adore ta bagnole, vraiment. -       Shotgun.   Elle s’empara du joint, retourna le brasier vers le fond de sa gorge et emprisonna le filtre improvisé entre ses dents. Dans des froissements de nylon, elle se contorsionna pour embarquer à cheval par-dessus moi, approcha ses lèvres des miennes et me souffla un torrent de fumée en pleine gueule. Je m’étouffai un peu.   -       A ton tour, chérie, vas-y, tire, dit-elle à Kathy en lui passant le joint. -       Ok.   Je voyais le visage de Kathy à l’envers, moi qui étais allongé le siège du mort, elle sur la banquette. Elle empoigna mon visage entre ses deux mains puis approcha sa bouche. Alors qu’[...]



Le maître des marionnettes

2009-11-26T17:17:14.804-05:00

La vie est trop simple dans un seul corps, vraiment. Je m’imagine être une sorte de maître des marionnettes et posséder plusieurs vies, les incarner à volonté, et zwwwip, m’extirper de l’ennui de l’un pour régler les problèmes de l’autre, passer du mec qui doit expliquer sa gaffe à son patron au mec qui doit, le pauvre, arbitrer un match de volley-ball de plage féminin. Puisqu’il est non souhaitable de vivre pour toujours (j’ai déjà essayé, ça craint, croyez-moi), ne pourrait-il pas y avoir au moins la solution de rechange – celle d’expérimenter plusieurs karmas simultanément? Comme c’est moche de ne pouvoir à la fois d’une part connaître la volupté corruptrice de l’extrême richesse et d’autre part la rudesse frétillante de la pauvreté, de la misère à s’en chier dessus. De ne pas pouvoir à la fois être la proie et le prédateur, de ne pas pouvoir à la fois décocher la flèche et la sentir nous déchirer muscles et artères. J’aurais plusieurs marionnettes, et de toutes les couleurs, oui, je cumulerais des vies, les chérirais, les maudirais peut-être, aussi, par moments, mais une chose est sure, j’en aurais une si vaste collection, qu’en une seule vie, j’aurais goûté à un concentré d’existence humaine et nulle âme millénaire ne saurait se revendiquer d’avoir connu davantage. Je serais Mario, coach de hockey, marié à Suzette depuis vingt-cinq ans, ignorant comme un vilebrequin, mais un maître pédagogue de son sport. Je gagnerais des tournois anonymes à Fort-Coulonge ou à St-Marc des Carrières. Je conduirais un pick-up Ford que j’astiquerais avec toutes sortes de produits nocifs pour l’environnement. Un jour, je reviendrais d’un tournoi plus tôt que prévu, l’équipe éliminée dès la première ronde, et je retrouverais Suzette la tête enfouie sous la robe de Guylaine (un prénom parfaitement lesbien) en train de lui laver la chatte de sa langue. Mes genoux lâcheraient, je m’effondrerais, en échappant un aaaah! de désespoir poussé du fond du ventre. Zwwwip! Je serais Charlène, danseuse érotique, dix-neuf ans, belle comme une cerise, conne comme une tourtière mais ferme comme une buche. Je repérerais un soir un mec désespéré, je lui dirais, first dance is free, honey, come with me. Je lui écraserais un sein en pleine bouche et j’essayerais de lui faire bouffer tout entier jusqu’à ce qu’un peu de bave lui coule sur le menton. Je dirais fuck it, fuck the rules, let me suck your cock, sexy, et je le ferais venir sur ma langue, sortie et toute aussi raide que son boyau d’arrosage, au milieu d’un sourire à la Ronald McDonald. Zwwwip hip hip! Hourra! Je serais un pêcheur indien, partirais le matin au lever du soleil, je ramènerais assez de poisson, le soir, pour nourrir une famille de huit enfants, et je m’endormirais en lisant les Upanishads à la lueur d’une lampe à l’huile. J’aurais les ongles noircis par le labeur, un sens de l’odorat aiguisé. Un de mes enfants se ferait bouffer par un léopard et on organiserait une chasse sans précédent. Nous abattrions enfin l’animal assassin et organiserions une grande fête. Du lait de vache? तुम पागल हो! Je serais un général dans un pays d’Afrique, un véritable enfoiré de cinglé, et j’ordonnerais des massacres ethniques : ces petites sous-tribus infâmes qui souillent le territoire et ne reconnaissent pas ma suprématie n’en mèneraient pas large! Je finirais dans une prison au Gabon où on me ferait subir des atrocités merveilleuses, créatives et méritées. J’aurais presque tout oublié, le nom même de m[...]



Yoga et bricolage

2009-11-14T12:06:47.930-05:00

Elle fait du yoga dans des pantalons bien moulants rouges, ses jambes parfaites bien écartées. Je jurerais qu’elle est mouillée, là-dessous. Ses seins sont bien écrasés sur son corps par le tissu serré de sa camisole achetée chez lululemon. Ses cheveux blonds sont attachés en queue de cheval. Elle n’a pas de rouge-à-lèvres ni rien. Elle boit du lait de soya et du thé vert, c’est sur. Elle baise avec des condoms bios. Elle a forcé son mec à acheter une SMART. J’arrive par derrière alors qu’elle est assise en position du lotus en respirant bien profondément. Je pose mes mains doucement sur sa taille, n’interrompez pas votre respiration (avec l’autorité d’un gourou), inspirez, expirez, c’est cela, oui. Je suis de mes doigts la trajectoire de l’air dans sa poitrine, en passant entre ses seins. Sa respiration s’intensifie. J’appuie mes mains sur son ventre. Sentez l’air dans votre ventre. Elle rentre le ventre, ma main glisse plus bas, elle soulève son bassin, elle veut que je la touche. Pourtant je remonte plutôt mes mains jusque sous ses seins. Je veux la faire patienter, mais j’échoue… j’empoigne son buste, sens ses mamelons. Sa respiration devient brisée. Madame, continuez à vous concentrer sur votre respiration. Puis, je fais descendre mes mains, soudainement. Je lui masse son sexe à travers le tissu, lentement, parfois de toute la main, d’autres fois juste du bout de deux doigts. Le tissu s’imbibe, se mouille. Je sens de mieux en mieux les reliefs, j’arrive à repérer à peu près où se trouve la petite bille-de-toutes-les-joies. Elle pousse de petits sons. Ses épaules sont maintenant plaquées contre le sol. Elle a levé le bassin, ses tibias dans un angle à quatre-vingt dix degrés avec le tatami. Moi je suis à genoux, son sexe à quelques centimètres de ma bouche. J’enfonce mon visage où elle le veut. Le tissu est mince. Ma langue et mes lèvres s’agitent, elle bouge le bassin pour accentuer la friction. Je la baiserais à travers le tissu. Restez bien en place, respirez… je reviens. J’accours au bureau, j’en reviens avec une petite paire de ciseau. Elle semble inquiète en me voyant revenir, mais comprends vite. Je découpe le tissu avec prudence, autour de son sexe. Je lance les ciseaux avec vigueur et ils se plantent dans le mur, bien droitement. Je recolle ma langue, de tout son long, sur son sexe et je ne la bouge que très lentement, pouvant enfin goûter son nectar. Elle me dit qu’elle manque de force dans les jambes. Je lui permets de se mettre à quatre pattes. Elle écrase sa joue sur le matelas, lève les fesses bien hautes, une courbe au nombre d’or se forme. Je dépose mes mains sur son derrière, approche mes doigts de la découpure faite un instant plus tôt… Je déchire sauvagement le tissu, mettant au grand jour ces fesses qui auraient surpris les imaginations les plus fertiles. Je les embrasse, les lèche, les mord. Elle me supplie…- La session est terminée, messieurs dames. Prenez quelques minutes pour vous allonger sur le matelas et relaxer, si vous le voulez. A la prochaine fois.Je fus sorti brutalement de mon rêve. Les participants roulaient leurs matelas, détendus. Une odeur de thé parvint à mes narines. La blonde enfilait déjà son manteau, encore concentrée. Marianne me donna une chiquenaude dans le cou.- Alors? Je t’avais dis, hein, que ça fait du bien?- Oh oui, ça fait vraiment du bien, c’est fou.- Pff. Elle était pas mal cute, hein, la blonde?- Que… quoi? Ah, oui, la blonde. Très.- Pervers.- Moi? Nooooon.- Tu m’invites chez toi pour un verre? On ira parl[...]



Angélus le salaud

2009-11-13T20:10:04.986-05:00

Angélus, t’es un salaud, t’es un faux. Ta magnanimité, ton altruisme, ta galanterie, tout ça, c’est du chiqué. Derrière le feutre de tes paroles, sous la nappe de tes actes, il n’y a qu’un sale con, un enfoiré qui charme les filles, leur fait miroiter de jolies choses, de beaux futurs dans la ouate, des oreillers pour toi et pour elles, à partager dans des sueurs impures. Elles s’imaginent porter tes sous-vêtements, te convertir au thé, voyager avec toi de la Mongolie jusqu’au Pérou, que vous irez au zoo, cueillir des bleuets et faire des tartes, que vous ferez des châteaux de sables sur les plus longues et les plus blanches plages du Sud. Tu es un illusionniste : tu projettes des mirages éblouissants provoqués par la sécheresse d’amour de ton désert inné. Tu es un funambule, vacillant sur une corde étirée entre deux abîmes, celui à gauche creusé par ta crainte de te semer le cœur et ne récolter que du fantôme; celui à droite foré par la certitude de devoir, pour aimer, abandonner ton toi, que tu chéris comme si tu l’avais enfanté toi-même. Tu ne veux pas aimer jusqu’au sacrifice. Ton amour meurt lorsqu’on attend de toi. Tu mourras seul. Riche peut-être, mais… seul. Des reproches comme j’en reçois toujours, tous basés sur je croyais que tu m’aimais!, tous tordus, abstrus, écrits les doigts humides de larmes ou criés dans des tempêtes de cheveux et de doigts dans les airs, auxquels j’ai toujours envie de répondre simplement ta gueule tu me les casses, mais je préfère les perdre avec des questions casse-cous, des c’est quoi l’amour, vraiment?, ou des vraiment, l’amour pour toi c’est le sacrifice? Il est moins facile qu’on pourrait le croire d’éviter les chrétiennes. Elles ont Jésus dans le sang, malgré elles, bien souvent. Je hais les leçons sur l’amour. Encore pire lorsqu’elle vient d’une femme qui « m’aime », ou « m’aimait » ̶  celles-là sont les pires. Je les assommerais d’un grand coup de bible sur le nez (et il faudrait que ça saigne sinon PAF!, un deuxième coup).  Il n’y a pas un humain sur Terre dont les leçons sur l’amour seraient susceptibles d’influencer comment je vis ça, moi, la fucking amour. Ni les Sri ni les Baba, ni Patricia Kaas, ni ma grand-mère. Personne. L’amour, si vous voulez mon avis, se passe du langage, il brille dans le silence. Et quiconque s’efforce d’en discourir pompeusement devrait plutôt aller se sniffer une ligne de coke.  L’amour éternel, l’amour universel, l’Amour, le manque d’amour, l’amour libre, l’amour maternel, l’amour de la poutine. Ça me donne la nausée. Sans cœur! qu’elles m’ont dit, je croyais que tu m’aimais? Je t’aimais, oui, maintenant je t’aime moins alors que tu tentes de me culpabiliser, t’aimerai un peu plus après la gifle, mais beaucoup moins après ton quatrième appel téléphonique de la semaine. Des claques au visage, aussi. Ah oui! Le champ de vision qui s’embrouille soudainement, ce petit picotement qui point vivement sur la joue, et ce petit sourire impromptu et inévitable que je dissimule obligatoirement. Les plus comiques m’ont été données juste du bout des doigts, des giflettes, des tapepettes, rapides, presque timides, aussitôt données, aussitôt regrettées. Mais d’autres, moins drôles, m’ont été flanquées de pleines mains, livrées avec vigueur et déchainement, des claques bien préméditées,  des mornifles avec du biceps, qui viennent avec des mots doux – salaud, enfoiré, fils de pute, enculé, calice de chien sale. J[...]



La surprise d'Alexia

2009-11-06T10:37:51.776-05:00

La nappe brulait; des flammes majestueuses s’élevaient tout autour de l’immense table, projetaient des ombres vacillantes et instables sur les visages, les murs, les objets. Au milieu des assiettes laissées là, des tajines avaient été abandonnées dans les unes, dans les autres cramaient des fromages importants, déjà les courbes des coupes s’enduisaient de suie. Les chandelles fondaient, assaillies par une chaleur luxuriante qui leur était insupportable. En plein centre, elle à quatre pattes, lui à genoux derrière, ils forniquaient furieusement, gémissaient, rugissaient, passionnément, inarrêtables. Ils devaient jouir, vite, avant que chaleur ne devienne brûlure. Il faut dire, ils avaient eu une longueur d’avance : la maîtresse de cérémonie les avait sommés de se mettre à la tâche avant la fin du repas. Il lui avait déversé une bouteille entière d’un vin d’Amérique sur les fesses et le précieux fluide était allé se mêler à ses sucs à elle, coulant comme un fleuve nouveau, pourpre et scintillant, dans son dos, entre ses fesses et jusqu’au sacro-saint delta de son sexe. Dans une complexe complainte mue des jouissances extatiques auxquelles ils s’étaient assujettis et des douleurs inquiétantes provoquées par les flammes qui leur léchaient déjà les orteils, on les aspergea de mousse anti-feu, et l’incendie fut avorté. Applaudissements. Alexia m’avait téléphoné, après deux mois de silence bien mérités, et m’avait annoncé qu'elle avait une surprise pour moi: j’avais été « choisi » pour participer à une soirée « spéciale ». Ma curiosité piquée à vif, je tentai d’obtenir d’elle plus de renseignements. Seules spécifications reçues : m’habiller chic, apporter une bouteille respectable ainsi que toute la distinction dont j’étais capable. La soirée se déroulait dans une immense maison, sinon un manoir, où deux valets m’accueillirent avec plus de manières que je ne n’aurais pu m’y attendre. Je savais qu’Alexia avait des connaissances dans les hautes sphères torontoises de la finance, mais j’étais surpris qu’on l’invitât dans de tels endroits, dans de tels événements. On me dirigea ensuite dans une splendide salle à manger qui devait aisément faire cent mètres carrés. Une table orgiaque y était installée : raisins et noix, figues et sauces, homards, veloutés divers, terrines, fromages, vins blancs et rouges en carafe et champagne. Ma curiosité s’amplifiait : pour quoi et pourquoi avais-je été choisi? Que faisais-je ici? Qui étaient ces gens?Je repérai Alexia qui venait de poser son verre à martini sur une table, de s’excuser à ses interlocuteurs et qui maintenant ajustait sa robe de soirée et se dirigeait vers moi. Elle me présenta, en anglais, à Mmes Bowering, Bonnell, Simmons, Dussault, Saucier, et d’autres encore dont le nom m’échappe à présent. Elles étaient visiblement riches, la plupart dans la trentaine ou dans la quarantaine, exceptées Mme Bowering, la maîtresse de cérémonie, qui était dans la soixantaine, mais qui de loin paraissait dans une difficile trentaine à force de remodelages et d’injections de Botox et une fort jolie jeune femme blonde dont le nom était trop compliqué pour le prononcer, pire donc à mémoriser, qui elle, était dans la vingtaine. Elles se comportaient avec dignité, riaient généreusement, et semblaient, elles, savoir de quoi il était question, bien que la plupart ne se rencontraient que pour la première fois. Un autre homme fit bientôt son apparition, plus âgé[...]



J'aime ça, moi, les folles

2009-10-30T08:47:31.312-04:00

Il paraît qu’il faut, de temps à autres, téléphoner nos amis. Ça devait faire deux semaines que je n’avais pas parlé à Louis. La mi-session, la préparation de ce colloque, mes pensées hétérogènes m’avaient tenu à l’écart de toute forme d’activité grégaire. Mon vieil ami ne mit pas cinq minutes à s'interroger sur le rébarbatif de mon ton de voix.- Qu’est-ce qui ne va pas mec, t’as l’air décalissé?- Oh, t’en fais pas. Je sais pas trop.- Tu sais pas trop? Tu veux que j’aille faire un tour? Ma femme est partie à la piscine avec le petit et les Canadiens mènent 4-0 en première période, j’ai pas envie de regarder la suite. C’est dans la poche. Oh! Et il faut que je te fasse écouter deux ou trois trucs que j’ai trouvés sur le net. Tu vas adorer.- T’as déjà soupé?- Angélus, putain il est huit heures, j’ai soupé y’a trois heures.- Ok, c’est bon, je vais aller me chercher du thaï à côté.Louis est arrivé quarante minutes plus tard avec son iPod et une bouteille de Toasted Head de Californie. On a fait résonner nos mains ensemble, ça a fait un pok! très fort et très clair (après toutes ces années d'exercices...). Pendant qu’il débouchait la bouteille et que je sortais les coupes, il me racontait les premiers pas de Nathan, les déboires de sa belle-mère, me demandait comment ça allait au bureau, mais dès que les verres furent versés il mit fin, hosanna!, à la discussion de surface :- Alors, c’est laquelle qui te tracasse comme ça? T’as soupiré trois fois depuis que je suis rentré.- C’est Sophie… je sais pas trop ce qui m’arrive, j’arrête pas d’y penser, toutes les autres filles me semblent grises, superficielles ou carrément connes.- Sophie? Tu m’étonnes là. Me semble que c’est pas ton genre. Je la connais pas, mais selon ce que tu m’as dit, c’est pas une grande exaltée ça là? La poète? De toute façon mon vieux, il n’est pas comme un peu tard? Tu l’as plaquée là y’a un mois.- Ouais, je sais, Louis, mais on dirait que depuis ce soir là, je regrette. J’ai envie de la revoir, pour vrai, et pourtant je me sens comme un vrai trou de cul, tu sais, je tomberai pas amoureux d’elle, je suis pas amoureux d’elle, mais j’ai envie de la voir.- T’as envie de la baiser, tu veux dire.- Ça aussi, c’est sur…- Bon, alors c’est quoi le problème, Angélus, appelle-la, mets-ça au clair comme tu as toujours fait, et advienne que pourra? Qu’est-ce qu’il y a de si différent avec Sophie?- J’sais pas, j’pense que, j’pense qu’elle me fait peur?- Peur? Elle m’a pas l’air ben ben épeurante pourtant.- Ben fuck, Louis, penses-y deux minutes, la fille voulait être mon esclave. C’est pas des farces son affaire, elle était sérieuse.- Sacrament de folle, si tu veux mon avis. Mais toi les folles t’aimes ça…- T’as surement raison, c’est une folle. Mais c’est une folle intelligente et lucide, elle sait ce qu’elle fait. Elle est en même temps vulnérable et extrêmement dure. C’est justement ce que je trouve de trippant, tu vois.Il remplit mon verre, puis le sien.- Hey, je branche mon iPod, je dois te faire écouter Rudi Arapahoe. Tu vas aimer ça. Dans le genre musique ambiance il se fait pas mieux.- Hâte d’entendre ça. On devrait s’asseoir dans le salon on entendra mieux.Une fois rassis, il me demanda :- So? Tu vas faire quoi?- Ermm. J’sais pas, j’pense que je vais lui écrire. Je n’ai pas entendu de ses nouvelles depuis un mois…- Ok, pis tu vas lui dire quoi?- Tu v[...]



Sophie la soubrette, Sophie la djinn

2009-10-28T21:14:03.066-04:00

Sophie,Je ne tiens plus la route. Je n’arrive plus à retenir ces images, ces idées, ces mots, pris dans le filet de mes inhibitions, qui ne cherchent qu’à t’atteindre et qui feront chavirer ma raison bien avant d’abandonner leur destinatrice. Alors me revoilà. J’ose.C’est que, vois-tu, j’espérais secrètement que tu me réécrirais, même après t’avoir ainsi plaquée, que tu me supplierais de venir te cueillir, j’espérais de te voir un matin à ma porte avec tes valises, le visage blême sous des dégoulinades de mascara, prends-moi chez toi Angélus, j’ai foutu le feu à mon appart, je pense que la vieille du sixième a cramé comme du bacon, je ne sais plus où aller, je ne veux pas mourir, je ne veux pas souffrir. J’aurais voulu pouvoir te sauver. Plutôt, je t’ai entrevue l’autre soir sur le campus avec un type à foulard et béret, tu le tenais par le bras, tu ne souriais pas, lui non plus, mais tu avais l’air paisible, satisfaite, repue. Je suis peut-être un vil spécimen hominien, mais j’ai vécu une sorte de déception, comme si une partie de moi te préférait malheureuse, désaxée, instable, troublée, Sophie-toupie, Sophie-bouillie, Sophie-fouillis. Comme si je t’aimais seulement si je pouvais assumer vis-à-vis ta personne un rôle de rédempteur, d’espèce de faux-prophète assumé. Je me permets toutefois, le plus hypocritement du monde certes, de te souhaiter d’être, à tout le moins, en paix avec toi-même. As-tu besoin d'être sauvée de quelque chose sinon des dangereux loups de mon espèce?Je tiens à revenir brièvement sur cette soirée abrupte, sur cette pente que je t’ai laissée dévaler seule. Je crois, Sophie, que je te sous-estime. J’ai cru que je te détruirais, que je ferais de toi quelqu’un de misérable, j’ai eu la frousse devant tout ce pouvoir sur toi qui m’était offert comme on aurait offert à César la République. Mais je ne crois plus en ta fragilité, plus du tout. Et je crois davantage en la mienne. Ton sourire, à la fenêtre, quand je suis parti, m’a tout dit. Il m’a dit je te fais peur? Il m’a dit tu t’enfuies de quoi au juste? Il a dit tu vas revenir. J’ai rêvé cette semaine que j’avais accepté ta proposition, que tu habitais dans une pièce aménagée dans un grenier et que te rentrais en retard, un soir. Je t’engueulais salement : t’es allée te faire enculer par ce vaurien de poète maudit, c’est ça? Rien de gentil, je t’assure. J’ai par la suite beaucoup réfléchi à toi. J’imaginais, toi l’esclave, moi le maître, vivant dans un singulier quotidien. Pendant que tu me préparerais un plat de pâtes aux fruits de mer, moi je serais en train de baiser mon ex-collègue Marianne sur le sofa du salon. Pendant qu’on écouterait un match de hockey entre gars, tu nous apporterais des chips et de la bière dans un costume de cheerleader. On me dirait elle est fine ta blonde, je répondrais c’est pas ma blonde c’est mon esclave et les gars seraient vachement impressionnés. Ils demanderaient s’ils peuvent te donner des ordres et je leur dirais que oui, mais qu’il ne serait pas question de te baiser nonchalamment chacun notre tour en regardant le match, ça non. Et là ils seraient déçus et ils me diraient t’as changé Angélus, t’as changé mec. Hey, Betty, va donc me chercher une Boréale! A quatre pattes! Et t’aurais pas le choix. Tu le ferais, résignée, obéissante, sublime soubrette à la lèvre inférieure percée, et ça me rappellerai[...]



Photos de l'époque victorienne

2009-10-19T10:41:29.294-04:00

Un foulard pour t’étouffer, pour te l’enrouler autour du cou, pour te faire vriller et te manier comme un yoyo. Un foulard pour nous attacher ensemble par le cou, par les cuisses, ou en soixante-neuf. Des bottes, des grandes bottes jusqu’aux genoux que tu me lances à la tête, avec lesquelles je te frappe dans le dos, des bottes à aiguilles que tu m’enfonces dans l’orbite, des bottes dans lesquelles je jouis quand t’es partie. Ma ceinture avec laquelle je te rougis les fesses, avec laquelle je te lie les chevilles, dans laquelle tu mords quand je te prends par derrière. Des ongles que tu m’enfonces dans les joues pendant que tu cries, me crevassant la chair dans des effervescences de sang. Une coupe de vin que tu fais éclater de ta paume sur mon torse; mon nombril qui se remplit d’alcool, ta langue qui lèche tout – le nectar, la vitre, les moumoutes de laine. Tes cheveux noués à la tête de lit pendant que je te mords les orteils, avec lesquels je cache ta face, que je te fais bouffer, que je retrouve dans mes sous-vêtements le lendemain. Tes lèvres que je fais éclater comme des mûres entre mes dents, tes genoux qui m’enfoncent les couilles jusqu’aux poumons. Ces putains de minous obèses qui viennent se frotter le museau sur mon front pendant que tu t’enfonces un manche de marteau dans la chatte. Le moteur de la scie à chaîne sur lequel tu t’assieds parce que t’aimes son ronronnement, ses heurts inégaux et répétitifs, l’odeur d’essence, vrouiiiing, vrouiiiing, oh yes, again. Des mouchoirs que je te fourre dans le sexe pour t’éponger. Ces élastiques autour de tes cuisses, que tu me demandes d’étirer au max, de les faire claquer le plus fort possible; ces bleus que tu tripotes en me demandant combien de temps ils vont prendre à guérir, si tu seras ok pour mettre un bikini pour ton voyage à Santa Barbara chez ta cousine riche, ou si les sauveteurs vont penser que quelqu’un te bats à coups de deux par quatre. Ta marmite de ragoût que tu me renverses dessus parce que je t’ai dis que c’était trop salé; la pelle que j’utilise pour nettoyer le plancher et pour t’en catapulter une pelletée encore chaude sur les fesses. La serviette de douche rouge dont t’as mouillé le bout pour me le faire claquer partout sur le corps, pris au dépourvu, nu dans le bain rempli d’eau fumante, et moi bandé comme un taureau qui t’enfourche sans pitié après t’avoir fait tomber dedans toute habillée.***Le soir quand j’appelais chez toi et que tu ne répondais pas, je perdais l’envie de faire quoique ce soit. Je gardais le combiné dans mes mains quelques instants, espérant que tu étais dans la douche ou en train de rentrer du bois de chauffage, je soupirais en voyant que tu ne rappellerais pas. Je relisais des classiques en hésitant à te rappeler, pour ne pas que tu voies sur ton afficheur que j’avais insisté. Je me demandais quel endroit s’était enjolivé de ta présence, qui avait droit à tes volcans, comment tu étais habillée, si tu avais mis ta robe lignée des sixties, si tu avais mis le chapeau que j’aimais t’enfoncer jusqu’au dessous des yeux avant de te pousser sur le divan. Je ne savais plus quelle musique écouter, je me disais Angélus you’re in love.Tu travaillais dans un restaurant réputé, par plaisir, non par nécessité, ton français était exécrable, mais ton charme mythique. Tu louais une maison canadienne trop grande pour toi seule, dans les Laurentides. I[...]



Merci Henri

2009-10-12T14:20:39.023-04:00

Il prononçait des séries de blasphèmes plus longues que les épopées homériennes, buvait de la bière comme les océans boivent les fleuves, il disait le bon yeu nous a tous crossés, adorait Farrah Fawcett dans son garage qui en était tapissé, il s’appelait Henri et venait de mourir. Dans l’élégie qu’avait composée sa femme, ma tante Carmen, elle l’avait décrit comme un homme tendre, sensible, un gentleman qui lui avait demandé sa main dans un tour en carrosse du Vieux-Québec, et les gens s’étaient consultés du regard avec des sourires fourbes. Tout le monde savait qu’Henri avait baisé des putes jusqu’à dix ans avant sa mort. Henri était le deuxième mari de ma tante (son premier l’avait quittée pour un job dans l’Ouest deux ans après leur mariage – elle avait fait alors une tentative de suicide en buvant du gin jusqu’au blackout). Ils n’avaient jamais eu d’enfants, vide qu’ils comblèrent d’une demi-douzaine de chats et d’une putain de perruche. Henri rafistolait de vieilles voitures des années cinquante; Carmen faisait de la poterie.La réception avait lieu dans une salle des Chevaliers de Colomb, et des centaines de petits sandwiches bourrés de jambon, de thon, ou d’œufs, coupés en triangles avaient été étalés au travers des crudités, sur une table collée au mur, sous les haut-parleurs qui nous faisaient réentendre ces vieux hits d’il y a vingt ans. Je tentais de faire court avec toutes ces vieilles dames qui me racontaient comment j’étais beau quand j’étais gosse, de serrer poliment la main à leurs maris heureusement moins bavard, de me dégager en disant excusez-moi, je dois souhaiter mes sympathies à cette personne, ou encore j’ai besoin d’un café, à plus tard. Ma mère et Julien étaient assis avec la veuve et parlaient de la fois où Henri était tombé dans le champ d’épuration la première année après la construction de la maison. J’embrassai ma mère et lui dit que je devais absolument quitter, que j’avais rendez-vous avec mon cordonnier (elle comprenait mon langage codé). Julien me serra la main en me disant à la prochaine, mais il me détestait : je lui rappelais trop mon père.En entrant dans ma voiture, libéré, je m’empressai de mettre dans le lecteur le dernier album de Melody Gardot, mais lorsque je vins pour appuyer sur l’accélérateur, toc toc toc dans ma fenêtre. C’était Audrée, la fille du meilleur ami d’Henri, Audrée que j’avais tripotée, à l’âge de seize ans, sous la terrasse chez ma tante, Audrée qui m’avait alors léché les couilles en riant, entre une brouette et des râteaux, alors que son père faisait cuire de l’agneau sur le grill, juste au dessus. Audrée l’esthéticienne, l’ex-danseuse, Audrée aux lèvres généreuses, Audrée que mes amis voulaient tous baiser quand on était ados. J’abaissai ma fenêtre électrique. Sa tête cachait le soleil, mais était tout aussi éblouissante.- Angélus! Ça fait un sacré bout de temps!- En effet, ça fait un bail! Tu viens d’arriver?- Ouais, je ne pouvais pas quitter le salon avant midi.- Je m’en allais. J’ai horreur des sandwichs secs au jambon et j’ai une faim de loup.- Awww. C’est dommage… Je n’ai pas dîné, moi non plus. T’as vu mon père là-dedans?- Oui, il est avec ta mère, il boit du rhum and coke. Il était bien content de me voir.- T’es seul, Angélus? Toujours célibataire?- Toujours, oui. Et toi?Elle m[...]



Marianne en crème

2009-10-05T13:18:17.131-04:00

Je m’étais engagé à peindre la cuisine du loft. J’avais acheté tout le nécessaire, avait enfilé de vieux vêtements souples, et je m’étais mis à la tâche dans l’espoir d’avoir terminé avant le souper. C’était le printemps, toutes mes fenêtres étaient ouvertes, un air frais remplissait l’appartement. Je venais tout juste de terminer le découpage et de commencer la première couche lorsqu’on sonna à ma porte. C’était Marianne; elle balaya l’appartement du regard, ôta finalement ses gigantesques verres fumés, entendit le bruit du rouleau contre le mur.- Hé! Je suis dans la cuisine!Elle pouffa de rire en me voyant dans mon inhabituel accoutrement.- Pas tous les jours qu’on te voit habillé comme ça toi! C’est un vieux pyjama?- Pas tous les jours que ma collègue de travail préférée débarque chez moi sans prévenir. T’as pas un cellu, toi?- Je voulais te faire une surprise.Elle sortit une bouteille de vin blanc et la mit au réfrigérateur.- Je m’invite à dîner. Tu veux de l’aide ou je peux m’assoir ici et te regarder les fesses, demanda-t-elle en me faisant un clin d’œil?- Il va falloir que tu te changes. Va dans ma chambre, j’ai une vieille chemise jaune moutarde, elle t’ira à merveille.- Je peux l’assortir d’une cravate, aussi?Marianne était à croquer dans ma chemise trop longue, sans pantalons, en petites culottes, avec ses lunettes de secrétaire de film porno et son sourire de collégienne. Elle prit l’autre rouleau du paquet de deux que j’avais acheté, le trempa dans la peinture couleur crème et épandit le pigment du milieu du mur jusqu’en haut, obligée de se mettre sur le bouts des orteils pour s’y rendre, révélant ainsi la peau satinée de ses fesses, les courbes épousées par ses dessous de coton. J’y aurais mis les dents comme dans une pêche.Nous discutions du voyage d’affaires qu’elle avait fait à Vancouver et moi d’une soirée de chalet passée à surveiller des amis qui méditaient sur un quai, propulsés à l’acide lysergique. Nous étions maintenant côte-à-côte et avions presque terminé le plus long des murs. Je la laissai terminer au rouleau et me penchai pour apporter quelques correctifs au pinceau, le long des plinthes. De cet angle, je pouvais voir la base de son sexe, couvert du tissu de sa petite culotte. Elle cessa de rouler, me prêta un regard fauve sous son bras; ses cheveux retombaient dans le vide. Elle n’était pas dupe, voyait où mes yeux s’aimantaient. Je passai le pinceau sur ses orteils. Elle ressortit les fesses. Je continuai à glisser les poils du pinceau sur ses chevilles, ses mollets, ses genoux, puis ses cuisses.- Angélus…- Shh. Ferme-la.Des gouttes de peinture tombaient sur les journaux. Elle écrasa ses deux mains sur le mur glissant, puis ses avant-bras. Je peinturai l’intérieur de ses cuisses, juste sous sa petite culotte que je devinais humide. J’empoignai alors le pinceau par les poils, et je frôlai le bout du manche vis-à-vis son sexe. À genoux derrière elle, je glissais le manche sur ses fesses, puis je passais dessous et remontais jusqu’au mont de Vénus. Elle se mit à respirer de plus en plus intensément, à se lécher les lèvres.Je me relevai et en collant mon bassin sur ses fesses, je fis sauter les boutons de la chemise qu’elle m’avait empruntée, d’un seul violent geste. Je la plaquai contre le mur, écrasant ses fabuleux seins [...]



Trop arrosée (la soirée)

2009-10-04T00:25:21.727-04:00

Un vendredi soir, il y a de cela des années, je devais avoir dix-sept ou dix-huit ans, ma cousine m’avait invité à me joindre à elle et ses amis pour aller boire du whiskey dans un bar du boulevard Saint-Laurent. Comme mes seules autres options étaient un match de hockey sur la nouvelle télé géante d’un collègue de la librairie ou écrire quelques pages pour ce roman qui ne s’achèverait en fin de compte jamais, je décidai de me joindre à eux pour cette soirée, au grand enchantement de Jolianne qui ne m’avait pas vu depuis des mois. Non seulement je m’évitais la pluie de commentaires partisans, barbares et irréfléchis des fidèles des Canadiens de Montréal (qui perdirent ce soir là – la faute aux arbitres, disait un type saoul dans la rue), mais il y aurait des musiciens, des sourires, des filles, du scotch.C’était l’automne et l’haleine de l’hiver soufflait déjà dans les rues. Jolianne étudiait le chant, était jolie comme une fleur sauvage, et s’était facilement entourée des meilleures personnes de sa faculté grâce à son charisme évident et à ses manières élégantes qui auraient dulcifiés les pires rustres. Elle adorait ma compagnie, passait son bras sous le mien, riait beaucoup. Elle me présenta à ses amis Eduardo, Luc, Vince, et Véronique comme étant son distingué cousin favori; pas touche sans ma permission, compris Vince?Il fallait savoir où il se trouvait, ce bar : pas de nom, fenêtres teintée, comme s’il eut été question d’une maison de jeux clandestin. A l’entrée, un gros chien blanc somnolait près de la table de billard, levant ses yeux blasés vers les clients qui entraient. Le plancher de bois avait perdu sa droiture depuis des années et craquait obstinément sous nos pas. Le bar, à droite, n’avait pas été rénové depuis des lustres. Il y avait derrière des photos signées de Maurice Richard, de vieux disques phonographiques et des trophées quelconques. A gauche, de vieilles tables de bois grafignées entourées de chaises rafistolées. Tout au fond, un piano droit antique, une caisse claire à fut en bois sur laquelle reposent deux balais, une contrebasse accotée au mur, et une guitare authentique des années trente que son propriétaire a bricolée pour y des ajouter des microphones. Nous prîmes place à une table à moins d’un mètre du piano, d’où il nous serait possible de voir la sueur perler sur le front des artistes.Véronique, une clarinettiste aux cheveux châtains, aux lunettes rondes et aux traits sibyllins, enveloppée dans un droguet gris, était fort grisée après son troisième verre de scotch, absorbés peut-être un peu hâtivement :- Jolianne m’a dit que vous étiez sensés vous marier, vous deux. Haaaa. Une chance qu’on ne tient pas toutes nos promesses d’enfant.- Je m’étais promis de découvrir un jour un nouveau continent, j’serais bien mal pris!- T’sais, Angélus, moi j’crois qu’il y en a, des nouveaux continents, il, il, il s’agit de savoir sur quel plan, vous comprenez? Par exemple, hmmm, il y a d’autres dimensions, ouais, pourquoi faudrait-il qu’il n’y ait que trois putains de dimensions, hmm? On sait pas. Il pourrait y’en avoir quarante-douze des foutues dimensions!- Oui, je vous suis tout à fait. Moi je voudrais bien découvrir la dimension d’où est ressorti Lewis Carroll. S’agit de repérer ce damné lapin.- Haaaa. V[...]